Imaginez un géant du divertissement qui, derrière ses princesses et ses super-héros, construit méthodiquement l’une des machines publicitaires les plus sophistiquées du streaming en Europe. En 2026, Disney+ ne se contente plus d’être LA plateforme familiale par excellence : elle devient un terrain de jeu stratégique pour les annonceurs en quête d’attention premium, de brand safety absolue et de performances mesurables. Rencontre avec les dessous d’une transformation majeure, racontée par Renaud Guillemot, l’homme qui pilote cette révolution publicitaire en France.

Depuis son lancement avec option publicitaire fin 2023, Disney+ a progressivement changé la perception du marché. Loin de l’image parfois perçue comme « enfantine », la plateforme séduit massivement les 25-49 ans et construit patiemment un inventaire publicitaire qui fait saliver les directions marketing. Avec 12,3 millions d’abonnés en France dont plus de la moitié exposés aux publicités, le cap fixé pour 2026 est clair : devenir un réflexe incontournable pour toucher les jeunes adultes dans un environnement vidéo ultra-qualitatif.

Un modèle hybride qui s’impose rapidement

Le choix d’un modèle mixte (avec et sans publicité) n’était pas anodin. Disney a très tôt fixé une règle d’or : aucune différence de contenu entre les abonnements. Que vous payiez le prix fort ou que vous acceptiez quelques minutes de pub, vous accédez exactement aux mêmes films, séries et documentaires. Cette décision stratégique a porté ses fruits.

La pression publicitaire reste extrêmement contenue : moins de 4 minutes par heure, soit trois fois moins que la télévision linéaire classique. Pas de coupure intempestive au milieu d’un film, adaptation fine au profil du spectateur… Résultat d’une étude Ipsos BVA menée en 2025 : 70 % d’acceptation de la publicité, un score supérieur à celui des principaux concurrents SVOD.

« Notre priorité absolue a toujours été de garantir la même qualité d’expérience pour tous les niveaux de service. »

– Renaud Guillemot, Vice President Affiliate Sales, Content Sales & Adsales chez The Walt Disney Company France

Cette philosophie explique en grande partie la progression constante des abonnements avec pub, boostée notamment par des offres couplées très agressives chez les opérateurs télécoms.

Fin de l’exclusivité Canal+ : un virage gagnant

2025 a marqué un tournant majeur : Disney+ a abandonné le modèle semi-exclusif avec Canal+ pour ouvrir totalement son inventaire publicitaire. Contre toute attente, cette décision n’a pas fait chuter le nombre d’abonnés activés ; au contraire, les volumes ont continué de croître.

Plusieurs leviers expliquent cette dynamique positive :

  • renouvellement et extension des accords de distribution avec l’ensemble des opérateurs (Orange, SFR, Bouygues, Free…)
  • intégration native dans des offres grand public comme la Freebox Ultra où Disney+ avec pub est inclus de base
  • accélération massive du catalogue : plus de 55 000 heures de contenu disponibles
  • réduction du délai entre sortie cinéma et arrivée sur la plateforme à 9 mois seulement pour les films Disney
  • lancement progressif d’événements live (sport, cérémonies…)

Ces différents axes ont permis de densifier l’audience publicitaire tout en maintenant une expérience premium.

Le live et le sport : recréer des rendez-vous collectifs

Si Disney reste associé aux grands récits familiaux, la réalité des chiffres est sans appel : près d’un tiers des utilisateurs actifs se situent dans la tranche 25-49 ans. Pour parler à cette cible exigeante, la plateforme mise de plus en plus sur le live.

Une étude internationale « Génération Stream » réalisée dans 14 pays montre que 60 % des abonnés SVOD souhaitent intégrer du contenu live dans leur consommation. Le sport arrive en tête des attentes, suivi des grandes cérémonies (Oscars, etc.).

Disney s’appuie sur un ADN historique fort dans le domaine : aux États-Unis, ESPN domine le marché sportif depuis des décennies. En France, le groupe teste actuellement la Champions League féminine et prévoit d’étendre progressivement cette expertise.

« Le live permet de recréer des moments collectifs, où l’on regarde ensemble. C’est ce qui manque parfois dans la SVOD pure. »

– Renaud Guillemot

Deux tiers des utilisateurs regardent en groupe (conjoint, famille, amis). Le sport et les grands événements deviennent donc des leviers puissants pour fédérer l’audience et attirer des annonceurs à la recherche de rendez-vous massifs.

25 % des revenus réinvestis dans la création française

Disney aime à rappeler qu’elle est « la plus française des plateformes américaines ». Derrière cette formule marketing se cache une réalité économique forte : 25 % du chiffre d’affaires généré en France est réinvesti dans la production locale (cinéma et audiovisuel).

