Et si la prochaine grande vague créative européenne ne venait plus uniquement de Londres, Paris ou Amsterdam, mais aussi de Bucarest, Varsovie, Kiev ou Tbilissi ? C’est précisément le signal fort qu’envoie Eurobest en dévoilant la composition de ses jurys pour l’édition 2026. Avec une représentation record de l’Europe de l’Est et 28 marchés représentés, le festival confirme qu’il veut élargir le spectre des regards qui jugent le meilleur de la création publicitaire du continent.

Dans un univers marketing où les codes évoluent à vitesse grand V, où les plateformes imposent de nouveaux formats et où les marques cherchent désespérément de l’authenticité culturelle, la composition d’un jury n’est plus un détail organisationnel. Elle devient un acte stratégique. Eurobest l’a compris et place la diversité géographique au cœur de son processus d’évaluation. Résultat : des débats plus riches, des critères plus larges et, potentiellement, un nouveau standard pour ce qui sera considéré comme « excellent » en Europe.

Une ouverture historique vers l’Europe de l’Est

L’annonce la plus marquante de cette édition 2026 réside dans le poids inédit accordé aux marchés d’Europe de l’Est. Seize jurés issus de neuf pays – Azerbaïdjan, Bulgarie, République tchèque, Géorgie, Hongrie, Pologne, Roumanie, Turquie et Ukraine – vont siéger dans les différentes catégories. Cette présence renforcée n’est pas anodine. Elle prolonge une dynamique déjà visible en 2025, année où davantage de campagnes provenant de cette zone avaient été récompensées, avec notamment la Bosnie-Herzégovine qui décrochait ses deux premières distinctions.

En 2026, la Lituanie et la Serbie font leur première apparition au sein d’un jury Eurobest. Ce n’est pas seulement symbolique. Cela signifie que des regards formés dans des contextes économiques, culturels et médiatiques très différents vont désormais influencer directement le palmarès. Pour les agences et les annonceurs d’Europe de l’Ouest, cela change la donne : les campagnes purement « occidentalo-centrées » risquent de paraître moins pertinentes face à des jurés habitués à d’autres réalités de consommation, de humour et de storytelling.

Cette ouverture s’inscrit dans une tendance plus large observée dans les festivals internationaux. Les organisateurs ont compris que la crédibilité d’un palmarès dépend de la capacité à refléter la diversité réelle du continent. Simon Cook, figure clé d’Eurobest, résume parfaitement l’enjeu :

Europe’s creative landscape is incredibly varied, and having that reflected in the judging rooms brings invaluable perspectives to the evaluation process. This year’s Jury brings together more markets than ever before, and that breadth brings different cultural, commercial and creative contexts into the conversation, resulting in richer debate and a stronger benchmark for the work setting the standard across Europe.

– Simon Cook

Cette citation n’est pas qu’une formule de communication. Elle traduit une volonté claire de faire évoluer le benchmark créatif européen. Quand des professionnels venus d’Uber, LinkedIn, Procter & Gamble, La Poste, Vlisco, Electric Castle, Apple ou encore le LEGO Group se retrouvent autour de la même table avec des créatifs d’Europe centrale et orientale, les conversations ne peuvent que s’enrichir.

La France maintient une présence solide avec 14 jurés

Si l’Europe de l’Est gagne en visibilité, la France n’est pas en reste. Quatorze professionnels français ont été sélectionnés pour siéger dans les différentes catégories. C’est une présence importante qui confirme le poids de l’écosystème créatif hexagonal sur la scène européenne. Parmi les noms qui ressortent, plusieurs figures de proue de l’industrie.

Sarah Lemarié, Chief Strategy Officer chez Publicis France, présidera le jury Creative Business Transformation. Un choix fort : cette catégorie, de plus en plus stratégique, évalue la capacité des campagnes à transformer réellement le business des marques. Avoir une stratège de haut niveau à sa tête envoie un signal clair sur l’importance de lier créativité et performance business.

À ses côtés, Joseph Dubruque, Creative Director chez McCann Paris, siégera dans les catégories Audio & Radio, Film, Print & Publishing. Un profil purement créatif qui apporte l’exigence craft indispensable à ces disciplines historiques.

