Imaginez une station de ski qui, dès les années 60, refusait déjà les grands ensembles bétonnés pour privilégier une architecture en harmonie avec la nature, imaginée par Charlotte Perriand. Une destination qui lançait un funiculaire 100 % électrique en 1989, bien avant que l’écologie ne devienne un argument marketing. Aujourd’hui, alors que le secteur du tourisme montagnard est bousculé par les enjeux climatiques et les nouvelles attentes des voyageurs, cette station continue de tracer sa route avec audace et sincérité. Son nom ? Les Arcs. Rencontre avec Juliette Berthelot qui porte haut les couleurs d’une marque qui ne se contente pas de vendre de la neige, mais qui raconte une vision d’avenir.
Un ADN forgé dans l’innovation et la liberté
Quand on évoque Les Arcs, on pense immédiatement à une liberté de ton assez rare dans l’univers très codifié des stations alpines. Cette liberté ne date pas d’hier. Dès sa création dans les années 60 sous l’impulsion de Roger Godino et avec la complicité artistique de Charlotte Perriand, le projet affichait des partis pris radicaux pour l’époque : architecture intégrée au paysage, station skis aux pieds, priorité donnée aux circulations douces, ouverture sur l’été… Autant d’idées qui, à l’heure actuelle, sont devenues des standards que tout le monde revendique, mais que peu ont réellement appliqués dès l’origine.
Ce qui frappe quand on écoute Juliette Berthelot, c’est la permanence de cet esprit pionnier. L’ADN de la marque ne s’est pas dilué avec le temps ; il s’est enrichi. La station n’a jamais cessé d’expérimenter : encouragement des nouvelles glisses dans les années 80 (le mythique film Apocalypse Snow reste une référence culturelle), développement d’une offre estivale ambitieuse, intégration très précoce des enjeux environnementaux… Cette capacité à rester en mouvement tout en gardant une colonne vertébrale forte est devenue un atout stratégique majeur dans un marché ultra-concurrentiel.
« Les Arcs, c’est une station pionnière qui imagine la montagne de demain sans renier son héritage. »
– Juliette Berthelot
Cette phrase résume parfaitement la posture actuelle : respecter le passé tout en projetant résolument vers l’avenir. Une équation que beaucoup de marques envient mais que peu parviennent à tenir sur la durée.
Communication : la sincérité comme véritable différenciateur
Dans un secteur où la plupart des stations communiquent sur des paysages idylliques sous un ciel toujours bleu, Les Arcs a choisi une autre voie : la transparence assumée. Pas de retouches excessives, pas de promesses intenables. On parle des conditions réelles, on diffuse des lives quand il neige comme quand il pleut, on valorise les moments authentiques plutôt que les cartes postales figées.
Cette approche crée une proximité rare avec les communautés. Les abonnés ne suivent pas seulement une station ; ils suivent un territoire vivant, avec ses aléas, ses réussites et ses questionnements. Dans un monde saturé de contenus trop parfaits, cette authenticité devient un levier de confiance puissant, et donc de fidélisation.
Juliette Berthelot l’exprime sans détour :
« On préfère être justes et vrais plutôt que spectaculaires et interchangeables. »
– Juliette Berthelot
Une philosophie qui se traduit concrètement dans la ligne éditoriale des réseaux sociaux, dans le choix des visuels, dans le ton des campagnes. On est loin des slogans génériques du type « la plus belle neige du monde ». Ici, on parle de ce qui rend Les Arcs unique : 70 % du domaine au-dessus de 2 000 mètres, une station 100 % piétonne, une architecture signée Perriand, un sommet à 3 226 m… Autant d’arguments factuels et non reproductibles ailleurs.
Printemps 2026 : quand avril devient le mois le plus désirable
La dernière campagne en date illustre parfaitement cette capacité à transformer une contrainte en opportunité. Traditionnellement, avril est perçu comme la fin de saison, avec le risque d’enneigement incertain et une fréquentation en baisse. Les Arcs a décidé d’inverser la tendance en faisant d’avril un argument commercial fort.
Le concept créatif ? Des affiches détournées de style film cultes, jouant sur l’ambiance printemps : journées plus longues, soleil plus doux, moins de monde, prix plus attractifs, et surtout une neige de qualité en altitude grâce à l’exceptionnelle hauteur du domaine. Le message est clair : skier en avril aux Arcs, ce n’est pas « se contenter » de la fin de saison, c’est vivre une expérience premium différente.
- 70 % du domaine au-dessus de 2 000 m
- Aiguille Rouge à 3 226 m
- Des pistes encore très skiables en avril
- Moins d’affluence = plus de plaisir
- Journées plus longues et ambiance plus détendue
- Tarifs plus accessibles
Cette campagne démontre une excellente compréhension des signaux faibles du marché : les clients veulent être rassurés sur l’enneigement, mais ils veulent surtout vivre une expérience différente. En valorisant ces éléments, Les Arcs ne se contente pas de remplir ses lits en fin de saison ; elle redéfinit la perception même de cette période.
Engagement environnemental : actions concrètes plutôt que greenwashing
Face aux enjeux climatiques, Les Arcs adopte une posture lucide et humble. Pas de grandes déclarations culpabilisantes, pas de promesses irréalistes. L’équipe préfère montrer ce qui est fait au quotidien.
