Imaginez une plateforme où les adolescents dansent, où les tutos cuisine cartonnent et où soudain, au milieu des trends viraux, un candidat à la mairie de Paris vous explique pourquoi il veut redonner sa beauté à la capitale… tout en portant un manteau jaune flashy. Bienvenue en 2026 sur TikTok, devenu en quelques années le nouveau ring où s’affrontent les ambitions politiques les plus tranchées. À quelques semaines des élections municipales, la courte vidéo n’est plus un gadget : c’est une arme stratégique redoutable.
Les chiffres sont éloquents. En janvier 2026, certains candidats cumulent des millions de vues là où d’autres peinent à dépasser les dizaines de milliers. TikTok n’est plus seulement un espace de divertissement pour la Gen Z : il est devenu un canal décisif pour capter l’attention, construire une image et mobiliser un électorat jeune et volatil. Décryptage d’une transformation profonde des codes de la communication politique… avec des leçons très concrètes pour les marketeurs, les startups et les marques qui cherchent elles aussi à percer sur cette plateforme ultra-concurrentielle.
TikTok, le nouveau QG des campagnes locales
Longtemps boudé par les responsables politiques traditionnels, TikTok s’impose aujourd’hui comme un canal incontournable dans les stratégies de campagne, surtout pour les élections de proximité. Pourquoi ce revirement ? Parce que la plateforme réunit aujourd’hui plus de 20 millions d’utilisateurs actifs en France, dont une très large part de 18-34 ans, population traditionnellement la moins mobilisée aux municipales.
Les candidats l’ont compris : là où une affiche 4×3 coûte cher et touche surtout les automobilistes, une vidéo de 15 secondes bien calibrée peut atteindre plusieurs centaines de milliers de personnes en quelques heures, sans budget média colossal. L’algorithme de TikTok récompense la créativité, la régularité et l’authenticité. Autant de critères que les politiques les plus agiles ont appris à maîtriser à toute vitesse.
Dans les grandes villes françaises scrutées en janvier 2026 (Paris, Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux, etc.), on observe une polarisation très nette : ce sont surtout les candidats situés aux extrêmes de l’échiquier politique qui tirent le mieux leur épingle du jeu sur la plateforme.
Sarah Knafo, reine incontestée des vues à Paris
Avec plus de 3,9 millions de vues cumulées en seulement quatre semaines, Sarah Knafo, candidate Reconquête à la mairie de Paris, écrase la concurrence. Elle devance très largement son dauphin du mois de janvier (un candidat à Reims avec 1 million de vues) et surclasse même sa principale adversaire de droite parisienne.
Comment expliquer un tel écart ? D’abord par le volume : environ deux publications par jour, sans discontinuer. Ensuite par le parti pris esthétique fort : la candidate apparaît très souvent vêtue de jaune, couleur qui devient sa signature visuelle instantanément reconnaissable. Enfin par un storytelling très travaillé autour du slogan « Une ville heureuse ».
« Je veux rendre sa beauté à Paris, je veux que les Parisiens soient heureux dans leur ville. »
– Extrait récurrent dans les vidéos de Sarah Knafo
Elle multiplie les formats de proximité : métro, rue, cafés, rencontres impromptues… Le tout filmé en mode « vlog », caméra à la main, lumière naturelle, montage nerveux. Une recette qui rappelle furieusement la campagne victorieuse de Zohran Mamdani à New York en 2021, devenu un cas d’école du marketing politique moderne sur les réseaux sociaux.
Les trois piliers du discours TikTok de Knafo
L’analyse sémantique des contenus les plus performants révèle trois grands axes :
- Proximité et empathie : expressions comme « aux côtés des Parisiens », « comptez sur moi », « la candidate de tous les Parisiens » reviennent en boucle.
- Esthétique et émotion positive : « bonheur à Paris », « beauté de Paris », « amoureux de Paris » dominent le champ lexical positif.
- Problématiques concrètes du quotidien : les sujets « automobilistes parisiens », « contraventions », « cyclistes » ou encore « trottinettes » sont omniprésents, montrant une volonté de parler du réel vécu par les habitants.
Ces trois registres, combinés à une présence quasi-quotidienne, permettent à la candidate de s’imposer comme une figure familière et rassurante sur un réseau où l’attention est extrêmement volatile.
Quand l’engagement dépasse les vues : la force de Sébastien Delogu
Si Sarah Knafo domine en volume de vues, c’est Sébastien Delogu (LFI – Marseille) qui rafle la palme de l’engagement moyen par vidéo avec 5 595 interactions (likes + commentaires + partages). Un score 23 % supérieur à celui de Knafo, pourtant deuxième du classement.
