Imaginez pouvoir dire à Instagram : « Aujourd’hui j’ai envie de voir principalement du contenu sur le marketing digital, l’entrepreneuriat et l’IA, et beaucoup moins de chats qui dansent ». Et si la plateforme vous écoutait vraiment ? C’est précisément ce que Meta est en train de tester à grande échelle depuis janvier 2026, et la nouvelle fait déjà trembler la sphère des social media managers et des créateurs de contenu.

Après plusieurs mois de tests limités, Instagram vient d’annoncer le déploiement mondial de l’option Your Algorithm pour l’ensemble des utilisateurs anglophones. Une petite révolution dans la relation entre la plateforme et ses 2+ milliards d’utilisateurs ? Pas si sûr… Mais une évolution stratégique très intéressante pour les professionnels du marketing et des startups qui misent massivement sur Reels pour leur croissance.

De l’opacité totale… à un semblant de transparence

Pendant des années, l’algorithme Instagram a été cette boîte noire que tout le monde tentait de décrypter. Des milliers d’articles, de conférences, de consultants et de formations se sont construits autour de cette quête quasi mystique : « comment percer l’algorithme Instagram en 2025/2026 ? ».

Aujourd’hui, pour la première fois à une telle échelle, Instagram retourne un peu le miroir et dit aux utilisateurs : « D’accord, vous voulez savoir pourquoi vous voyez telle ou telle vidéo ? Venez, on va même vous laisser mettre les mains dans le cambouis ».

« Votre expérience sur Reels ne doit pas être un mystère. Avec Your Algorithm, vous pouvez littéralement façonner ce que l’algorithme comprend de vos goûts. »

– Adam Mosseri, responsable Instagram (janvier 2026)

La fonctionnalité est accessible directement depuis le flux Reels via une petite icône de curseur en haut à droite. Une fois dedans, l’utilisateur découvre une interface relativement simple mais puissante :

  • Ajout/suppression de centres d’intérêt
  • Visualisation d’exemples de vidéos pour chaque intérêt
  • Choix des trois intérêts prioritaires pour l’année 2026

Sur le papier, c’est une avancée majeure en termes de contrôle utilisateur. Dans la réalité… l’impact reste à démontrer.

Pourquoi Meta prend-il ce risque ?

La question mérite d’être posée. Les Reels représentent aujourd’hui la principale locomotive de temps passé sur Instagram. Or ce sont précisément les recommandations algorithmiques ultra-personnalisées, parfois dérangeantes de précision, qui génèrent ces sessions interminables.

En offrant la possibilité de « brider » cet algorithme, Meta prend donc théoriquement le risque de voir le temps moyen passé diminuer. Alors pourquoi le faire ? Plusieurs explications probables se dessinent :

  • Répondre aux critiques récurrentes sur l’addiction et la manipulation par les algorithmes
  • Anticiper les futures régulations (DSA en Europe, potentielle législation aux USA)
  • Créer un sentiment de maîtrise et donc de confiance chez les utilisateurs les plus exigeants
  • Collecter des signaux explicites de préférence (bien plus puissants que les simples interactions implicites)
  • Se différencier de TikTok qui reste sur une approche 100% algorithmique opaque

Le dernier point est particulièrement intéressant pour les marketeurs : Instagram semble vouloir se positionner comme la plateforme « plus transparente » et « plus respectueuse » de ses créateurs et utilisateurs premium.

Impact réel pour les créateurs et les stratégies marketing

Voici la question qui brûle les lèvres de tous les community managers, growth hackers et fondateurs de startup en 2026 : est-ce que cette nouveauté va casser la viralité ?

La réponse courte : probablement pas beaucoup… mais elle va complexifier la donne.

Les premiers enseignements (basés sur la phase de test d’octobre-décembre 2025) montrent plusieurs comportements :

  • Moins de 12 % des utilisateurs testeurs ont touché aux paramètres
  • Parmi ceux qui l’ont fait, 63 % ont ajouté des intérêts, seulement 18 % en ont supprimé
  • Les personnes qui configurent activement leur algorithme passent en moyenne +28 min/jour sur l’application
  • Les niches très spécifiques (ex : growth hacking, no-code, personal branding B2B) gagnent en précision de diffusion

En clair : la très grande majorité des utilisateurs lambda ne touchera probablement jamais à cette fonctionnalité. Mais une minorité active, souvent composée de power-users et de professionnels, va s’en servir… et cette minorité est précisément celle qui interagit le plus, commente, partage et convertit.

Les 7 stratégies à adopter dès maintenant face à cette évolution

Face à ce changement, voici les recommandations concrètes que les équipes marketing et les créateurs devraient intégrer dès le premier trimestre 2026 :

  1. Hyper-spécialisation du positionnement – Plus votre contenu est clairement catégorisé dans une niche précise, plus vous avez de chances d’être ajouté manuellement comme intérêt
  2. Créer des séries thématiques très marquées (ex : « 30 jours pour scaler son SaaS de 0 à 10k€/mois »)
  3. Utiliser des termes et hashtags très spécifiques dans les légendes et les premiers mots de la vidéo
  4. Proposer du contenu de type « tutoriel / méthode / framework » qui incite à l’enregistrement et au partage
  5. Travailler ses premières 3 secondes comme jamais : elles déterminent encore plus fortement la catégorie perçue
  6. Créer des collections de Reels très thématiques que les utilisateurs peuvent sauvegarder
  7. Inciter explicitement votre communauté à ajouter votre thématique dans leurs intérêts prioritaires

Ces leviers, déjà puissants auparavant, deviennent stratégiques dans le nouveau contexte.

Vers la fin des algorithmes « full-black-box » ?

Ce mouvement d’Instagram n’est pas isolé. On observe depuis 18 mois une véritable tendance de fond dans l’industrie :

  • Threads propose déjà un flux « Suivis » et « Pour vous » au choix
  • LinkedIn teste des options de pondération des types de contenus
  • Twitter/X permet de désactiver l’onglet « Pour vous »
  • TikTok expérimente des « intérêts prioritaires » dans certains marchés

Les plateformes semblent toutes arriver à la même conclusion : donner un minimum de contrôle visible aux utilisateurs est devenu un impératif à la fois réglementaire, réputationnel… et paradoxalement business.

Car plus l’utilisateur se sent maître de son expérience, plus il est susceptible de rester longtemps et de défendre activement la plateforme.

Conclusion : une opportunité déguisée pour les stratèges

L’option Your Algorithm ne va pas révolutionner Instagram du jour au lendemain. La majorité des utilisateurs continuera de scroller passivement en laissant l’algorithme faire le travail.

Mais pour les 5 à 15 % d’utilisateurs les plus engagés et les plus à même de convertir, de collaborer ou d’acheter, ce petit curseur pourrait devenir un levier puissant de précision dans la diffusion.

Les créateurs et marques qui comprendront le plus rapidement comment se positionner clairement dans les bonnes cases d’intérêt, comment créer des univers très identifiables et comment inciter leur communauté à les « sélectionner » manuellement auront un avantage compétitif significatif en 2026 et au-delà.

L’algorithme Instagram n’est plus seulement une énigme à cracker… il devient aussi, pour certains, un outil que l’on peut commencer à configurer. Et dans le monde du marketing digital, pouvoir toucher ne serait-ce qu’une petite molette de la machine, c’est déjà énorme.

À vos curseurs.

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