Quand un festival international annonce quatre Grands Prix et que la création française en ramène vingt-cinq médailles d’un seul coup, la question n’est plus de savoir si Paris sait encore faire de la pub. La vraie interrogation, pour les équipes marketing, les startups et les directions de communication, est ailleurs : quelles idées tiennent encore la route quand plus de 250 jurés, venus de plus de 50 pays, jugent le travail à l’aune de l’originalité et de la qualité d’exécution ? Les Gerety Awards 2026 viennent de livrer une réponse assez nette, et elle ne ressemble pas à un simple classement de trophées.
Le palmarès, publié à la mi-septembre 2026, distingue des campagnes capables de sortir du cadre publicitaire classique. Certaines volent presque un rituel de marque. D’autres transforment un chantier, un hôpital, une armée ou un service postal en récit culturel. La France n’a pas monopolisé les Grands Prix, mais elle a multiplié les preuves de métier : 4 ors, 12 argents et 9 bronzes, signés notamment par VML Paris, Josiane, Marcel, Havas Play, BETC, Dentsu Creative, LA\PAC, Saatchi & Saatchi et McCann Paris. Pour un média comme J’ai un pote dans la com, ce type de résultat n’est pas un fait divers de festival. C’est un baromètre de ce que le marché considère encore comme une idée « travaillée ».
Un Festival Qui Juge L’Idée Et Le Faire
Les Gerety Awards se présentent comme une compétition ouverte aux agences, annonceurs, studios et sociétés de production du monde entier. Les pièces doivent avoir été diffusées dans un environnement commercial, avec l’accord du client, à partir du 1er janvier 2025. Le critère affiché reste volontairement simple : originalité de l’idée créative et qualité d’exécution. Derrière cette phrase courte, le jury mélange des expertises rarement réunies dans une seule salle : publicité, marketing, production, design et médias.
Cette édition a réuni plus de 250 jurés issus de plus de 50 pays. Le volume de distinctions donne une idée de la densité du palmarès : 4 Grands Prix, 34 médailles d’or, 69 d’argent et 75 de bronze. Le festival ouvre aussi la carte. Des prix ont été remis pour la première fois à la Tunisie, signal faible mais parlant : la géographie de la reconnaissance créative continue de s’élargir au-delà des habituels États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne et France.
Pour les professionnels qui suivent Cannes, D&AD ou The One Show, Gerety occupe une place un peu à part. Moins spectaculaire en tapis rouge, plus obsessionnel sur le craft. Les catégories « CUT » découpent le travail par territoire d’expression : communication, moments, production design, musique. Une campagne peut donc gagner parce qu’elle raconte bien, parce qu’elle crée un événement, ou parce qu’un décor, une partition ou un dispositif PR tient vraiment la distance.
Quatre Grands Prix, Trois Campagnes, Une Leçon De Concentration
Le sommet du palmarès 2026 tient en trois objets. No Project Without Drama, pour HORNBACH, signé HeimatTBWA\ Berlin, emporte le Grand Prix Craft CUT-Production Design. The Count, pour SickKids, par Soundtree Music pour FCB Canada, décroche le Grand Prix Craft CUT-Music. The KitKat Heist, pour KitKat, imaginée par VML UK, part avec deux Grands Prix : Communication CUT-PR et la nouvelle catégorie Moments CUT-PR.
Cette distribution n’est pas anodine. Le festival n’a pas éparpillé ses plus hautes distinctions sur une dizaine de pièces « correctes ». Il a concentré la reconnaissance suprême sur des travaux où le métier est visible : un décor qui raconte mieux qu’un slogan, une musique qui porte une institution de santé, un coup de relations publiques qui devient un moment de culture. Autrement dit, le Grand Prix n’est plus seulement un prix de film. Il récompense un point de contact poussé jusqu’à l’excellence.
Les campagnes les plus fortes sont celles qui parviennent à mériter l’attention plutôt qu’à simplement la réclamer.
– Alejandra Fehrmann, responsable mondiale de la communication
La phrase résume assez bien le fil du jury. Dans un marché saturé d’impressions achetées, la création qui « demande » l’attention sans l’avoir gagnée paraît fatiguée. Celle qui installe une conversation, un rituel ou une tension dramatique circule au-delà de son marché d’origine. C’est précisément ce que plusieurs membres du Grand Jury ont retenu de KitKat et d’HORNBACH.