Cette différence illustre une réalité clé de TikTok : les vues mesurent la portée, l’engagement mesure la connexion émotionnelle. Delogu mise sur des prises de position très clivantes, des formats coup-de-poing et une tonalité offensive qui génèrent débats et réactions. Résultat : ses vidéos créent davantage de conversations, même si elles touchent parfois moins de monde au départ.
Dans le top 5 de l’engagement, on retrouve ensuite Rachida Dati, Laure Lavalette et François Piquemal. Preuve que ni le positionnement politique ni la taille de la ville ne sont des prédicteurs absolus : c’est surtout la qualité du format et la capacité à provoquer une réaction qui comptent.
Le Rassemblement National à la traîne sur TikTok en 2026
Contre toute attente, le parti qui avait brillé sur TikTok lors des européennes semble beaucoup plus discret sur les municipales. Dans le top 15 des comptes les plus vus en janvier 2026, seuls deux représentants RN apparaissent, avec des scores relativement modestes :
- Franck Allisio : 113 727 vues
- Laure Lavalette : 99 244 vues
Cette relative absence contraste avec la maîtrise dont avait fait preuve le mouvement lors d’autres scrutins nationaux. Plusieurs explications possibles : recentrage stratégique sur les médias traditionnels pour ces élections locales, difficulté à trouver des profils locaux suffisamment à l’aise avec les codes de la plateforme, ou encore volonté de limiter les dérapages potentiels en format court.
Leçons marketing pour les marques et les startups
Même si vous ne vous présentez pas aux municipales, les stratégies observées sur TikTok en ce début 2026 regorgent d’enseignements transférables au monde de l’entreprise :
- Créer une signature visuelle forte : le jaune de Sarah Knafo fonctionne comme un logo ambulant. Quelle couleur, quel accessoire ou quel gimmick pourrait devenir votre signature instantanée ?
- Publier régulièrement sans sacrifier la qualité : deux posts par jour en moyenne pour Knafo. La régularité bat souvent la perfection isolée.
- Parler du quotidien de son audience : les sujets « contraventions », « trottinettes », « métro » touchent directement la vie réelle. Quels sont les pain points concrets de vos clients que vous pourriez aborder de manière décalée ?
- Provoquer l’engagement plutôt que la simple vue : les formats qui divisent génèrent souvent plus de commentaires et de partages. Osez prendre position sur des sujets qui comptent pour votre communauté.
- S’inspirer des meilleurs, même hors secteur : la référence à Zohran Mamdani montre qu’il ne faut pas hésiter à regarder ce qui marche ailleurs, y compris en politique.
Pour une startup tech ou une marque qui veut se faire connaître rapidement auprès des 18-30 ans, TikTok reste en 2026 l’un des canaux les plus efficaces en termes de coût / performance, à condition de respecter ses codes très particuliers.
L’algorithme TikTok : allié ou tyran des campagnes ?
L’algorithme de TikTok est à la fois une chance et une contrainte. Il favorise les contenus qui génèrent de l’attention dans les premières secondes, qui provoquent des réactions rapides et qui incitent au visionnage complet. Les candidats qui l’ont compris créent des accroches choc, des transitions rapides, des textes à l’écran et des appels à l’action clairs (« like si tu es d’accord », « commente ton avis »).
Mais cette dépendance à l’algorithme pose aussi des questions : que se passe-t-il quand un format trop clivant devient viral pour de mauvaises raisons ? Comment éviter que la course à l’engagement ne dérape vers la surenchère populiste ? Autant de débats que les marketeurs connaissent bien lorsqu’ils gèrent des comptes de marque sur la plateforme.
Vers une professionnalisation du TikTok politique ?
En 2026, on sent que la phase « bricolage » touche à sa fin. Les candidats les plus performants travaillent déjà avec des monteurs, des community managers dédiés et des analystes capables de décrypter les tendances en temps réel. Des outils comme Visibrain permettent de suivre précisément les performances et d’ajuster la stratégie au jour le jour.
Demain, il est probable que les équipes de campagne intègrent systématiquement un « TikTok manager » au même titre qu’un directeur de la communication traditionnelle. Les municipales 2026 marquent peut-être le véritable tournant de la maturité de TikTok comme média politique à part entière.
Conclusion : l’ère de la vidéo politique courte est lancée
Que vous soyez candidat, entrepreneur, marketeur ou simple observateur, une chose est sûre : TikTok n’est plus une option. C’est un canal stratégique à part entière, où se jouent visibilité, image et mobilisation. Les municipales 2026 nous montrent que les codes gagnants sont désormais bien identifiés : régularité, signature visuelle, proximité, prise de position et capacité à générer de l’émotion rapide.
Pour les marques et les startups, l’équation est la même : celui qui saura raconter son histoire en 15 secondes, avec authenticité et créativité, tout en parlant vraiment à son audience, sortira gagnant. Les extrêmes politiques l’ont compris avant beaucoup d’autres. À vous de jouer.
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