Côté expérience de marque et commerce, Sebastien Zanini, Chief Creative Officer de Dentsu Creative France, représentera la France dans Brand Experience & Activation et Creative Commerce. Deux catégories qui ont explosé ces dernières années avec la montée en puissance du retail media et des activations phygitales.

Bernadette Moutsila, experte B2B Go-to-Market and Growth Marketing, siégera dans le jury Creative B2B. Un domaine encore souvent sous-estimé mais qui gagne en maturité créative, notamment grâce aux plateformes et aux contenus techniques de plus en plus ambitieux.

La data et l’innovation seront portées par Sandrine Vissot Kelemen, CEO de Razorfish France, tandis qu’Alexandra Mauraisin, Brand Communication Director du Groupe La Poste, participera aux jurys Creative Effectiveness et Creative Strategy. Deux profils complémentaires qui incarnent parfaitement le dualisme actuel de la profession : d’un côté la maîtrise technique et data, de l’autre la capacité à prouver l’efficacité business.

Pour le Design et l’Industry Craft, c’est Reza Bassiri, Chief Creative Officer et VP de Carré Noir, qui portera les couleurs françaises. Un choix logique pour une catégorie où le savoir-faire formel reste central. Louis Ansa, Executive Creative Director chez Active Theory, siégera dans Digital Craft, Social & Creator – des disciplines où la France a encore une belle marge de progression face aux standards anglo-saxons et nordiques.

Georges Mohammed-Chérif, Chairman et Executive Creative Director de Buzzman, participera aux jurys Global Direct et Outdoor. Un profil iconoclaste et engagé qui a toujours défendu une créativité française libre et parfois provocante. Arnaud Robin, Global Gaming Director chez Dentsu Creative France, représentera la France dans Entertainment, catégorie devenue stratégique avec l’explosion des collaborations marques-créateurs et des univers de marque immersifs.

La liste se complète avec Hélène Daubert (Creative VP chez Prose on Pixels) pour Film Craft, Melissa Brunet (Executive Creative Director chez Omnicom Health France) pour Healthcare, Serge Njimefo (CEO de Mediaplus France) pour Media, et Elsa Perretti (Associate Director chez Publicis Consultants) pour PR. Une délégation équilibrée entre pure players créatifs, spécialistes sectoriels et profils stratégiques.

Pourquoi cette diversité change réellement la donne

Au-delà des noms, c’est la logique globale qui mérite d’être analysée. Un jury plus diversifié géographiquement n’est pas seulement « plus juste ». Il modifie en profondeur les critères d’évaluation. Un film publicitaire qui fonctionne parfaitement dans un contexte parisien ou londonien peut sembler décalé, voire hors-sol, aux yeux d’un juré formé à Varsovie ou à Sofia. Inversement, une campagne née dans un marché à budgets plus contraints, capable de générer un impact fort avec des moyens limités, peut soudain apparaître comme un modèle d’efficacité.

Cette tension est saine. Elle force les créatifs d’Europe de l’Ouest à sortir de leur zone de confort et à questionner leurs a priori culturels. Elle offre également une vitrine inédite aux talents d’Europe centrale et orientale qui, trop longtemps, ont été sous-représentés dans les grands festivals. Pour les annonceurs internationaux, c’est une opportunité de découvrir des approches créatives plus frugales, plus directes, parfois plus émotionnellement percutantes.

Les profils présents dans les jurys 2026 – issus à la fois de marques globales, de plateformes tech et d’entreprises créatives – renforcent encore cette richesse. Quand un responsable marketing d’Apple débat avec un créatif géorgien et un stratège de La Poste, les angles d’attaque se multiplient. La conversation ne se limite plus à « est-ce beau ? » ou « est-ce original ? ». Elle intègre des questions de scalabilité, de pertinence culturelle, d’impact business mesurable et de responsabilité sociétale.

Le calendrier et les enjeux concrets pour les agences

Les jurys se réuniront à Londres en novembre pour évaluer les campagnes en compétition. Les inscriptions restent ouvertes jusqu’au 15 octobre 2026. Les lauréats seront annoncés le mardi 2 décembre, et le Grand Prix sera dévoilé lors d’une réception organisée au Southbank Centre, à l’issue de la journée de contenus Most Contagious.