Cet engagement s’est traduit par plusieurs succès retentissants, dont le plus emblématique reste Bref.2. Coproduite par Disney+ et préachetée par TF1, la série portée par Kyan Khojandi a dépassé en visionnage certains blockbusters Marvel et Star Wars sur la plateforme.

Effet intéressant : la saison 2 a particulièrement bien fonctionné auprès de la Gen Z, qui n’avait pas forcément vu la première saison diffusée à l’époque sur Canal+. Disney a amplifié le phénomène en mettant en ligne l’intégralité de la saison 1 sur TikTok, créant un véritable événement culturel cross-générationnel.

Le sponsor Hello Bank a enregistré des résultats impressionnants :

  • +43 points de notoriété spontanée
  • +23 points de mémorisation publicitaire
  • +13 points d’intention d’achat

Autres projets annoncés : Surveillant ! avec Jean-Pascal Zadi, le remake français de The Last Man on Earth porté par Artus… Disney positionne clairement la création locale comme un levier de différenciation et d’engagement fort auprès des annonceurs.

Disney Ad Server : la grande migration 2026

Le chantier technologique le plus stratégique pour 2026 est sans conteste le passage au Disney Ad Server propriétaire. Actuellement utilisé aux États-Unis sur l’ensemble des propriétés du groupe (Hulu, ESPN, etc.), cet outil va débarquer en France et ouvrir l’accès à de nombreuses innovations développées outre-Atlantique.

Les trois grands objectifs affichés sont :

  • simplifier l’acte d’achat média : self-service + programmatique aux enchères
  • maximiser l’efficacité des campagnes : nouveaux formats (pause ads, shoppables), ciblages avancés
  • améliorer la mesure : Disney Compass pour un pilotage complet des KPIs

Disney travaille déjà avec la plupart des grands DSP du marché et a signé un partenariat important avec Amazon Advertising. Les formats shoppables et les ciblages contextuels (via mots-clés de scènes) font également partie des nouveautés déployées ou en cours de déploiement.

IA au service de la créativité publicitaire

Disney fait partie des pionniers de l’intelligence artificielle appliquée à la publicité streaming. Plusieurs outils ont été dévoilés récemment aux États-Unis et arriveront progressivement en Europe :

  • adaptation automatique des créas existantes au format CTV et au contexte de diffusion
  • targeting basé sur l’analyse IA des scènes précédant la pause pub (« magic word » : ex. publicité cuisine après une scène de cuisine)
  • personnalisation contextuelle des messages

L’approche reste claire : l’IA est un outil d’augmentation de la créativité, jamais un remplacement de la direction artistique humaine. Le partenariat stratégique signé avec OpenAI renforce cette ambition.

L’écosystème Disney : la véritable force de frappe

Ce qui distingue vraiment Disney des autres plateformes SVOD, c’est sa capacité à activer un écosystème complet autour de chaque lancement :

  • sortie cinéma → rebond Disney+ à 9 mois
  • activation massive Disneyland Paris sur les lancements majeurs (ex. Monde de la Reine des Neiges)
  • partenariats Consumer Products (jouets, vêtements, etc.)
  • contenus originaux qui deviennent des phénomènes pop culture

Cette synergie permet de concevoir des dispositifs 360° bien plus puissants qu’un simple plan média linéaire. Les marques viennent chercher chez Disney cette capacité unique à associer leur image à des univers qui façonnent la culture populaire depuis des décennies.

Mesure & transparence : la bataille de la valeur réelle

Dans un marché fragmenté où chaque plateforme revendique son propre reach, Disney pousse activement pour une mesure tierce et standardisée. Partenariats avec Médiamétrie, AudienceProject, xpln.ai… l’objectif est double :

  • valoriser la qualité d’attention plutôt que le volume brut d’impressions
  • comparer objectivement les performances entre AVOD, BVOD, SVOD avec pub, réseaux sociaux, etc.

Les brand lift studies réalisées via Kantar montrent systématiquement des impacts business significatifs (notoriété, considération, intention d’achat) dans un environnement grand écran, captif et brand safe.

Conclusion : Disney+ devient un must-have média 2026

En combinant une pression publicitaire maîtrisée, un catalogue ultra-dense et localisé, des événements live à forte résonance, une migration technologique majeure vers un ad server propriétaire, l’intégration raisonnée de l’IA et surtout l’activation d’un écosystème inégalé, Disney+ se positionne comme un acteur incontournable pour les stratégies vidéo premium en 2026.

Pour les marketeurs et les agences médias, la question n’est plus de savoir si il faut tester Disney+, mais comment maximiser les opportunités offertes par cette plateforme hybride qui a su transformer sa puissance narrative en performance publicitaire mesurable et engageante.

2026 s’annonce comme l’année où Disney+ passe définitivement du statut de « belle histoire familiale » à celui de puissance publicitaire structurante du paysage audiovisuel français et européen.