Et si la prochaine star des réseaux sociaux n’était ni un influenceur lifestyle ni un chef étoilé, mais un combattant de MMA en train de préparer une tarte aux endives ? C’est exactement le pari osé qu’ont décidé de relever Interfel et l’agence Monks Paris avec leur campagne « Jamais Trop Tarte ». Dans un univers marketing où les fruits et légumes peinent parfois à séduire les jeunes hommes, cette opération mélange cage octogonale, gants de boxe et recettes gourmandes pour créer un véritable choc des cultures. Le résultat ? Une prise de parole qui sort radicalement des sentiers battus de la communication alimentaire classique.

Depuis des années, les interprofessions cherchent la formule magique pour redonner envie de consommer des produits frais. Les messages traditionnels autour de la santé, du local ou du fait-maison fonctionnent moyennement auprès d’une cible masculine de 18-35 ans, souvent plus réceptive aux univers du sport, du gaming ou de l’humour absurde. Interfel a donc choisi de plonger tête baissée dans l’univers du mixed martial arts. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le choix est particulièrement malin.

Pourquoi le MMA devient un terrain de jeu marketing inattendu

Le mixed martial arts n’est plus seulement un sport de combat. C’est devenu un véritable phénomène culturel qui touche une audience jeune, masculine et ultra-connectée. Les combats génèrent des millions de vues, les combattants construisent des communautés engagées et les codes visuels du MMA (cage, gants, attitude guerrière, musique intense) sont immédiatement reconnaissables. En s’associant à Paul Dena, combattant professionnel, Interfel s’installe directement dans un univers qui parle déjà à sa cible.

Ce détournement fonctionne parce qu’il joue sur le contraste. D’un côté, la violence contrôlée et la performance physique. De l’autre, la délicatesse d’une tarte aux poireaux ou à l’ananas. Ce choc crée de la surprise, et la surprise est l’un des leviers les plus puissants de l’attention en 2026. Dans un feed Instagram saturé de contenus lisses, une vidéo où un combattant enfile ses gants pour « affronter » une pâte brisée attire immédiatement le regard.

Le marketing alimentaire a trop longtemps parlé aux mêmes personnes avec les mêmes codes. Pour toucher les jeunes hommes, il faut aller les chercher là où ils sont, même si cet endroit ressemble à une cage d’octogone.

– Analyse d’un stratège digital spécialisé en agroalimentaire

Cette approche s’inscrit dans une tendance plus large : le détournement de codes. On l’a vu avec des marques de luxe qui s’approprient le streetwear, des banques qui jouent la carte de l’humour absurde, ou des assureurs qui parodient des séries Netflix. Interfel rejoint ce mouvement en prouvant que même une interprofession peut oser le décalage.

Paul Dena, le visage parfait pour humaniser la campagne

Le choix de Paul Dena n’est pas anodin. Ce combattant professionnel incarne à la fois la puissance et l’accessibilité. Habitué aux affrontements dans la cage, il accepte de se prêter au jeu de la cuisine avec un sérieux presque comique. Gants aux poings, protège-dents personnalisés et attitude de guerrier, il transforme la préparation d’une tarte en véritable combat.

Quatre recettes sont mises à l’honneur : Endive Lovers, Cheesy Poireaux, Folie Champi’ et Ananas Tropicool. Chacune bénéficie de sa propre vidéo, tournée dans un univers qui reprend tous les codes du MMA. L’octogone devient cuisine, les coups deviennent gestes culinaires, et le public découvre que préparer une tarte peut être aussi intense qu’un round de combat.

Ce casting apporte plusieurs avantages stratégiques. D’abord, il confère une crédibilité auprès de la cible masculine. Ensuite, il génère naturellement du contenu shareable. Enfin, il permet à Interfel de sortir de l’image parfois un peu sage associée aux fruits et légumes. Le combattant devient le fil rouge d’une narration qui mélange humour, performance et gourmandise.

Une mécanique digitale complète et bien pensée

La campagne ne se limite pas à quelques vidéos humoristiques. Interfel et Monks Paris ont construit un véritable écosystème digital qui s’étend jusqu’à la mi-décembre 2026. Voici les différents piliers du dispositif :

  • Un teaser d’ouverture qui pose l’univers et crée l’attente
  • Quatre vidéos principales, chacune centrée sur une recette
  • Un jeu-concours Instagram avec des questions liées aux contenus
  • Un module web interactif baptisé « Duel de tartes »
  • Un lot exclusif : un moule à tarte en forme d’octogone

Le jeu-concours est particulièrement malin. En demandant aux internautes de répondre à des questions sur les vidéos, Interfel s’assure que le contenu est réellement visionné et non simplement scrollé. Le prix (un moule en forme de cage MMA) prolonge l’expérience hors écran et crée un objet de conversation tangible.

