Imaginez un monde où les campagnes publicitaires s’écrivent en quelques secondes, où les visuels de marque naissent d’une simple description textuelle et où les stratégies de contenu sont co-construites avec une intelligence artificielle. Ce futur n’est plus de la science-fiction : il est déjà là, et il transforme profondément les métiers de la communication. Mais face à cette vague technologique, une question brûlante se pose aux étudiants et aux jeunes professionnels : quelles compétences cultiver pour ne pas se faire dépasser par les machines, mais au contraire les dompter et rester irremplaçables ?

Pour répondre à cette interrogation essentielle en 2026, nous nous sommes plongés dans une discussion passionnante avec Svetlana Serdyukov, directrice des programmes à l’ISTC, école reconnue pour son approche hybride entre management et communication. Elle nous livre une vision lucide, pragmatique et résolument tournée vers l’avenir sur la manière dont les futurs communicants doivent se réinventer.

Une adoption massive mais encore inégale de l’IA chez les étudiants

L’ère de l’IA n’est plus une perspective lointaine pour les bancs des écoles : elle est déjà bien installée. Selon Svetlana Serdyukov, la grande majorité des étudiants de l’ISTC utilisent régulièrement des outils d’intelligence artificielle dans leurs travaux quotidiens. Les cas d’usage les plus répandus ?

  • Rédaction assistée pour les communiqués, posts réseaux sociaux et baselines
  • Recherche accélérée et synthèse d’informations
  • Idéation créative pour brainstormer des concepts de campagne
  • Design génératif (images, mockups, storyboards) qui explose depuis 2024-2025

Cependant, il subsiste encore une fracture numérique au sein même des promotions. Certains étudiants, souvent ceux issus de parcours plus classiques ou moins immergés dans le digital natif, restent réticents ou utilisent l’IA de manière très encadrée. Cette hétérogénéité constitue d’ailleurs l’un des défis majeurs des écoles aujourd’hui : homogénéiser le niveau sans niveler par le bas.

Comment une école intègre réellement l’IA dans son enseignement

L’approche de l’ISTC est intéressante car elle évite l’écueil du simple « cours gadget IA » ajouté en fin de programme. L’intelligence artificielle est traitée de manière transversale :

  • Cours dédiés : « IA appliquée à la communication »
  • Refonte profonde de modules existants (stratégie, création, brand content…)
  • Projets fil rouge avec des marques réelles utilisant l’IA
  • Ateliers pratiques réguliers sur Midjourney, ChatGPT, Claude, Runway, etc.

« L’objectif n’est pas de former des prompt engineers purs, mais des stratèges capables de piloter intelligemment ces technologies tout en gardant un regard critique permanent. »

– Svetlana Serdyukov, Directrice des programmes ISTC

Cette philosophie place l’opérationnalité, l’éthique et la créativité stratégique au centre du dispositif pédagogique. L’école assume clairement être encore au début de sa courbe d’apprentissage sur le sujet : de nouveaux modules et partenariats sont déjà en réflexion pour 2026-2027.

Maîtrise technique ou pilotage stratégique ? Le vrai débat

L’un des points les plus intéressants de l’interview concerne le niveau de compétence technique réellement attendu. Faut-il devenir un expert de chaque outil ? Svetlana est claire : non.

Ce qui compte vraiment, c’est la capacité à :

  • Formuler des prompts de qualité professionnelle
  • Analyser et critiquer les outputs générés
  • Vérifier les faits et les sources
  • Choisir le bon outil au bon moment
  • Collaborer efficacement avec des data scientists, développeurs IA ou agences spécialisées

En résumé, on ne demande plus au communicant d’être le meilleur codeur ou le meilleur designer technique, mais d’être un chef d’orchestre intelligent qui sait exactement quand et comment faire intervenir la machine pour sublimer la réflexion humaine.

Développer un esprit critique : l’enjeu numéro 1

Face aux hallucinations, aux biais et aux réponses parfois trop lisses de l’IA, l’école mise énormément sur l’esprit critique. Les méthodes utilisées sont concrètes :

  • Ateliers d’analyse comparative output IA vs recherche humaine
  • Exercices de fact-checking systématique
  • Études de cas réels où l’IA a produit des erreurs médiatisées
  • Discussion sur les biais de genre, culturels et idéologiques présents dans les modèles

Cet entraînement constant vise à éviter le piège le plus dangereux : la surconfiance dans les productions automatisées. Car comme le rappelle Svetlana, « l’IA est un outil puissant, mais jamais une source de vérité absolue ».