Pour les agences françaises et européennes, ce calendrier laisse encore quelques semaines pour peaufiner les dossiers. Mais au-delà de la course aux trophées, c’est le signal stratégique qui compte. Dans un marché où les clients demandent de plus en plus de preuves d’efficacité et de compréhension des audiences locales, avoir un jury plus représentatif de la réalité européenne est un atout. Les campagnes qui sauront parler à plusieurs cultures tout en restant radicalement créatives auront clairement un avantage.

Voici quelques points de vigilance pour les équipes qui préparent encore leurs inscriptions :

  • Tester la lisibilité culturelle de la campagne au-delà du marché d’origine
  • Mettre en avant les insights qui transcendent les frontières tout en restant ancrés localement
  • Documenter l’impact business de façon claire et chiffrée, surtout dans les catégories Effectiveness et Strategy
  • Valoriser les aspects craft et innovation technique sans négliger la dimension émotionnelle
  • Anticiper les questions sur la scalabilité et la pertinence dans des contextes économiques différents

Ce que cette édition révèle sur l’état de la création européenne

Eurobest 2026 n’est pas seulement un festival de plus. C’est un baromètre. La montée en puissance de l’Europe de l’Est dans les jurys reflète une réalité de terrain : ces marchés produisent de plus en plus de campagnes ambitieuses, souvent avec une contrainte budgétaire qui force l’ingéniosité. La présence de profils issus de marques globales et de plateformes tech montre que la frontière entre « pure créa » et « business transformation » continue de s’estomper.

Pour la France, maintenir quatorze jurés est un signe de vitalité. Mais c’est aussi un rappel : la qualité de nos équipes créatives et stratégiques est reconnue. Il reste maintenant à transformer cette reconnaissance en trophées, en s’adaptant à un regard plus large et plus exigeant. Les campagnes purement franco-françaises, aussi brillantes soient-elles sur le plan formel, devront prouver qu’elles ont quelque chose à dire au reste du continent.

Dans un contexte où les budgets marketing sont sous pression et où l’intelligence artificielle bouscule les process de production, la capacité à générer des idées qui traversent les cultures devient un avantage concurrentiel majeur. Eurobest, en élargissant son jury, force l’industrie à monter en exigence sur ce point précis.

Diversité des regards : un levier de performance créative

On entend souvent parler de diversité comme d’un impératif moral ou sociétal. Ici, elle devient un outil de performance. Des études internes menées par plusieurs réseaux internationaux montrent depuis des années que les équipes et les jurys mixtes produisent des évaluations plus robustes et des idées plus résilientes. Quand les points de vue culturels divergent, les angles morts se réduisent.

Appliqué à Eurobest, cela signifie que les campagnes qui seront primées en 2026 auront probablement une meilleure capacité à voyager. Elles auront résisté à un regard plus large, plus critique, plus ancré dans des réalités économiques variées. Pour les marques qui cherchent à construire des plateformes créatives paneuropéennes, c’est une information précieuse.

Les catégories elles-mêmes évoluent. Creative Business Transformation, Creative Commerce, Creative B2B ou encore Entertainment ne sont plus des niches. Elles reflètent la façon dont les marques communiquent aujourd’hui : moins de pure publicité, plus d’expérience, de contenu, de data et de transformation des business models. Avoir des jurés issus de marques comme Uber, Apple ou LEGO dans ces catégories garantit une évaluation connectée aux enjeux réels des annonceurs.

Les implications pour les jeunes talents et les écoles

Cette recomposition des jurys a aussi des conséquences en aval, sur la formation et l’attractivité des métiers. Les étudiants et jeunes créatifs d’Europe de l’Est voient désormais des modèles qui leur ressemblent siéger dans les instances de décision. Cela change la perception de ce qui est possible. De l’autre côté, les écoles françaises et ouest-européennes ont intérêt à intégrer davantage de cas d’étude venus d’Europe centrale et orientale dans leurs programmes. Comprendre comment une campagne a fonctionné avec un budget divisé par dix est souvent plus formateur que d’analyser uniquement des blockbusters.

