Et si la prochaine bataille du streaming ne se jouait plus seulement sur le nombre d’abonnés, mais sur la capacité d’une plateforme à s’ancrer dans un écosystème local sans perdre sa vocation internationale ? Le 15 septembre 2026, à Paris, HBO Max a signé ses premiers accords interprofessionnels avec la création audiovisuelle française. Derrière cette phrase institutionnelle se cache un basculement stratégique : une plateforme mondiale accepte un cadre commun d’investissement pour 2026 et 2027, avec une attention particulière pour le documentaire et l’animation. Pour les marques, les producteurs, les équipes marketing et les décideurs tech, l’affaire dépasse le communiqué de presse. Elle raconte comment le marché français impose désormais ses règles du jeu aux géants du streaming, et comment une enseigne choisit la négociation plutôt que le bras de fer.

Le sujet intéresse autant les professionnels de la communication que les entrepreneurs de la filière. Parce qu’un catalogue n’est plus seulement un stock de programmes. C’est un levier de marque, un argument d’acquisition, un outil de fidélisation et, en France, une obligation réglementaire. Les accords signés avec AnimFrance, l’USPA, le SPI, le SATEV, le SEDPA, la SACD et LaScam dessinent un langage commun : investir, diversifier les genres, accompagner les talents, puis inscrire le tout dans la convention avec l’Arcom. Relaté notamment par J’ai un pote dans la com, ce moment mérite d’être lu comme un cas d’école de stratégie digitale appliquée à l’industrie culturelle.

Ce Que Change Vraiment La Signature Du 15 Septembre

Les plateformes de médias audiovisuels à la demande ne choisissent plus librement la manière de « soutenir la création ». En France, une part du chiffre d’affaires local doit revenir vers la production. HBO Max n’entre pas dans ce débat par la fenêtre : la plateforme a franchi des seuils qui la placent dans le champ des obligations applicables aux SMAD. Jusqu’ici, son engagement pouvait relever d’une logique plus volontaire. Désormais, le cadre est négocié, daté, et destiné à vivre deux exercices : 2026 et 2027.

Le texte ne se contente pas d’annoncer des intentions généreuses. Il fixe un cadre commun pour les investissements dans les œuvres françaises. L’ambition déclarée est triple : favoriser la production d’œuvres hexagonales, encourager la diversité des genres et des formats, accompagner les talents du secteur. Ces trois verbes — favoriser, encourager, accompagner — sont familiers dans les notes d’intention. Ici, ils deviennent un objet de gouvernance : les organisations professionnelles, les sociétés d’auteurs et la plateforme acceptent de parler le même langage pendant deux ans.

Pour un directeur marketing ou un responsable de croissance, cette mécanique rappelle une vérité simple. Un marché mature n’achète plus seulement de l’accès au contenu. Il achète de la légitimité. S’installer en France, ce n’est plus seulement localiser une interface et acheter des spots. C’est démontrer que l’on finance les récits qui circuleront ensuite dans le catalogue mondial. HBO Max le dit presque tel quel : produire des œuvres capables de toucher les publics français et internationaux.

Ces accords reflètent notre volonté de poursuivre notre engagement en faveur de la création française et de développer des œuvres capables de toucher les publics français comme internationaux.

– Erlinda Tabla, Vice President Legal & Business Affairs, Warner Bros. Discovery France

La phrase est calibrée. Elle parle d’engagement, de publics, de rayonnement. Elle ne chiffre pas encore chaque ligne budgétaire dans le communiqué grand public. Mais elle pose le positionnement : la France n’est pas un marché périphérique à alimenter avec des séries déjà tournées ailleurs. C’est un territoire de fabrication.

Pourquoi Les Plateformes Négocient Avec Toute Une Filière

Une signature interprofessionnelle n’est pas un partenariat de marque classique. Ce n’est pas un simple brand content ni une opération de relations publiques. C’est un contrat d’écosystème. Autour de la table : des producteurs indépendants, des syndicats de l’animation, des représentants du documentaire, des organisations de diffusion et de production, plus les auteurs via la SACD et LaScam. Autrement dit, toute la chaîne qui transforme une idée en œuvre exploitable.

