Imaginez : vous scrollez votre feed LinkedIn ou TikTok, et après trois posts qui se ressemblent étrangement – des listes à puces interminables, des images un peu trop parfaites mais bizarrement déformées, des textes qui sonnent « correct » mais sans âme – vous vous demandez : mais qui lit encore ça ? En 2026, ce sentiment de saturation n’est plus une impression, c’est une réalité massive. Le web croule sous ce qu’on appelle désormais l’IA slop, ce contenu bas de gamme généré en masse par l’intelligence artificielle, sans intention réelle ni valeur ajoutée. Et si, au lieu de contribuer au bruit, vous décidiez de devenir la voix qui perce le vacarme ?

Depuis l’explosion des outils génératifs en 2022-2023, produire du contenu est devenu incroyablement facile. Un prompt vague, quelques secondes, et hop : un article de 1500 mots, une vidéo courte, une infographie. Mais l’attention humaine, elle, n’a pas évolué aussi vite. Résultat ? Une décharge numérique où le volume explose tandis que l’impact s’effondre. Et c’est précisément là que naît l’opportunité pour les marketeurs, entrepreneurs et créateurs malins.

Qu’est-ce que l’IA slop exactement ?

Le terme IA slop (ou simplement « slop ») désigne du contenu numérique de faible qualité, produit en grande quantité grâce à l’intelligence artificielle. On parle de textes fades, d’images surréalistes aux détails absurdes (doigts en trop, yeux mal alignés), de vidéos absurdes conçues pour choquer ou farm l’engagement sans jamais informer. Ce n’est pas juste « mauvais contenu » : c’est du contenu sans âme, sans positionnement, sans risque assumé.

Le mot « slop » existait déjà depuis des siècles (boue molle au XVIIIe, déchets alimentaires au XIXe), mais son sens moderne explose en 2024-2025. Popularisé notamment par le développeur Simon Willison qui l’a mis en lumière sur son blog, il devient mot de l’année 2025 chez Merriam-Webster : « contenu numérique de faible qualité produit généralement en quantité par intelligence artificielle ». Une définition qui claque.

« Slop » est le terme parfait pour du contenu généré sans réflexion et balancé sans demander la permission.

– Simon Willison, développeur et observateur du phénomène

En 2025-2026, les mentions explosent de plus de 200 % selon des analyses comme celles de Brandwatch. Et devinez quoi ? 82 % des sentiments exprimés sont négatifs. Les internautes en ont ras-le-bol. Ils sentent quand un post est « fabriqué » en 30 secondes par un modèle de langage. Et ils zappent.

Pourquoi l’IA slop se répand-il si vite ?

Les raisons sont simples et économiques. D’abord, la facilité : n’importe qui peut générer 50 posts par jour. Ensuite, les incentives pervers des plateformes : algorithmes qui récompensent le volume et l’engagement brut (même négatif). Enfin, l’illusion de productivité : beaucoup d’entreprises pensent que poster plus = performer plus. Grave erreur.

Le résultat ? Une course au bas de gamme. Des fermes de contenu SEO qui publient des milliers d’articles recyclés, des comptes TikTok/YouTube Shorts bourrés de vidéos absurdes (chats qui parlent philosophie, bébés dans l’espace), des carrousels LinkedIn qui répètent les mêmes 5 conseils sans jamais rien apporter de neuf. C’est la victoire temporaire de la quantité sur la qualité.

  • Contenu sans positionnement clair
  • Absence totale d’expérience personnelle ou d’opinion tranchée
  • Phrases génériques, tournures redondantes, zéro storytelling
  • Visuels qui hurlent « Midjourney fail » ou « DALL-E bug »

Si vous reconnaissez votre stratégie là-dedans… il est temps de changer de braquet.

Étape 1 : Affirmer une identité qui résiste à l’effacement

Dans un océan de similarité, l’authenticité devient votre super-pouvoir. Commencez par répondre sans concession à ces questions :

  • Quelles sont vos trois convictions profondes sur votre marché ?
  • Quelles sont les trois idées reçues que vous combattez frontalement ?
  • Quel ton de voix voulez-vous incarner durablement : provocateur, pédagogue, ironique, bienveillant mais cash ?

Faites le test cruel : prenez vos 10 derniers contenus. Supprimez logo, nom d’entreprise, bio. Pourraient-ils être écrits par n’importe quel concurrent ? Si oui, vous êtes déjà dans la zone slop. Le vrai positionnement crée des aspérités : il dérange certains, mais fidélise les autres.

Étape 2 : Transformer l’IA en allié stratégique (et non en roue libre)

L’intelligence artificielle n’est pas le problème ; c’est l’utilisation paresseuse qui l’est. Arrêtez les prompts du type « écris un article sur le marketing IA ». Passez à des briefs chirurgicaux :

  • Public cible précis (ex. : fondateurs de SaaS B2B entre 30-45 ans)
  • Niveau de maturité (débutant, intermédiaire, expert)
  • Angle tranché et défendu
  • Ton et personnalité
  • Objectif business (générer des DM qualifiés, booker des calls, renforcer autorité)

Un bon prompt est une mini-stratégie éditoriale. L’IA devient alors un brainstormer ultra-rapide, un générateur de structure, un correcteur de style. Mais jamais le rédacteur final.

Étape 3 : La réécriture humaine, étape non négociable

Aucun contenu IA ne doit sortir brut. C’est la règle d’or. Traitez le premier jet comme un brouillon médiocre à sublimer. Voici une checklist concrète :

  • Supprimez les phrases creuses et les redites
  • Ajoutez au moins une anecdote personnelle ou un cas client réel
  • Injectez une opinion forte (même controversée)
  • Coupez 15-20 % du texte pour gagner en densité
  • Variez la longueur des phrases et paragraphes
  • Terminez par un appel à l’action humain et précis

C’est ici que naît la magie : la patte humaine transforme la « bouillie » en contenu mémorable.

Étape 4 : Passer du volume à la profondeur stratégique

Oubliez le calendrier éditorial surchargé. Identifiez 3-5 piliers stratégiques pour votre business cette année (ex. : IA agentique, privacy-first marketing, funnel émotionnel). Produisez autour de ces piliers des contenus piliers ultra-approfondis : guides longs, analyses sectorielles, études de cas détaillées. Recyclez ensuite intelligemment : extraits en posts, threads, vidéos courtes, newsletters.

Cette approche crée une cohérence puissante et renforce votre autorité sur le long terme. Moins de quantité, mais un impact décuplé.

Étape 5 : Mesurer ce qui compte vraiment

Si vos KPI se limitent à impressions, reach et clics, vous encouragez mécaniquement le slop. Passez à des indicateurs de qualité :

  • Temps de lecture moyen
  • Taux d’engagement qualifié (commentaires argumentés)
  • Messages privés et DM reçus
  • Leads entrants et qualification
  • Part de voix sur vos sujets piliers

Ces métriques racontent une autre histoire : celle d’une marque qui inspire confiance et conversations réelles.

Conclusion : l’authenticité comme avantage compétitif durable

En 2026, l’IA est partout, mais l’âme humaine reste rare. Les marques qui combineront vitesse de l’IA et profondeur humaine sortiront gagnantes. Celles qui se contenteront de produire du volume se noieront dans le bruit.

Alors, posez-vous la question : votre contenu actuel pourrait-il être écrit par n’importe quelle IA ? Si la réponse vous dérange, c’est le bon moment pour pivoter vers plus d’authenticité, plus de positionnement, plus de vous.

Le web n’a jamais eu autant besoin de voix qui osent être différentes. Et si c’était la vôtre ?