Pourquoi « The KitKat Heist » A Tout Emporté
Deux Grands Prix pour une seule campagne, ce n’est pas un accident de vote. The KitKat Heist a convaincu à la fois comme dispositif de relations publiques et comme « moment ». La distinction n’est pas cosmétique. Communication CUT-PR valorise la capacité à faire exister une histoire dans les médias et les conversations. Moments CUT-PR, catégorie nouvelle, reconnaît le temps fort lui-même : l’instant où la marque cesse d’être un message pour devenir un événement que l’on raconte.
Maria Milusheva, directrice de la communication chez OM Group & MUCH BETTER en Bulgarie, est revenue sur cette pièce. Lynne Parker, fondatrice et directrice générale de Funny Women CIC au Royaume-Uni, l’a citée aux côtés du travail d’HORNBACH. Le jury n’a pas seulement vu un bon gag de marque chocolatée. Il a vu une mécanique : une idée simple en apparence, un savoir-faire de production, une compréhension culturelle assez précise pour que le vol d’une pause devienne un récit exportable.
Pour une direction de marque, la leçon est sèche. Un budget média colossal ne remplace pas un angle qui circule tout seul. Un film bien tourné ne suffit plus s’il ne crée pas de suite : reprise presse, discussion sociale, appropriation. KitKat gagne parce que la PR n’est pas un communiqué collé après le film. Elle est le cœur du dispositif.
HORNBACH Et SickKids : Le Craft Comme Avantage Concurrentiel
No Project Without Drama rappelle une vérité que les plateformes numériques ont un peu fait oublier : le décor, la matière, la lumière et le rythme de production peuvent porter autant de sens qu’un insight rédigé en workshop. HORNBACH, enseigne de bricolage, n’a pas besoin d’un discours abstrait sur « l’audace ». Le production design dit la chose : tout projet réel contient du chaos, de la tension, du théâtre domestique. Le Grand Prix Craft CUT-Production Design valide cette lecture.
The Count, côté SickKids et Soundtree Music pour FCB Canada, déplace le débat vers la musique. Trop de campagnes traitent encore la bande-son comme un habillage de dernière minute. Ici, le Grand Prix Craft CUT-Music affirme l’inverse : la partition peut être l’idée. Dans le secteur de la santé, où le pathos facile guette, une écriture musicale précise évite le cliché tout en tenant l’émotion.
Ces deux Grands Prix « craft » intéressent directement les startups et les marques tech. Quand le produit se ressemble, quand l’offre se commoditise, le dernier levier différenciant n’est pas toujours un nouveau feature. C’est parfois la qualité du faire : un univers sonore, un plateau, une direction artistique qui ne pourrait pas appartenir à un concurrent.
La France Au Tableau : 25 Distinctions Et Un Écosystème Complet
Le décompte français est clair : 25 récompenses, réparties en 4 Gold, 12 Silver et 9 Bronze. Ce n’est pas un raz-de-marée de Grands Prix, et c’est tant mieux pour la lecture stratégique. Le marché hexagonal montre une largeur de compétences plutôt qu’un seul ovni. Mode et matières de laboratoire, service public postal, recrutement militaire, beauté dermatologique, automobile, électronique reconditionnée, grands événements sportifs, alimentaire plaisir, impact social : le spectre des annonceurs est large.
Les agences citées dans le palmarès dessinent une carte assez fidèle de la place parisienne. VML Paris, BETC, Dentsu Creative, McCann Paris, Havas Play, Marcel Paris, LA\PAC PARIS, Josiane, Saatchi & Saatchi France. Réseaux internationaux et indépendants se croisent. Cette mixité compte. Elle indique que la reconnaissance Gerety ne se réserve pas à une seule école de style.
Les lecteurs de J’ai un pote dans la com le savent : un festival ne « sauve » pas une agence. Il photographie un instant de tension créative. En 2026, la photo française est celle d’équipes capables de traiter des briefs très différents sans tomber dans le même moule visuel.
