Imaginez investir plus de 70 milliards de dollars en six ans dans un rêve technologique… pour finalement décider de réduire drastiquement les équipes qui le portent. C’est exactement la situation dans laquelle se trouve Meta en ce début d’année 2026. La rumeur courait depuis plusieurs jours, elle est désormais confirmée : environ 10 % des effectifs de Reality Labs, la division dédiée au métavers, à la réalité virtuelle et aux lunettes connectées, vont être supprimés. Mais derrière ce chiffre froid se cache une question bien plus profonde pour tous les entrepreneurs, marketeurs et passionnés de tech : Meta est-il en train d’abandonner le métavers au profit de l’intelligence artificielle ?
La réponse n’est pas aussi simple qu’un « oui » ou « non ». Elle révèle surtout un arbitrage stratégique majeur dans un contexte où les ressources financières et humaines deviennent de plus en plus rares face aux ambitions démesurées de l’entreprise de Mark Zuckerberg.
Un contexte financier très lourd pour Reality Labs
Depuis 2019 et le rachat d’Oculus pour 2 milliards de dollars, Meta n’a jamais vraiment cessé d’injecter des sommes colossales dans sa vision du futur. Reality Labs, dirigée par l’incontournable Andrew « Boz » Bosworth, cumule les pertes opérationnelles records.
Petit récapitulatif rapide des montants en jeu :
- 2020 : -6,6 milliards $
- 2021 : -10,2 milliards $
- 2022 : -13,7 milliards $
- 2023 : -16,1 milliards $
- 2024 : -17,7 milliards $
- 2025 (estimations) : environ -16 milliards $
Cela représente plus de 80 milliards de dollars de pertes cumulées sur six années, même après prise en compte des revenus générés par les ventes de Quest et des lunettes Ray-Ban Meta. Pour mettre les choses en perspective : c’est plus que la valorisation totale de nombreuses licornes européennes réunies.
« Nous continuons d’investir massivement car nous croyons que ce sont les plateformes informatiques de la prochaine génération. Mais nous devons aussi être disciplinés sur les coûts. »
– Mark Zuckerberg, earnings call Q4 2025
Pourquoi couper maintenant ? Les trois hypothèses principales
Plusieurs lectures sont possibles. Voici les trois scénarios les plus probables en 2026 :
1. Recentralisation stratégique autour de l’IA générative
L’hypothèse la plus commentée par les observateurs est celle d’un arbitrage clair en faveur de l’IA. Meta dépense désormais des dizaines de milliards par an dans les data centers, les GPU, le recrutement de chercheurs de pointe et le développement de Llama.
L’IA est devenue la priorité stratégique numéro 1, devant même le métavers dans les communications officielles. Et les premiers résultats sont là : les performances de Llama 4 impressionnent, les agents conversationnels s’améliorent très vite, et les outils de création assistée par IA gagnent du terrain dans tous les domaines, y compris… la création 3D et VR.
2. Substitution progressive par l’IA des métiers de développement
Mark Zuckerberg lui-même l’avait annoncé dès janvier 2025 sur le podcast de Joe Rogan :
« Probablement en 2025, nous à Meta, comme les autres entreprises qui travaillent là-dessus, aurons une IA capable d’être un ingénieur de niveau intermédiaire qui peut écrire du code. »
– Mark Zuckerberg – Joe Rogan Experience, janvier 2025
Ce qui semblait futuriste il y a douze mois est devenu réalité opérationnelle en 2026. Les outils d’IA générative permettent déjà de créer des assets 3D, des environnements VR et même des interactions sociales de base à partir de simples prompts textuels. La direction semble considérer qu’une partie significative du travail des ingénieurs Reality Labs peut désormais être automatisée.
3. Simple rationalisation face à une croissance trop lente du marché
La troisième explication est plus prosaïque : malgré une croissance de +40 % des revenus Reality Labs en 2024 et un réel décollage des ventes de Ray-Ban Meta, le volume reste très loin de compenser les investissements massifs. Le casque Quest 3 reste un produit de niche, même s’il s’est vendu plusieurs fois mieux que le Quest 2 à maturité.
Dans un contexte où chaque dollar compte pour financer la course à l’AGI, Meta semble avoir décidé de réduire la voilure sur les projets les plus consommateurs de cash qui avancent le moins vite.
Quel avenir pour le métavers chez Meta après ces coupes ?
Contrairement à ce que certains titres racoleurs laissent penser, Meta n’a pas officiellement enterré le métavers. Plusieurs signaux montrent même le contraire :
- Le lancement réussi des Ray-Ban Meta montre que les wearables intelligents grand public intéressent vraiment
- Horizon Worlds continue d’exister et reçoit toujours des mises à jour (même si beaucoup plus discrètes)
- Les travaux sur les lunettes AR grand public (successeur d’Orion) se poursuivent activement
- Andrew Bosworth reste l’un des hommes les plus puissants de l’entreprise
Ce qui change vraiment, c’est le rythme et l’ambition affichée. Le grand rêve d’un monde virtuel social quotidien semble repoussé de plusieurs années, tandis que l’IA devient le levier principal pour tenter de rattraper le retard accumulé.
Leçons stratégiques pour les startups et scale-ups tech
Cette décision de Meta, aussi douloureuse soit-elle pour les équipes concernées, contient plusieurs enseignements précieux pour tout entrepreneur tech en 2026 :
1. La vision long terme doit s’accompagner d’une discipline financière très stricte
Il est extrêmement difficile de tenir une vision 10-15 ans quand les marchés financiers et les actionnaires exigent des résultats trimestriels. Meta peut se le permettre grâce à ses flux de trésorerie publicitaires gigantesques. La très grande majorité des entreprises ne le peuvent pas.
2. L’IA est en train de devenir le principal destructeur / créateur d’emplois tech
Ce qui arrive à Reality Labs va se reproduire dans de nombreux autres secteurs. Les entreprises qui sauront le plus rapidement remplacer 30 à 50 % de leurs tâches de développement par des agents IA obtiendront un avantage compétitif considérable.
3. Les paris technologiques très coûteux nécessitent plusieurs plans B
Meta a eu la chance incroyable de pouvoir financer son pari métavers grâce aux revenus historiques de Facebook/Instagram. La plupart des startups n’auront jamais cette marge de manœuvre. Il est donc vital de construire des produits intermédiaires rentables qui servent de rampe de lancement vers la vision ultime.
Conclusion : un pivot, pas une capitulation
Meta ne jette pas l’éponge sur la réalité virtuelle et augmentée. L’entreprise ajuste simplement son tempo et ses priorités dans un environnement où l’IA est devenue la technologie qui capte le plus d’attention, de talents et de capitaux.
Les 10 % de réduction d’effectifs à Reality Labs sont douloureux, mais ils s’inscrivent dans une logique plus large : accélérer l’intégration de l’IA dans tous les produits, y compris ceux qui concernent le futur des interfaces homme-machine.
Reste une question ouverte, et pas des moindres : dans cinq ans, lorsque nous regarderons en arrière, verrons-nous ce moment comme le début de la fin du rêve métavers… ou comme le pivot intelligent qui aura finalement permis à Meta de gagner la course à la prochaine plateforme informatique dominante ?
Les prochains chapitres s’annoncent passionnants.
Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les derniers articles directement dans votre boîte mail.



Commentaires