Le module « Duel de tartes » ajoute une couche d’interactivité supplémentaire. Les participants votent pour leurs recettes préférées parmi dix propositions, puis comparent leurs choix à ceux de Paul Dena. Cette mécanique transforme le spectateur passif en acteur de la campagne. Elle génère également des données précieuses sur les préférences de la cible.

Les enjeux derrière cette prise de parole audacieuse

Créée en 1976, Interfel regroupe l’ensemble des métiers de la filière des fruits et légumes frais, de la production à la distribution. Son rôle est de défendre et de promouvoir ces produits auprès du grand public. Or, depuis plusieurs années, la consommation de fruits et légumes stagne, voire régresse chez certaines catégories de population, notamment les jeunes hommes.

Les freins sont connus : manque de temps, manque d’inspiration, perception que la cuisine est compliquée ou « pas virile », concurrence des plats préparés et de la restauration rapide. Face à ces obstacles, les messages classiques autour de la santé ou de l’équilibre alimentaire montrent leurs limites. Il fallait donc changer de registre.

En investissant l’univers du MMA, Interfel ne cherche pas seulement à faire rire. L’objectif est de repositionner la cuisine comme une activité ludique, créative et accessible. Préparer une tarte devient un défi, presque un sport. Les fruits et légumes ne sont plus des aliments « sains » un peu fades, mais les ingrédients d’une performance culinaire.

Quand on arrive à faire en sorte qu’un combattant de MMA passe plus de temps à parler de poireaux que de knock-out, on a déjà gagné une partie de la bataille culturelle.

– Commentaire d’un observateur du marketing alimentaire

Ce que cette campagne révèle des nouvelles stratégies de communication

Plusieurs enseignements se dégagent de cette opération pour les professionnels du marketing et de la communication digitale.

Premier point : l’importance du décalage assumé. Dans un environnement saturé, la cohérence trop parfaite devient parfois invisible. Le contraste fort attire l’attention et crée de la mémorisation. Interfel a accepté de sortir de sa zone de confort et cela paie en termes de visibilité.

Deuxième enseignement : la puissance du casting non conventionnel. Un ambassadeur n’a pas besoin d’être un expert du produit. Il doit simplement être crédible auprès de la cible et capable de porter le message avec authenticité. Paul Dena n’est pas un chef, et c’est précisément ce qui rend la campagne intéressante.

Troisième leçon : la nécessité de construire un dispositif multi-formats. Une seule vidéo humoristique aurait eu un impact limité. En combinant teaser, séries de contenus, jeu-concours et module interactif, Interfel maximise les points de contact et prolonge la durée de vie de la campagne.

Quatrième observation : l’intérêt de créer des objets physiques dérivés. Le moule à tarte en forme d’octogone n’est pas qu’un lot de jeu. C’est un objet conversationnel qui prolonge l’expérience hors des écrans et renforce l’ancrage de la campagne dans le réel.

Instagram comme terrain principal de diffusion

Le choix d’Instagram comme plateforme centrale n’est pas surprenant. Le réseau reste particulièrement performant pour toucher les 18-35 ans avec des formats courts et visuels. Les vidéos de la campagne y trouvent naturellement leur place, entre Reels et posts classiques.

La plateforme permet également de jouer pleinement la carte de l’interactivité via les stories, les sondages et les jeux-concours. En organisant son dispositif principalement sur Instagram, Interfel s’assure de parler le même langage que sa cible et d’utiliser les mécaniques d’engagement natives du réseau.

On peut également imaginer que les contenus seront amplifiés par les comptes personnels de Paul Dena et potentiellement par d’autres acteurs de l’écosystème MMA. Ce type de diffusion organique via les communautés sportives représente une valeur ajoutée importante par rapport à une campagne purement publicitaire.

Le rôle de Monks Paris dans la réussite du projet

L’agence Monks Paris a su capturer l’essence du brief : rendre les fruits et légumes désirables auprès d’une audience qui ne se sentait pas naturellement concernée. Le parti pris créatif est clair, cohérent et bien exécuté. Chaque élément visuel (cage, gants, attitude du combattant, protège-dents) est soigneusement choisi pour renforcer le concept sans jamais tomber dans la caricature gratuite.

La qualité de production des vidéos est également un point fort. Dans un univers où le contenu amateur côtoie les productions haut de gamme, le niveau d’exécution permet à la campagne de se démarquer tout en restant accessible et fun. Le ton humoristique est maîtrisé : on rit avec Paul Dena, jamais à ses dépens.

Quels résultats peut-on attendre d’une telle opération ?

Il est encore trop tôt pour disposer de chiffres définitifs, la campagne s’étalant jusqu’à la mi-décembre 2026. On peut néanmoins anticiper plusieurs types d’impacts.

