Imaginez ouvrir votre application Prime Video un soir de semaine, cliquer sur une petite icône familière et soudain plonger dans l’univers de Top Chef, L’Amour est dans le pré ou encore Les Traîtres… sans payer un centime de plus. C’est exactement ce qui est devenu réalité en France depuis le 14 janvier 2026. L’annonce du partenariat entre Prime Video et le Groupe M6 marque un tournant stratégique majeur dans le paysage ultra-concurrentiel du streaming hexagonal.

Alors que les abonnés se plaignent depuis plusieurs années de la fatigue du portefeuille (subscription fatigue) et de la fragmentation des catalogues, cette intégration gratuite de M6+ vient répondre à plusieurs problématiques à la fois : simplification du parcours utilisateur, augmentation de la valeur perçue de l’abonnement Prime et conquête de nouvelles audiences pour le groupe M6. Décryptage complet d’une opération qui pourrait bien redessiner les rapports de force dans le secteur.

Le contexte : une guerre de l’attention devenue féroce

En 2026, le temps passé devant les écrans continue d’augmenter, mais il se répartit entre toujours plus d’applications. Selon les dernières études du CNC et de Médiamétrie, un foyer français abonné à la vidéo à la demande possède en moyenne 3,8 services payants simultanément, un chiffre qui stagne depuis deux ans après avoir fortement augmenté entre 2019 et 2023.

Dans ce contexte de saturation, les plateformes ont compris qu’il ne suffisait plus de produire toujours plus de contenus exclusifs (coûteux et risqués). Il fallait aussi devenir le point d’entrée naturel du divertissement, celui sur lequel l’utilisateur clique par réflexe dès qu’il allume sa télévision connectée ou ouvre son smartphone.

Amazon a très tôt adopté cette stratégie avec Prime Video Channels, Netflix expérimente les publicités et les bundles, Disney+ mise sur l’intégration dans les offres opérateurs… et aujourd’hui Prime Video passe à la vitesse supérieure en France en intégrant directement l’un des acteurs historiques de la télévision gratuite.

M6+ arrive en corner dédié : comment ça fonctionne ?

Depuis le 14 janvier 2026, un espace M6+ est directement accessible depuis l’interface principale de Prime Video en France. Pas besoin de télécharger une nouvelle application, pas d’abonnement supplémentaire, pas même de redirection vers un site externe : tout se passe dans l’écosystème Prime.

Les membres découvrent donc :

  • les chaînes en direct : M6, W9, 6ter, Gulli
  • un catalogue replay de plus de 30 000 heures de programmes
  • les programmes phares de la télé-réalité française
  • de nombreux événements sportifs en direct
  • l’intégralité des journaux et magazines d’information du groupe
  • l’offre jeunesse historique de Gulli

Cette intégration est particulièrement intéressante car elle concerne l’intégralité des abonnés Prime, et non une option payante supplémentaire comme c’est le cas pour d’autres chaînes ou services dans Prime Video Channels.

« L’ajout du catalogue M6+ à notre service est une étape importante dans notre objectif de devenir la première destination de divertissement pour nos clients. »

– Elisabetta Carruba, Directrice de Prime Video Channels Europe

Les programmes phares qui vont attirer les curieux

Si Prime Video dispose déjà d’un catalogue cinéma et séries très solide (notamment grâce aux productions originales et aux droits de grands studios), l’arrivée de M6+ apporte une couleur très différente : celle de la télévision grand public française.

Voici les programmes qui devraient générer le plus de vues supplémentaires dans les prochains mois :

  • Top Chef – toujours l’un des programmes culinaires les plus regardés de France
  • L’Amour est dans le pré – phénomène sociétal depuis presque 20 ans
  • Les Traîtres – le jeu d’énigmes et de trahison qui cartonne depuis son arrivée
  • Pékin Express – l’aventure toujours aussi addictive
  • Mariés au premier regard et Qui veut être mon associé ? – deux formats aux audiences fidèles
  • Zone Interdite, Capital, Enquête Exclusive – les magazines d’information/investigation
  • Les journaux de 12h45 et 19h45 – une alternative crédible aux JT traditionnels

À cela s’ajoutent les grands événements sportifs à venir : la Coupe du Monde de la FIFA 2026 et le Super Bowl, deux rendez-vous majeurs qui devraient attirer un public occasionnel très large.

