Imaginez un futur où vous demandez simplement à votre assistant IA « Trouve-moi les meilleures baskets éco-responsables livrées demain matin » et où, en quelques secondes, un produit parfaitement adapté à vos goûts, votre budget et votre localisation apparaît avec un bouton d’achat direct, sans jongler entre dix onglets. Ce futur n’est plus de la science-fiction : en janvier 2026, au cœur du NRF, Google a officialisé une avancée majeure qui pourrait redessiner entièrement le paysage du commerce en ligne.

L’annonce faite par Sundar Pichai n’est pas une simple évolution technique. Elle marque l’entrée officielle dans l’ère du commerce agentique, où les intelligences artificielles ne se contentent plus de répondre ou de suggérer : elles agissent, comparent, négocient et concluent la transaction pour vous. Au centre de cette transformation se trouve un sigle qui va rapidement devenir incontournable : l’UCP, pour Universal Commerce Protocol.

Qu’est-ce que l’Universal Commerce Protocol ?

L’UCP n’est pas une application, ni une nouvelle fonctionnalité cachée dans Gemini. C’est un standard ouvert, un langage commun conçu pour que les agents IA puissent dialoguer directement et de manière standardisée avec les systèmes back-end des marchands. Aujourd’hui, chaque plateforme e-commerce possède son propre API, ses propres formats de données, ses contraintes techniques. Résultat : les IA galèrent à comprendre et à agir de façon fluide sur plusieurs boutiques en même temps.

Avec l’UCP, Google et ses partenaires (Shopify, Etsy, Wayfair, Target, Walmart… et en Europe Carrefour) posent les bases d’un protocole unique qui couvre l’ensemble du parcours client : découverte du besoin, comparaison produits, vérification stock & prix, personnalisation selon le profil utilisateur, ajout au panier virtuel, paiement et même suivi logistique. Un seul langage machine-to-machine pour fluidifier des milliards de micro-interactions quotidiennes.

« AI agents will be a big part of how we shop in the not-so-distant future. »

– Sundar Pichai, CEO de Google – janvier 2026

Cette phrase prononcée lors du keynote du NRF résume parfaitement l’ambition : passer d’un modèle où l’humain pilote chaque clic à un modèle où l’IA pilote l’expérience d’achat entière, avec l’accord et sous le contrôle de l’utilisateur.

Pourquoi maintenant ? L’ascension fulgurante de Gemini

Derrière cette infrastructure se cache une réalité business très concrète. Google a vu son application Gemini bondir de 5,7 % à plus de 21 % de parts de marché sur le segment des chatbots en seulement douze mois. Avec 650 millions d’utilisateurs mensuels actifs sur ses outils IA, la firme de Mountain View dispose désormais d’une audience colossale qu’elle veut monétiser bien au-delà de la simple publicité textuelle.

L’UCP arrive donc au moment parfait : alors que les utilisateurs commencent à faire confiance aux agents IA pour des tâches complexes, Google sécurise la couche transactionnelle. Plutôt que de laisser OpenAI, Anthropic ou xAI capter la valeur des derniers mètres du parcours d’achat, Google verrouille sa position en devenant l’infrastructure de référence du commerce conversationnel.

Les premiers acteurs qui adoptent l’UCP

Le choix des partenaires de lancement n’est pas anodin. On retrouve des géants aux profils très complémentaires :

  • Shopify : la référence des indépendants et PME, assure une diffusion massive auprès des petits et moyens commerçants
  • Walmart : mastodonte américain, poids lourd de la data client et de la logistique
  • Carrefour : leader européen, ancre l’initiative sur le vieux continent et ouvre la voie à une adoption rapide en France
  • Target, Etsy, Wayfair : complètent le spectre avec des verticales spécifiques (mass-market, créateurs, maison)

En France, Emmanuel Grenier (Carrefour) l’explique sans détour : l’intégration native dans les interfaces Google va permettre d’offrir des parcours d’achat ultra-fluides. L’utilisateur pourra passer de la question posée à Gemini au paiement final sans jamais quitter l’écosystème Google.

Du SEO classique au « Shopping Graph » optimisé pour l’IA

Pour les marketeurs et les e-commerçants, cette évolution représente à la fois une opportunité et un séisme. Le bon vieux SEO basé sur les mots-clés et les balises meta perd progressivement de sa suprématie. Désormais, c’est la qualité et la structure des données produits qui priment.