VML Paris Et Le Cuir De Laboratoire
VML Paris est distinguée pour T-Rex Leather, au service de Lab-Grown Leather. Le sujet est presque trop contemporain : matières cultivées, promesse environnementale, bascule d’un luxe ancien vers une biotech de la peau. Le titre lui-même joue avec le mythe. Le T-Rex n’a plus de cuir à offrir, évidemment. L’idée déplace le débat du « substitut responsable » vers une image mentale plus franche, plus pop, plus mémorable.
Pour une marque deeptech ou une startup matériaux, ce type de pièce vaut plus qu’un trophée. Elle montre comment raconter une innovation sans noyer le public sous le jargon de laboratoire. Le produit n’est plus une fiche technique. Il devient une conversation culturelle sur ce que l’on accepte de porter, de tuer ou de cultiver.
BETC, La Poste Et Le Jeu Comme Infrastructure
BETC est récompensée avec Delivered by Tetris pour La Poste. Le rapprochement paraît évident après coup, ce qui est souvent le signe d’une bonne idée : des colis, des formes qui s’emboîtent, une logistique qui ressemble à un puzzle sous contrainte de temps. Transformer un opérateur postal en système de jeu, c’est rendre visible un métier d’ordinaire invisible.
Le service public français cherche depuis des années un langage contemporain qui n’imite pas la startup nation ni le patrimonialisme poussiéreux. Ici, la référence ludique internationalise le brief. Tetris se comprend à Séoul comme à Lyon. La Poste gagne un terrain de désirabilité sans renier sa fonction.
Dentsu Creative Et Le Recrutement Comme Opération Discrète
Covert Recruiter, pour la Direction des ressources humaines de l’Armée de terre française, place Dentsu Creative sur un terrain sensible. Recruter dans l’armée n’est pas vendre une sneaker. Le registre « covert » introduit une tension narrative : comment attirer des profils sans tomber dans l’affiche martiale attendue, ni dans la communication institutionnelle trop lisse ?
Le sujet parle aux employeurs bien au-delà de la Défense. Les métiers en tension, la guerre des talents, la génération qui lit les marques employeur avec suspicion : tout cela demande des dispositifs plus inventifs qu’une page carrières. Un prix Gerety sur ce brief indique que le jury accepte de juger la com RH avec les mêmes exigences que la com produit.
McCann Paris, L’Oréal Et L’Image Complète
McCann Paris figure au palmarès avec The Full Picture pour L’Oréal Dermatological Beauty. Le titre annonce le projet : cesser de fragmenter le visage, le diagnostic, la preuve scientifique et le désir. Dans la beauté dermo-cosmétique, la tentation est double : soit le discours clinique froid, soit le gloss irréaliste. « The Full Picture » cherche l’espace entre les deux.
Pour les marques santé et beautytech, cette distinction rappelle qu’une claim scientifique ne dispense pas d’une idée. La preuve doit être mise en scène. Le consommateur ne lit pas une étude clinique comme un directeur R&D. Il a besoin d’un cadre narratif qui rende la donnée lisible sans la trahir.
Havas Play, Renault Et L’Animal Oublié
Havas Play est distinguée pour The Forgotten Rooster pour Renault. Le coq, symbole national, mascotte possible, figure trop connue pour sembler encore productive. Le mot « forgotten » inverse la charge. Que fait une marque automobile d’un signe culturel saturé ? Elle le réveille, le déplace, le rend à nouveau singulier.
L’automobile européenne traverse une période de bascule électrique, de pression réglementaire et de guerre des récits de souveraineté. Dans ce climat, une pièce qui travaille le symbole plutôt que la fiche batterie a une fonction : elle rappelle que l’on n’achète pas seulement une motorisation. On achète une appartenance.
Marcel, Back Market Et La Fin Du Fast Tech
Marcel Paris reçoit une récompense pour Let’s End Fast Tech de Back Market. Le parallèle avec la mode jetable est désormais familier, mais il reste opérationnel. Le reconditionné ne se vend plus seulement au prix. Il se vend comme une prise de position contre l’obsolescence accélérée, les lancements annuels et la fatigue des mises à jour.