Les compétences humaines qui restent irremplaçables

Malgré toute la puissance des modèles en 2026, certaines dimensions restent profondément humaines. L’ISTC insiste sur un socle de soft skills renforcé par un pôle dédié aux Humanités :

  • Créativité originale : inventer là où l’IA recycle
  • Empathie et compréhension fine des publics
  • Capacité à travailler en équipe pluridisciplinaire
  • Discernement stratégique et sens éthique
  • Culture générale et capacité à donner du sens

« Plus les outils deviennent performants, plus la valeur ajoutée se déplace vers ce que la machine ne sait pas faire : créer du sens authentique et émotionnel. »

– Svetlana Serdyukov

Ce recentrage sur les humanités n’est pas un retour en arrière nostalgique, mais bien une stratégie d’avenir : dans un océan de contenus générés, ceux qui portent une vraie intention humaine et une vraie singularité sortiront du lot.

Éthique et responsabilité : les garde-fous indispensables

Avec la multiplication des deepfakes, des contenus automatisés non déclarés et des biais amplifiés, l’éthique n’est plus une option. L’école forme ses étudiants à respecter plusieurs principes cardinaux :

  • Transparence sur l’usage de l’IA dans les productions
  • Vérification systématique des faits et sources
  • Respect strict de la propriété intellectuelle
  • Protection des données personnelles
  • Mise en place systématique d’un contrôle humain final

Ces réflexes sont travaillés dès le premier cycle pour qu’ils deviennent automatiques dans la carrière professionnelle.

Les compétences managériales et stratégiques de demain

Les communicants de 2030 ne seront plus seulement des créatifs ou des opérationnels : ils devront aussi être des managers agiles et des stratèges data-driven. Parmi les compétences montantes :

  • Gestion de projet en mode agile avec flux IA-humain
  • Prise de décision basée sur l’analyse de données augmentée
  • Coordination d’équipes hybrides (humains + spécialistes IA)
  • Anticipation des disruptions technologiques
  • Bases solides en gestion d’entreprise (lecture de bilan, contrats, macro-économie)

L’objectif affiché est clair : former des profils « T-shaped » ultra polyvalents, à la croisée de la créativité, de la technologie, du management et de la culture générale.

Les erreurs les plus fréquentes… et comment les corriger

Malgré l’engouement, plusieurs travers persistent chez les étudiants :

  • Surconfiance aveugle dans les résultats IA
  • Absence de vérification des faits
  • Prompts trop vagues ou mal structurés
  • Plagiat involontaire par réutilisation non sourcée
  • Sous-traitance excessive des parties créatives du travail

Pour contrer ces risques, l’école déploie :

  • Ateliers intensifs de prompt engineering
  • Séances régulières d’analyse critique des outputs
  • Utilisation d’outils de détection de similarité / plagiat
  • Feedback individualisé systématique
  • Charte éthique signée en début de cursus

Vers une insertion professionnelle augmentée par l’IA

Enfin, l’école ne se contente pas d’enseigner : elle accompagne activement vers l’emploi. Le dispositif repose sur :

  • Un réseau d’entreprises partenaires très impliquées
  • Stages et alternances intégrant des cas d’usage IA
  • Préparation intensive aux entretiens (dont questions sur l’IA)
  • Réseau alumni très actif
  • Masterclass et conférences avec des professionnels utilisateurs avancés d’IA

Cette porosité entre l’école et le monde professionnel permet aux étudiants de ne pas seulement « connaître » l’IA, mais de montrer concrètement qu’ils savent l’utiliser de manière professionnelle et responsable.

Conclusion : l’humain au centre de la révolution IA

À travers cette interview, un message fort ressort : l’intelligence artificielle n’est ni un ennemi ni un sauveur miracle. C’est un levier d’amplification extraordinaire… à condition d’être piloté par des humains formés, critiques, éthiques et créatifs.

Pour les étudiants en communication en 2026, la vraie différenciation ne viendra plus seulement de la maîtrise d’un logiciel ou d’une technique, mais de leur capacité à hybrider intelligemment technologie de pointe et profondeur humaine. Ceux qui sauront le faire deviendront les stratèges et les créateurs les plus recherchés de la prochaine décennie.

Et vous, commencez-vous déjà à repenser votre manière d’apprendre et de travailler avec ces outils ? La révolution est en marche… et elle ne fait que commencer.