Quelques exemples marquants :
- Funiculaire 100 % électrique depuis 1989
- Gratuité du funiculaire pour les arrivées en train
- Plus de 4 700 arbres plantés depuis 2014
- Damage réalisé avec huiles 100 % végétales recyclées
- Panneaux photovoltaïques au sommet de l’Aiguille Rouge
- Observatoire de la biodiversité
- Labellisation Flocon Vert renouvelée en 2025
Ces actions ne sont pas présentées comme LA solution miracle, mais comme les briques d’un travail collectif impliquant mairie, office de tourisme, exploitant du domaine et partenaires privés. Cette transparence évite l’écueil du greenwashing et renforce la crédibilité de la marque.
« Notre rôle n’est pas de faire la morale, mais d’embarquer et de sensibiliser. »
– Juliette Berthelot
Une phrase qui résume une approche marketing très efficace : inviter plutôt qu’imposer, montrer plutôt que promettre.
Narrations saisonnières cohérentes et complémentaires
L’un des grands défis des destinations montagne est de construire une image forte sur douze mois. Beaucoup de stations peinent encore à exister en été. Les Arcs a pris le sujet à bras-le-corps depuis longtemps.
En hiver, le récit s’articule autour de la glisse, des grands espaces, des émotions fortes, tout en intégrant progressivement les dimensions de responsabilité et de mobilité douce.
En été, la narration pivote vers une montagne plus exploratoire et contemplative : randonnées itinérantes, bien-être, événements culturels, slow tourism, découverte du patrimoine… Le produit HERO Les Arcs joue ici un rôle central en proposant aux familles des expériences nature ludiques et accessibles.
Cette complémentarité permet de construire un récit unifié : Les Arcs n’est pas « une station de ski qui fait aussi de l’été », mais un territoire vivant, engagé et créatif, qui se pratique différemment selon les saisons tout en gardant la même identité profonde.
Cibles prioritaires et personnalisation des parcours
Les Arcs cible principalement un marché européen de proximité, avec une attention particulière portée à la réduction de l’empreinte carbone liée aux transports (premier poste d’émissions sur une journée skieur). Parmi les profils prioritaires :
- Familles actives en quête d’expériences outdoor variées
- Skieurs confirmés attirés par l’altitude et la technicité du domaine
- Amateurs de nature et de slow life (randonnée, bivouac, itinérance)
- Explorateurs à la recherche d’authenticité et de déconnexion
La stratégie consiste à personnaliser les parcours clients en fonction de ces attentes : messages adaptés, contenus spécifiques, partenariats ciblés. L’objectif est de proposer à chaque segment une expérience qui fait sens, sans jamais tomber dans le one-size-fits-all.
Vers une montagne vivante 365 jours par an
L’ambition affichée est claire : faire des Arcs une destination incontournable toute l’année. Cela passe par plusieurs chantiers majeurs :
- Allongement des saisons grâce à une offre estivale puissante
- Développement de nouveaux événements (accueil du Vélo Vert Festival en juin 2026 par exemple)
- Renforcement des formats immersifs (vidéo, réseaux sociaux, expériences terrain)
- Partenariats éditoriaux et événementiels pour toucher de nouveaux publics
- Questionnement permanent des modèles économiques touristiques
Cette vision ne se limite pas à une simple diversification de l’offre. Elle questionne en profondeur la manière dont on conçoit le tourisme de montagne à l’heure du réchauffement climatique, de la quête de sens et de la saturation de certains sites.
Les Arcs ne cherche pas à accueillir toujours plus de monde. L’objectif est d’attirer mieux : des visiteurs alignés avec les valeurs de la destination, prêts à respecter le territoire et à vivre une expérience plus qualitative que quantitative.
Leçons marketing pour les marques et destinations
L’histoire récente des Arcs offre plusieurs enseignements transférables bien au-delà du seul secteur touristique :
- L’authenticité paie – Dans un monde saturé de contenus trop lisses, la sincérité crée un lien émotionnel fort.
- Valoriser ses singularités – Plutôt que de revendiquer les mêmes arguments que tout le monde, mieux vaut creuser ce que l’on est le seul à pouvoir dire.
- Transformer les contraintes en opportunités – La fin de saison ? Un moment premium. Le climat qui change ? Une invitation à réinventer l’offre.
- Montrer plutôt que promettre – Les actions concrètes parlent plus fort que les discours.
- Construire un récit unifié sur 12 mois – Une marque saisonnière peut devenir une marque territoriale à part entière.
- Personnaliser sans fragmenter – Adapter les messages aux attentes sans perdre son identité centrale.
Autant de pistes que de nombreuses entreprises, qu’elles opèrent dans le tourisme, le retail, la tech ou les services, peuvent s’approprier.
Conclusion : une marque qui inspire au-delà de la neige
En écoutant Juliette Berthelot et en observant les choix stratégiques récents des Arcs, on comprend que cette station n’est plus seulement une destination de vacances. Elle est devenue un laboratoire d’innovation touristique, un exemple de marque capable de concilier héritage, performance économique et responsabilité sociétale.
Dans un secteur souvent accusé de ne pas suffisamment évoluer face aux urgences climatiques et aux mutations des attentes clients, Les Arcs montre qu’une autre voie est possible : celle de l’audace tranquille, de la transparence assumée et de l’innovation continue.
Une leçon précieuse pour tous les marketeurs qui cherchent à construire des marques durables, désirables et profondément ancrées dans leur époque.
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