Back Market occupe une place particulière dans le paysage startup français : scale-up visible, discours militant, exigence de preuve sur la qualité des produits d’occasion. Une campagne primée à Gerety aide à sortir le reconditionné du rayon « bon plan » pour l’installer dans le rayon « culture ». C’est là que se joue la marge, pas seulement le volume.
LA\PAC, Josiane, Saatchi : Sport, Gourmandise Et Impact
Le palmarès français comprend aussi Milan-Cortina Winter Olympic & Para-Olympic Games 2026 pour les Jeux Olympiques, par LA\PAC PARIS. Travailler un événement sportif global impose une contrainte rare : le signe doit être immédiatement lisible, tout en évitant le kit graphique générique que l’on a déjà vu cent fois. Associer Jeux Olympiques et Jeux Paralympiques dans le même objet de communication n’est plus une option cosmétique. C’est un standard d’époque.
Josiane est distinguée pour The Fran Boys, with love pour Franui. Ici, le registre change complètement : alimentaire plaisir, tendresse un peu décalée, personnages. Dans un palmarès souvent occupé par les causes et les plateformes, une marque gourmande qui assume le sentiment n’est pas hors sujet. Elle rappelle que la création n’a pas à choisir entre le sérieux sociétal et le désir trivial. Les deux peuvent être exigents.
Saatchi & Saatchi France est récompensée pour Interview with myself pour Social Builder. Le dispositif parle au secteur de l’impact et de l’inclusion professionnelle. Faire dialoguer une personne avec elle-même, c’est une manière de rendre visibles les freins intériorisés, les projections de carrière, les voix que l’on s’autorise ou non. Pour une organisation qui travaille l’égalité dans le numérique et l’entrepreneuriat, le format n’est pas un gadget. Il est pédagogique sans être professoral.
Ce Que Les Jurés Ont Vraiment Regardé
Au-delà des listes d’agences, les membres du Grand Jury ont livré une lecture assez cohérente. Plusieurs ont souligné la capacité des meilleures créations à dépasser l’exercice publicitaire pour provoquer une réaction ou installer une conversation. Ce n’est pas une formule de cérémonie. C’est un critère d’usage : une campagne qui n’ouvre aucun débat meurt avec son plan média.
Derrière la simplicité apparente des idées récompensées, il y a un important travail de savoir-faire, de compréhension culturelle et de précision.
– Imen Gharbi, directrice générale de l’agence Doze en Tunisie
Imen Gharbi formule le point que les créatifs français aiment parfois trop vite évacuer. « Simple » n’est pas « facile ». Un insight d’une ligne peut cacher six mois d’essais, de production, de négociations juridiques, de calibrage culturel. La Tunisie, récompensée pour la première fois dans ce festival, entre dans le récit précisément sur cette exigence : le métier n’est pas réservé aux capitales historiques de la publicité.
Une campagne réussie doit dépasser la simple captation de l’attention pour provoquer une réaction et faire émerger un point de vue.
– Alexandra Todirica, responsable marketing chez McDonald’s Roumanie
Alexandra Todirica déplace le curseur du reach vers le point de vue. Dans les dashboards, l’attention se mesure. Le point de vue, lui, se discute en comité de direction. Les pièces primées cette année tiennent souvent parce qu’elles tranchent. KitKat ne « rappelle » pas seulement de faire une pause. HORNBACH n’illustre pas seulement le bricolage. Back Market n’explique pas seulement qu’un téléphone d’occasion fonctionne.
Une Grille De Lecture Pour Les Équipes Marketing
Si l’on traduit le palmarès en méthode de travail, plusieurs constantes apparaissent. Elles valent pour un groupe du CAC comme pour une scale-up qui prépare sa première campagne internationale.
- Partir d’une idée racontable en une phrase, puis investir le craft jusqu’à ce que la phrase devienne inoubliable.
- Traiter la PR et le « moment » comme des territoires de création, pas comme des annexes du film.
- Accepter les briefs difficiles : RH militaire, service public, santé, impact, matériaux de laboratoire.
- Laisser l’idée circuler hors de son marché d’origine, quitte à écrire en anglais de festival sans perdre la texture locale.
- Mesurer le succès à la conversation générée, pas seulement au volume d’impressions achetées.