Sur le plan quantitatif, les indicateurs classiques seront scrutés : vues, taux d’engagement, partages, nombre de participants au jeu-concours et au module interactif, mentions de marque. Sur le plan qualitatif, l’objectif est plus subtil : faire évoluer la perception des fruits et légumes chez les jeunes hommes et ancrer l’idée que cuisiner peut être cool et viril.

À plus long terme, ce type de campagne contribue à renouveler l’image d’Interfel elle-même. L’interprofession montre qu’elle est capable d’innovation et d’audace, ce qui peut faciliter les futures collaborations avec des partenaires plus jeunes ou plus digitaux.

Les limites et les risques d’une telle stratégie

Aucune campagne n’est sans risque. Le principal écueil serait que le concept soit perçu comme trop gadget ou déconnecté de la réalité des produits. Si le public retient uniquement le côté MMA sans retenir les recettes ou l’envie de cuisiner, l’opération aurait manqué une partie de sa cible.

Un autre risque concerne la pérennité du message. Une campagne fondée sur le décalage fonctionne particulièrement bien au lancement, mais peut s’essouffler si elle n’est pas relayée par d’autres prises de parole plus structurelles. Interfel devra donc veiller à capitaliser sur l’attention générée pour proposer ensuite des contenus plus pédagogiques ou plus pratiques.

Enfin, le choix d’un ambassadeur sportif expose toujours à d’éventuels aléas liés à l’actualité du sportif. Jusqu’ici, rien n’indique de difficulté de ce côté, mais c’est un paramètre à surveiller dans toute stratégie d’influence.

Ce que les autres marques peuvent retenir

La campagne « Jamais Trop Tarte » offre plusieurs pistes de réflexion utiles pour d’autres annonceurs, qu’ils soient dans l’alimentaire ou ailleurs.

  • Ne pas hésiter à sortir de son univers traditionnel pour aller chercher une audience là où elle se trouve
  • Privilégier le contraste et la surprise plutôt que la cohérence trop attendue
  • Construire des dispositifs complets plutôt que des one-shots
  • Miser sur des ambassadeurs qui incarnent un univers plutôt qu’un produit
  • Créer des mécaniques d’engagement qui forcent le visionnage actif du contenu
  • Prolonger l’expérience digitale par des objets physiques mémorables

Ces principes peuvent s’appliquer à de nombreux secteurs. Une marque de produits laitiers pourrait s’associer à l’univers du gaming, une enseigne de bricolage pourrait investir le monde de la musique électronique, une compagnie d’assurance pourrait parodier les codes des films d’action. L’important est de trouver le bon décalage et de l’exécuter avec sérieux et créativité.

Une illustration parfaite des nouvelles attentes des audiences

Les jeunes adultes d’aujourd’hui ne veulent plus être « éduqués » par les marques. Ils veulent être divertis, surpris, inclus dans une conversation. La campagne d’Interfel répond précisément à cette attente. Elle ne dit pas « mangez des légumes parce que c’est bon pour la santé ». Elle montre un combattant de MMA qui s’amuse à faire des tartes et invite le public à participer au jeu.

Cette approche rejoint les principes du marketing de l’attention et du marketing de l’expérience. L’objectif n’est plus seulement de transmettre un message, mais de créer un moment de connexion émotionnelle. L’humour, le sport et la cuisine deviennent les ingrédients d’une expérience de marque mémorable.

Dans un contexte où les consommateurs sont de plus en plus méfiants envers les discours publicitaires traditionnels, ce type de prise de parole indirecte et ludique s’avère particulièrement efficace. On ne vend pas des endives, on propose une expérience. Les endives deviennent le prétexte, et non le sujet principal.

Le contexte plus large de la communication agroalimentaire

Cette campagne s’inscrit dans un mouvement plus global de renouvellement de la communication des filières agricoles et alimentaires. Face à la concurrence des produits ultra-transformés et à l’évolution des modes de consommation, les interprofessions n’ont d’autre choix que d’innover dans leur manière de parler aux Français.

On a vu ces dernières années des opérations autour du local, du bio, de la saisonnalité ou de la lutte contre le gaspillage. « Jamais Trop Tarte » se distingue en abandonnant complètement ces registres pour investir un territoire purement culturel et émotionnel. C’est un signe que la profession prend conscience de la nécessité de diversifier ses approches.

L’enjeu est de taille. Les fruits et légumes restent essentiels sur le plan nutritionnel et environnemental. Mais pour que les messages de santé publique ou de développement durable portent, il faut d’abord que les produits soient désirables. En travaillant sur le désir plutôt que sur le devoir, Interfel adopte une posture plus moderne et potentiellement plus efficace.

