Imaginez un futur où votre campagne publicitaire se monte, s’optimise et s’ajuste toute seule pendant que vous prenez votre café du matin. Ce futur n’est plus de la science-fiction : il commence dès aujourd’hui. Le 29 décembre 2025, Meta a officialisé une opération qui pourrait bien redessiner le paysage de la publicité digitale : le rachat de la startup Manus pour un montant estimé entre 2 et 3 milliards de dollars. Derrière ce chiffre à neuf zéros se cache bien plus qu’une simple acquisition : c’est l’accélération spectaculaire de Meta dans le domaine de l’IA agentique, cette nouvelle génération d’intelligence artificielle qui ne se contente plus de discuter… mais qui agit.

Alors que le monde du marketing digère encore les promesses (parfois un peu trop belles) de l’IA générative, un nouveau paradigme est en train de s’imposer : celui des agents autonomes capables d’exécuter des tâches complexes de bout en bout. Et Meta, avec ce coup de maître, semble bien décidé à ne pas laisser la place à la concurrence.

Qu’est-ce que l’IA agentique ? (et pourquoi c’est différent)

Depuis 2022-2023, nous avons tous pris l’habitude de discuter avec ChatGPT, Claude, Gemini ou Meta AI. On pose une question, on obtient une réponse plutôt bonne, parfois excellente. Mais dans 99 % des cas, ça s’arrête là : une réponse, un texte, une image, un bout de code… et puis rien. L’utilisateur doit ensuite reprendre la main et faire le travail lui-même.

L’IA agentique, elle, fonctionne différemment. Elle ne répond pas : elle agit. Elle décompose une tâche complexe en plusieurs étapes, utilise les outils nécessaires (navigateur, API, tableurs, logiciels créatifs…), prend des décisions intermédiaires, corrige ses erreurs et boucle jusqu’à obtenir le résultat final demandé. C’est le passage du « je te dis quoi faire » au « je le fais pour toi ».

Manus est l’un des agents les plus impressionnants de cette nouvelle vague. Lancé en 2025, il a conquis plusieurs millions d’utilisateurs en quelques semaines seulement grâce à sa capacité à enchaîner des workflows réellement utiles dans un contexte professionnel : études de marché en autonomie, création de sites web complets, génération et analyse de data, rédaction de code complexe… le tout sans intervention humaine constante.

« La vraie révolution n’est pas de générer du contenu, c’est de l’orchestrer, de le valider et de l’activer sans que l’humain ait à intervenir à chaque micro-étape. »

– Un dirigeant anonyme d’une régie publicitaire française, décembre 2025

Manus : l’histoire fulgurante d’une licorne franco-chinoise

Derrière Manus se trouve Butterfly Effect, une société fondée en 2022 par trois jeunes ingénieurs chinois talentueux. Initialement positionnée en Chine, l’équipe a rapidement délocalisé une grande partie de ses opérations à Singapour, un choix stratégique permettant de contourner les tensions géopolitiques entre Pékin et Washington tout en conservant un accès privilégié aux talents et aux infrastructures asiatiques.

Le succès commercial a été fulgurant :

  • Plusieurs millions d’utilisateurs en quelques semaines après le lancement
  • Chiffre d’affaires annuel récurrent dépassant les 100 millions de dollars mi-décembre 2025 (certaines sources parlent même de 125-130 M$)
  • Modèle économique principalement basé sur l’abonnement premium
  • Investisseurs de très haut niveau dont Benchmark (qui avait déjà investi 75 M$)

Cette trajectoire éclair explique pourquoi Meta n’a pas hésité à mettre plusieurs milliards sur la table pour s’offrir non seulement la technologie, mais surtout l’équipe et la communauté déjà très engagée.

Pourquoi Meta a absolument besoin de Manus en 2026

Meta a investi des dizaines de milliards dans l’IA depuis 2023. Pourtant, les observateurs les plus critiques pointaient du doigt une certaine lenteur dans la monétisation de ces investissements massifs. L’intégration d’agents autonomes ultra-performants pourrait changer la donne très rapidement, notamment sur trois fronts stratégiques majeurs.