Google parle déjà de plus de 50 milliards de fiches produits actualisées en temps réel dans son Shopping Graph. L’agent IA va piocher dans ce gigantesque réservoir pour composer sa réponse. Si votre produit n’est pas correctement encodé (prix, disponibilité, avis, délais, labels RSE, etc.), il disparaît simplement du champ des possibles.

Les critères que les machines « comprennent » nativement prennent le dessus :

  • Prix compétitif
  • Délai de livraison
  • Disponibilité réelle en stock
  • Score de satisfaction client
  • Critères RSE et éthiques (quand ils sont structurés)

Le storytelling émotionnel, les visuels léchés, l’univers de marque… tout cela reste important pour l’humain, mais devient secondaire face à un agent qui tranche en 800 millisecondes sur des critères quantitatifs.

Les défis et les risques du commerce agentique

Malgré l’enthousiasme, plusieurs ombres planent sur ce futur radieux.

1. L’invisibilisation de la marque
Quand l’IA devient l’unique interface, les atouts différenciants non quantifiables (histoire de marque, engagement sociétal, packaging premium, expérience en magasin…) risquent de devenir invisibles. Si ces éléments ne sont pas traduits en métadonnées lisibles par la machine, ils n’existent plus dans la prise de décision.

2. La question du consentement et de la transparence
Quand l’achat se fait en une seule conversation naturelle, comment garantir que l’utilisateur a bien compris ce qu’il achète ? Le risque d’achats impulsifs ou mal compris augmente. Les régulateurs européens, déjà très vigilants sur le dark pattern, risquent de poser rapidement des garde-fous.

3. La gouvernance du protocole
Qui décide des évolutions de l’UCP ? Google seul ? Un consortium ? Quelle place pour les petits acteurs ? La question reste ouverte et pourrait créer des tensions dans les mois à venir.

Ce que les marketeurs et les e-commerçants doivent faire dès aujourd’hui

Pour ne pas se faire distancer, voici les chantiers prioritaires à ouvrir dès 2026 :

  • Auditer et structurer l’intégralité de votre catalogue produit selon les standards schema.org les plus récents + flux Shopping Google
  • Enrichir massivement les métadonnées (labels RSE, matériaux, origine, certifications, délais réels…)
  • Tester très tôt les intégrations UCP dès qu’elles seront disponibles sur Shopify ou votre stack
  • Former vos équipes marketing & data à la « prompt engineering » orientée commerce
  • Investir dans des expériences post-achat ultra-personnalisées pour conserver la fidélité malgré la désintermédiation
  • Anticiper les formats publicitaires conversationnels et in-chat qui vont exploser

Les marques qui sauront parler aux machines tout en continuant à émouvoir les humains seront celles qui sortiront gagnantes de cette transition.

Vers un commerce totalement invisible ?

Le véritable horizon de l’UCP, c’est un commerce qui disparaît en tant qu’acte conscient. Vous exprimez un besoin, l’agent anticipe, propose, valide votre identité, paie avec le moyen préféré, organise la livraison… et vous recevez le colis. Point.

Ce niveau d’abstraction va bouleverser les modèles économiques. Les places de marché traditionnelles pourraient perdre leur raison d’être si les agents IA deviennent meilleurs qu’elles pour sourcer le meilleur produit au meilleur prix. Les retailers physiques devront redoubler d’efforts sur l’expérience sensorielle et sociale pour conserver leur attractivité.

Du côté des startups, l’UCP ouvre aussi un champ immense : outils d’enrichissement automatique de fiches produits, agents spécialisés par verticale (mode, high-tech, alimentaire…), solutions de vérification de consentement conversationnel, etc. Une nouvelle vague d’innovation se prépare.

Conclusion : Bienvenue dans l’ère agentique

L’Universal Commerce Protocol n’est pas seulement une prouesse technologique. C’est le symptôme visible d’un changement de paradigme profond : le passage d’un web de pages à un web d’actions. Google, en s’alliant avec les plus gros acteurs du retail mondial, prend une longueur d’avance dans la course au commerce conversationnel.

Pour les marketeurs, les entrepreneurs et les innovateurs du digital, 2026 marquera probablement l’année où il faudra choisir son camp : subir la désintermédiation ou devenir soi-même un acteur indispensable de cet écosystème agentique naissant.

Une chose est sûre : le chemin qui mène de l’intention d’achat à la livraison n’a jamais été aussi court… ni aussi stratégique.