Analyse des quatre recettes mises en avant

Le choix des recettes n’est pas laissé au hasard. Endive Lovers met en lumière un légume parfois sous-estimé et souvent associé à des préparations classiques. Cheesy Poireaux joue sur le réconfort et la gourmandise. Folie Champi’ exploite la popularité croissante des champignons dans la cuisine contemporaine. Ananas Tropicool apporte une touche fruitée et exotique qui élargit le spectre.

Ces quatre propositions couvrent différents moments de consommation et différents niveaux de difficulté. Elles montrent que les fruits et légumes peuvent s’intégrer dans des préparations variées, du salé au sucré, du simple au plus élaboré. Le message implicite est clair : il y a forcément une tarte qui peut plaire à chacun.

En associant chaque recette à une vidéo spécifique, Interfel crée également un effet de série. Le public est incité à suivre l’ensemble du dispositif pour découvrir les différentes « confrontations » culinaires de Paul Dena. Cette logique de saisonnalité des contenus est particulièrement adaptée aux plateformes sociales.

L’importance du module interactif « Duel de tartes »

Parmi les éléments les plus intéressants du dispositif figure le module web « Duel de tartes ». En permettant aux internautes de voter pour leurs recettes préférées et de comparer leurs choix à ceux de Paul Dena, Interfel transforme une campagne de contenu en véritable expérience participative.

Ce type d’outil présente plusieurs avantages. Il augmente le temps passé avec la marque, génère des données sur les préférences des consommateurs, crée un sentiment d’appartenance à une communauté et offre un prétexte supplémentaire pour revenir sur les contenus vidéo. Dans un contexte où l’engagement est de plus en plus difficile à obtenir, ces mécaniques interactives deviennent précieuses.

On peut également imaginer que les résultats des votes alimenteront de futurs contenus ou influenceront les prochaines recettes mises en avant par Interfel. La boucle entre participation du public et production de contenu est ainsi bouclée de manière vertueuse.

Vers une nouvelle génération de campagnes interprofessionnelles

Si la campagne « Jamais Trop Tarte » rencontre le succès escompté, elle pourrait inspirer d’autres interprofessions à oser des territoires plus audacieux. On imagine déjà des opérations autour du vin et de l’e-sport, du fromage et de la musique urbaine, ou de la viande et du cinéma d’action. Les possibilités sont nombreuses dès lors que l’on accepte de sortir des codes traditionnels.

Cette évolution est nécessaire. Les interprofessions ont longtemps privilégié des messages informatifs et institutionnels. Or, les audiences d’aujourd’hui répondent davantage à l’émotion, à l’humour et à la participation. En acceptant de jouer le jeu des plateformes et des codes culturels contemporains, Interfel montre la voie.

Le défi sera de maintenir ce niveau d’audace dans la durée. Une campagne isolée, aussi réussie soit-elle, ne suffit pas à transformer durablement les perceptions. Il faudra que ce type d’approche s’inscrive dans une stratégie plus large et plus pérenne de modernisation de la communication autour des fruits et légumes.

Conclusion : quand le ring devient cuisine

La campagne menée par Interfel et Monks Paris avec Paul Dena constitue un excellent cas d’école de communication décalée réussie. En choisissant le MMA comme territoire d’expression, l’interprofession a su créer la surprise, générer de l’attention et proposer une expérience engageante à sa cible.

Au-delà du simple effet de buzz, l’opération pose des questions intéressantes sur la manière dont les marques et les filières peuvent renouveler leur discours. Elle montre qu’il est possible de parler de produits du quotidien avec originalité et sans renier l’identité de la marque.

Pour les professionnels du marketing, du digital et de la communication, « Jamais Trop Tarte » offre une source d’inspiration précieuse. Elle rappelle que les meilleures campagnes sont souvent celles qui osent le décalage tout en restant parfaitement alignées avec les codes de leur audience. Dans un monde saturé de messages, la capacité à surprendre tout en restant pertinent reste l’un des atouts les plus puissants.

Reste maintenant à observer si les jeunes hommes se mettront réellement à enfiler leur tablier après avoir vu Paul Dena « combattre » des poireaux et des endives. Si c’est le cas, Interfel aura réussi bien plus qu’une simple campagne : elle aura contribué à faire évoluer un peu les représentations culturelles autour de la cuisine et des fruits et légumes frais. Et dans le monde de la communication, c’est déjà une belle victoire.

Cette opération prouve une fois de plus que le marketing contemporain gagne à s’inspirer des univers culturels les plus inattendus. Que l’on soit une interprofession centenaire ou une startup tech, la capacité à créer des connexions émotionnelles fortes reste le meilleur moyen de marquer les esprits. Et parfois, pour y parvenir, il faut accepter de monter dans l’octogone… même si c’est uniquement pour y préparer une tarte.

Catégories :