Cette grille n’interdit ni la data ni le media planning. Elle remet l’ordre des priorités. Trop de dispositifs naissent encore d’un canal disponible : un format Reels, un dooh programmatique, un partenariat créateur. Gerety 2026 récompense plutôt des objets qui auraient existé même si le canal avait changé.
Ce Que Le Palmarès Dit Du Marché Français
La France n’a pas raflé les quatre Grands Prix. Elle a toutefois démontré une présence continue sur des catégories variées. C’est un profil de place mature : moins de « one hit », plus de densité. Les réseaux internationaux implantés à Paris produisent encore des pièces capables de voyager. Les indépendants comme Josiane montrent qu’un brief alimentaire peut cohabiter avec les grandes causes.
On peut y lire aussi une forme de continuité industrielle. BETC et La Poste, Marcel et Back Market, McCann et L’Oréal, Havas et Renault : ces binômes racontent un marché où les comptes historiques n’empêchent pas l’invention. La nouveauté, cette année, tient davantage aux angles (cuir cultivé, recrutement clandestin, fast tech, coq oublié) qu’à l’apparition soudaine d’acteurs inconnus.
Pour les écoles et les jeunes créatifs, le message est pragmatique. Les pièces primées ne reposent pas sur une esthétique unique. Elles reposent sur une obsession : rendre une idée plus précise que nécessaire. Le festival, dont le palmarès complet est consultable sur le site officiel des Gerety Awards, publie également des Grand Jury Insights sur les tendances de l’édition et les campagnes préférées des jurés. C’est souvent là, plus que dans la liste des métaux, que se trouve la matière pédagogique.
PR, Moments, Craft : Trois Territoires À Budgeter Autrement
Les deux Grands Prix de KitKat devraient faire bouger des lignes budgétaires. Tant que la PR reste un poste de diffusion, elle produit des retombées. Dès qu’elle devient un poste de conception, elle peut produire un Grand Prix. La nouvelle catégorie Moments CUT-PR officialise ce basculement. Le moment n’est plus un à-côté événementiel. C’est une unité de création.
Le production design et la musique, via HORNBACH et SickKids, envoient le même signal aux directions financières. Couper sur le plateau ou sur la composition pour « garder du média » peut détruire la seule chose que le jury (et le public) retient. Dans un univers où les outils d’IA générative banalisent l’image moyenne, le craft humain redevient un luxe stratégique, pas un caprice de directeur artistique.
Les équipes qui expérimentent déjà l’IA dans la préproduction devraient lire ce palmarès sans naïveté. L’outil accélère les variations. Il n’invente pas à lui seul la tension dramatique d’un chantier HORNBACH ni la justesse d’une partition pour un hôpital pour enfants. Le différenciant reste le jugement.
Comment Transformer Un Prix En Avantage Business
Un métal Gerety ne paie pas les salaires. Il peut pourtant accélérer trois dynamiques très concrètes. D’abord, le new business : un case bien documenté ouvre des portes que le seul deck de capacités n’ouvre plus. Ensuite, la marque employeur de l’agence : les meilleurs profils regardent encore qui gagne, même s’ils prétendent le contraire. Enfin, la relation client : un prix international aide un annonceur interne à défendre un parti pris risqué devant son COMEX.
Encore faut-il raconter le prix correctement. L’erreur classique consiste à empiler les logos de festivals. La version utile consiste à extraire une règle de travail : « nous avons gagné parce que la PR était l’idée », « parce que la musique était le brief », « parce que le service public a accepté de jouer ». C’est cette règle que les prospects achètent.
- Documenter le brief initial et la friction client, pas seulement le film final.
- Isoler l’insight en une phrase exportable.
- Montrer les preuves de conversation : presse, usages, reprise culturelle.
- Relier le craft à un résultat business, même imparfait : recrutement, préférence de marque, trafic, considération.
Internationalisation : Les Idées Voyagent, Les Marchés Aussi
Alejandra Fehrmann insiste sur un autre point : les créations distinguées montrent que les idées peuvent circuler au-delà des marchés et des frontières. KitKat part du Royaume-Uni. HORNBACH de Berlin. SickKids du Canada. La France répond avec des pièces dont les titres sont déjà pensés pour un jury anglophone. Ce bilinguisme n’est pas une trahison du local. C’est la condition d’un palmarès mondial.