1. L’automatisation de bout en bout des campagnes publicitaires

Actuellement, même les outils les plus avancés de Meta (Advantage+, créatifs automatiques…) restent des assistants. Avec Manus, on passe dans une logique où l’agent peut :

  • Analyser les performances historiques du compte
  • Proposer une stratégie média complète
  • Rédiger le brief créatif
  • Générer des dizaines de variantes
  • Lancer les campagnes
  • Optimiser quotidiennement en fonction des résultats
  • Rendre des rapports exécutifs automatisés

Le gain de temps et la réduction des coûts structurels pourraient être considérables… à condition que la qualité et la brand safety suivent.

2. Un nouveau modèle de relation client

En maintenant Manus comme produit SaaS indépendant tout en l’intégrant profondément dans l’écosystème Meta, le groupe crée une double relation :

  • Côté annonceurs médias classiques → achat d’espace via les plateformes historiques
  • Côté directions marketing & growth → abonnement direct à un outil puissant d’automatisation

Cette double approche pourrait permettre à Meta de capter une part beaucoup plus importante du budget marketing global des entreprises, au-delà du simple media buying.

3. Une réponse à la concurrence acharnée

Google, OpenAI, Anthropic, xAI, Perplexity… tout le monde travaille sur des agents autonomes. En rachetant l’un des leaders incontestés du secteur, Meta prend une longueur d’avance technologique et stratégique, surtout dans le domaine qui lui est le plus cher : la publicité digitale.

Les nouveaux défis que cela pose aux marketeurs et aux agences

Si l’opportunité est immense, les questions soulevées sont tout aussi nombreuses et sérieuses.

1. La question de la gouvernance et de la responsabilité

Quand un agent modifie automatiquement une campagne en pleine nuit parce qu’il détecte un signal de performance, qui est responsable si la marque se retrouve dans une situation de crise ? La plateforme ? L’annonceur ? L’agence qui a laissé les clés ?

2. L’évolution du rôle des agences créatives et médias

Les agences qui continueront à vendre principalement du temps humain risquent de se retrouver en difficulté face à des outils 10 à 50 fois plus rapides. Celles qui sauront devenir des « chefs d’orchestre d’agents IA » pourraient au contraire prendre une place centrale dans le nouvel écosystème.

3. La nécessaire montée en compétences des équipes internes

Les directions marketing vont devoir recruter (ou former) des profils hybrides : à la fois excellents en stratégie de marque, en compréhension business… et capables de piloter, d’auditer et de challenger des systèmes d’IA de plus en plus autonomes.

Le facteur géopolitique : quand la tech devient un enjeu de souveraineté

L’histoire de Manus est aussi une histoire de globalisation et de tensions géopolitiques. Fondée par des ingénieurs chinois, passée par Singapour, courtisée par des fonds américains, puis finalement rachetée par un géant californien… le parcours de la startup illustre parfaitement les nouveaux rapports de force dans la course à l’IA.

Meta a d’ailleurs pris soin de communiquer très rapidement que Manus n’aurait plus aucune activité ni lien opérationnel avec la Chine. Message clair envoyé à Washington et aux régulateurs américains, dans un contexte où toute technologie IA est scrutée au prisme de la sécurité nationale.

« Nous sommes dans une guerre technologique froide. Les acquisitions ne sont plus seulement stratégiques, elles sont géopolitiques. »

– Analyste spécialisé en M&A tech, Nikkei Asia, janvier 2026

Vers un 2026 sous le signe de l’exécution autonome ?

Avec cette acquisition, Meta envoie un message limpide au marché : l’heure n’est plus aux chatbots sympas, mais aux agents qui travaillent vraiment. Pour les annonceurs, cela signifie probablement plus de productivité, des coûts unitaires qui continuent de baisser, mais aussi une perte potentielle de contrôle et de compréhension fine des mécanismes.

Pour les agences et les équipes marketing, c’est une invitation à se transformer rapidement : passer du rôle d’exécutant à celui de stratège et de superviseur d’orchestres d’intelligences artificielles.

Une chose est sûre : en 2026, le vrai combat ne se jouera plus seulement sur la qualité du message publicitaire… mais sur la capacité à orchestrer des machines de plus en plus autonomes pour le délivrer au bon endroit, au bon moment, et au bon coût.

Le rachat de Manus par Meta ne marque pas seulement la fin d’une belle histoire de startup. Il signe probablement le début d’une nouvelle ère pour le marketing digital : celle de l’exécution autonome à grande échelle.

Et vous, êtes-vous déjà prêt à laisser un agent IA piloter une partie de vos campagnes ? La réponse que vous donnerez aujourd’hui risque fort de conditionner votre compétitivité demain.

À suivre très (très) attentivement en 2026.