Les networks internationaux, de leur côté, ont tout intérêt à accélérer les échanges de talents entre bureaux de l’Ouest et de l’Est. Les jurés d’aujourd’hui sont souvent les dirigeants de demain. Créer des ponts maintenant, c’est préparer les équipes qui sauront parler à un marché européen plus unifié et plus complexe.

Un festival qui assume son rôle de standard-setter

Eurobest a toujours revendiqué une position particulière dans le paysage des festivals : plus proche du terrain européen que les grands-messes mondiales, plus exigeant que les compétitions purement nationales. En élargissant son jury à 28 marchés et en donnant un poids inédit à l’Europe de l’Est, le festival assume pleinement ce rôle de standard-setter régional.

Le Grand Prix qui sera dévoilé le 2 décembre au Southbank Centre ne sera pas seulement le trophée de la meilleure campagne. Il sera le symbole d’une année où les regards se sont multipliés. Pour les professionnels du marketing, de la communication et de la création, c’est une invitation claire : élargir ses références, questionner ses certitudes culturelles et chercher l’excellence là où on ne l’attendait pas forcément.

Dans un monde où les audiences sont de plus en plus fragmentées et où les plateformes imposent leurs propres logiques algorithmiques, la capacité à produire des idées qui résonnent à travers des contextes culturels différents devient un super-pouvoir. Eurobest 2026, avec son jury record de diversité géographique, place exactement ce super-pouvoir au centre du jeu.

Ce qu’il faut retenir pour les décideurs marketing

Pour les directeurs marketing, les CMO et les responsables de communication, l’annonce d’Eurobest 2026 doit déclencher plusieurs réflexions concrètes :

  • Évaluer la capacité de ses campagnes à parler à des audiences au-delà de son marché domestique
  • Intégrer des regards d’Europe de l’Est dans les process de création et de validation internes
  • Valoriser les approches frugales et ingénieuses autant que les productions à gros budgets
  • Préparer les dossiers d’inscription en anticipant des questions plus larges sur la pertinence culturelle et l’impact business
  • Suivre de près les lauréats de décembre pour identifier les nouvelles tendances qui émergeront de ce jury élargi

La créativité européenne n’a jamais été monolithique. Elle est faite de contrastes, de contraintes différentes, d’histoires locales qui parfois deviennent universelles. En donnant enfin une place plus juste à l’Europe de l’Est dans ses jurys, Eurobest ne fait que reconnaître une réalité de terrain. Et en maintenant une forte présence française, le festival confirme que Paris et les grandes villes créatives hexagonales restent des acteurs majeurs de cette conversation continentale.

Les prochains mois seront passionnants à observer. Les campagnes qui sortiront du lot en décembre 2026 auront probablement une texture différente de celles des années précédentes. Plus hybrides, plus ancrées dans des réalités multiples, plus exigeantes sur le plan de la pertinence culturelle. Pour tous ceux qui font de la création leur métier, c’est une excellente nouvelle : le niveau d’exigence monte, et avec lui la qualité globale de ce que l’Europe est capable de produire.

Eurobest 2026 s’annonce donc comme une édition charnière. Non pas parce qu’elle invente de nouvelles catégories ou de nouveaux formats, mais parce qu’elle change les yeux qui regardent. Et dans un métier où le regard est tout, ce changement pourrait bien être le plus important de ces dernières années.

Les professionnels français qui siégeront dans ces jurys ont une responsabilité particulière : faire entendre la voix d’une tradition créative forte tout en restant ouverts aux perspectives nouvelles qui arrivent de l’Est. C’est dans cet équilibre que se jouera la crédibilité du palmarès, et plus largement celle de toute l’industrie créative européenne.

Alors que les inscriptions se terminent le 15 octobre et que les jurys se préparent à se réunir à Londres, une chose est déjà certaine : le standard de l’excellence créative européenne vient de s’élargir. Et c’est une très bonne nouvelle pour tous ceux qui croient encore que la publicité et la communication peuvent être à la fois intelligentes, efficaces et profondément humaines.