Les startups qui visent l’Europe ou les États-Unis devraient y voir un exercice. Un récit trop idiomatique meurt à la traduction. Un récit trop générique meurt avant même d’être traduit. Les meilleures pièces 2026 tiennent les deux bouts : une racine culturelle précise, une forme compréhensible ailleurs.
La première présence tunisienne au palmarès enrichit cette géographie. Elle rappelle que le prochain concurrent créatif n’arrivera pas forcément d’une capitale saturée d’agences network. Il peut venir d’une scène plus petite, plus affamée, plus attentive aux détails culturels que les jurys commencent enfin à nommer.
Ce Que 2026 Change Pour La Création De Campagnes
Plusieurs bascules se dessinent si l’on compare ce palmarès aux éditions où le film TV restait le centre de gravité. Première bascule : le moment PR peut valoir deux Grands Prix. Deuxième : le craft n’est plus un « plus » de cérémonie, c’est un accélérateur de distinction. Troisième : les annonceurs non marchands au sens strict (armée, Jeux, association, hôpital) occupent le haut de l’affiche aussi légitimement que le grande consommation.
Quatrième bascule, plus discrète : la simplicité revendiquée. Les jurés ne célèbrent pas l’idée compliquée. Ils célèbrent l’idée claire exécutée sans approximation. Dans les organisations, cela devrait modifier les rituels de validation. Moins de slides d’écosystème. Plus de prototypes du moment réel. Moins de « territoires de marque » abstraits. Plus d’épreuves de jeu, de vol, de chantier, d’entretien avec soi-même.
Cinquième bascule : la conversation comme KPI qualitatif. On ne demandera pas aux équipes de « faire le buzz » comme en 2014. On leur demandera de faire exister un point de vue assez net pour que des inconnus le reformulent avec leurs mots. C’est plus difficile. C’est aussi plus durable.
Limites Du Palmarès Et Lecture Lucide
Un festival reste un festival. Les 250 jurés ne remplacent pas un panel consommateurs. Une médaille d’argent n’égale pas une hausse de part de marché. Certaines pièces brillent en salle et s’éteignent en média réel. D’autres, jamais inscrites, transforment silencieusement une business unit.
Il faut donc lire Gerety 2026 comme un corpus de preuves créatives, pas comme une vérité économique. La France à 25 prix, c’est un signal de vitalité. Ce n’est pas une garantie pour 2027. Les réseaux présents au palmarès devront reconstruire l’année suivante sur d’autres briefs, d’autres contraintes, d’autres équipes. La création n’est pas un stock. C’est un flux.
Cette lecture lucide n’enlève rien à la performance. Elle évite seulement le fétichisme du trophée, maladie professionnelle d’un secteur qui aime les soirées autant que les idées.
À Retenir Avant De Fermer Le Dossier
Les Gerety Awards 2026 laissent une image nette. Au sommet, trois campagnes seulement se partagent quatre Grands Prix, avec un doublé PR pour The KitKat Heist. En France, vingt-cinq distinctions dessinent un écosystème plutôt qu’un héros unique : VML Paris, BETC, Dentsu Creative, McCann Paris, Havas Play, Marcel, LA\PAC, Josiane, Saatchi & Saatchi. Les jurés saluent des idées simples en surface, denses en métier, capables de provoquer une réaction plutôt que d’acheter un silence attentif.
Pour les professionnels du marketing, de la communication digitale et de la tech, le mode d’emploi tient en peu de mots : mériter l’attention, budgéter le craft, concevoir la PR comme une idée, laisser le point de vue voyager. Le détail du palmarès et des insights du Grand Jury reste disponible du côté du festival. Le récit français, lui, continuera d’être discuté dans les salles de création bien après la photographie officielle, y compris dans les colonnes de J’ai un pote dans la com.
Reste une question utile, presque opérationnelle, à poser en prochaine réunion de campagne : si l’on retirait le média acheté, que resterait-il à raconter ? Les pièces qui ont marqué 2026 ont une réponse. Les autres n’en ont souvent aucune. C’est peut-être la seule définition honnête d’une idée travaillée.
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