Une stratégie gagnant-gagnant aux multiples dimensions

Pour le Groupe M6, l’opération est limpide :

  • augmenter massivement la distribution de M6+
  • toucher une audience Prime plus jeune et plus urbaine en moyenne
  • renforcer significativement la couverture publicitaire vendue par M6 Unlimited
  • maintenir une présence forte dans un contexte où la TNT linéaire perd du terrain

« Nous sommes très heureux d’élargir la distribution de M6+ grâce à cet accord avec Prime Video. Il illustre notre volonté de bâtir un écosystème streaming adapté aux nouveaux usages dans un contexte de consommation fragmentée. »

– David Larramendy, Président du Directoire du Groupe M6

Du côté d’Amazon, l’opération est tout aussi stratégique :

  • augmenter la valeur perçue de l’abonnement Prime (qui passe de 6,99 € à 8,99 € en 2025)
  • devenir l’application par défaut sur de nombreux téléviseurs connectés français
  • collecter davantage de données comportementales sur un public très large
  • renforcer sa position face à Molotov, myCANAL, Salto (désormais intégré à Canal+), Disney+, Netflix et consorts

Quelles conséquences pour le marché français du streaming ?

Ce partenariat n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une tendance de fond : l’hybridation des modèles économiques et la fin (relative) de la guerre des exclusivités pures.

Quelques scénarios probables pour les 18-24 prochains mois :

  1. Les autres groupes audiovisuels français (TF1, France Télévisions, Canal+) vont accélérer leurs discussions avec les grandes plateformes
  2. La pression sur les prix des abonnements purs va continuer, au profit des offres avec publicités
  3. Les bundles opérateurs + plateformes deviendront encore plus agressifs commercialement
  4. La TNT restera un média puissant pour le lancement de programmes, mais la monétisation se fera de plus en plus sur les plateformes connectées

En résumé, on assiste à la naissance d’une nouvelle génération de super-agrégateurs qui ne se contentent plus de produire ou d’acheter des exclusivités, mais qui deviennent des hubs de distribution incontournables.

Les gagnants et les perdants potentiels

Gagnants évidents

  • Les abonnés Prime → plus de contenu sans surcoût
  • Le Groupe M6 → visibilité décuplée et monétisation publicitaire renforcée
  • Prime Video → argument massue pour conserver et recruter des abonnés
  • Les annonceurs → accès à une audience très large via un seul point d’entrée

Perdants relatifs

  • Les plateformes SVOD 100 % payantes sans offre gratuite/publicitaire
  • Molotov et les autres agrégateurs indépendants
  • Les chaînes de la TNT qui ne sont pas encore distribuées sur les grands hubs

Et demain ? Vers une consolidation inévitable ?

Ce rapprochement Prime Video / M6+ n’est très probablement que le premier d’une longue série. Plusieurs signaux montrent que 2026-2028 sera la période de la consolidation du marché français :

  • Les coûts de production de contenus originaux continuent d’exploser
  • Les taux de churn (désabonnement) restent très élevés sur les offres sans engagement
  • Les régulateurs européens regardent de près les positions dominantes
  • Les opérateurs télécoms veulent conserver un rôle central dans la distribution vidéo

Dans ce contexte, il n’est pas absurde d’imaginer à moyen terme des offres groupées plus larges encore : Prime + M6+ + Salto/Canal+ intégré, ou bien des bundles TF1 + France TV + une SVOD internationale… Le futur du streaming français se jouera autant dans les salons de négociations que dans les salles de scénaristes.

Une chose est sûre : l’annonce du 14 janvier 2026 restera comme l’un des marqueurs forts de cette décennie pour le paysage audiovisuel français. Une alliance qui, au-delà des programmes, symbolise le passage d’un monde de silos à un monde d’écosystèmes interconnectés.

Et vous, pensez-vous que Prime Video deviendra d’ici deux ans l’application vidéo dominante en France ? Ou bien voyez-vous une autre plateforme capable de réaliser ce grand chelem ?