Cette architecture a une vertu marketing souvent sous-estimée. Elle réduit l’incertitude. Les plateformes détestent l’imprévisibilité réglementaire autant que les startups détestent un pivot de politique publique en cours de route. Un accord collectif donne une lisibilité sur deux exercices. Il permet de planifier des slates, d’ouvrir des conversations avec des studios, de caler des calendriers de livraison, d’anticiper les fenêtres de mise en avant éditoriale.

Il y a aussi un enjeu de réputation. Dans un marché où Netflix, Disney+ ou Prime Video peuvent se retrouver en tension avec une partie des nouvelles règles, le fait de signer un cadre partagé devient un signal. Pas nécessairement un jugement moral. Un signal de méthode. HBO Max choisit d’écrire les règles du terrain avec les acteurs locaux plutôt que de laisser le conflit définir son image.

Les professionnels de la com le savent : le récit d’une entreprise se construit autant dans les tribunaux et les décrets que dans les campagnes. Une plateforme qui « reconnaît le rôle des autrices et des auteurs » parle à une opinion professionnelle très influente. Les festivals, les agents, les écoles, les journalistes spécialisés, les créateurs eux-mêmes relaient ce type de geste. La valeur n’est pas uniquement juridique. Elle est narrative.

Documentaire : Un Genre Devenu Actif Stratégique

L’un des points les plus parlants de l’accord est l’affectation d’une part dédiée des obligations d’investissement au documentaire. Longtemps considéré comme un parent pauvre des catalogues grand public, le documentaire a changé de statut. Il est devenu un format de marque, un outil de preuve, un laboratoire de récits longs et courts, un pont entre journalisme, cinéma et plateformes.

Pour le SATEV, la signature constitue une étape dans la reconnaissance du documentaire sur les services de streaming. Le message est clair : les œuvres documentaires ne sont plus un à-côté charitable. Elles ouvrent des perspectives de création et de diffusion pour les auteurs. Elles élargissent la diversité des récits. Elles confortent la place d’un genre parfois plus agile, moins coûteux qu’une fiction premium, et pourtant capable de voyager.

Nous nous réjouissons de cet accord qui constitue une nouvelle étape dans la reconnaissance de la place du documentaire sur les plateformes.

– Christian Gerin, Président du SATEV

Pourquoi le documentaire intéresse-t-il aussi les marketeurs ? Parce qu’il coche plusieurs cases contemporaines. Il nourrit la recommandation algorithmique par des sujets identifiables. Il se découpe en extraits pour les réseaux. Il peut servir de socle à des opérations B2B, des partenariats médias, des projections en entreprise, des débats. Il offre une tonalité de sincérité que la fiction spectacle n’apporte pas toujours. Dans un univers saturé de séries événementielles, le réel redevient un différenciateur.

Il y a enfin une dimension internationale. Un documentaire français bien conçu circule. Festivals, ventes de droits, versions linguistiques, extraits éducatifs, déclinaisons podcast : le format se prête à une économie de l’attention plus fragmentée. Pour une plateforme qui veut « rayonner », le documentaire n’est pas un cadeau fait à la filière. C’est un actif d’image et un vivier de propriété intellectuelle.

Animation Française : Un Signal Envoyé Aux Studios

Deuxième genre explicitement soutenu : l’animation. La France n’a plus à démontrer la qualité de ses studios. Elle doit démontrer que les plateformes globales savent s’y brancher durablement. AnimFrance lit l’accord comme un signal d’attractivité. Au-delà des opportunités pour les talents, les producteurs et les studios, le texte souligne une capacité collective à bâtir des partenariats ambitieux.

Cet accord est un nouvel exemple de l’intégration réussie des plateformes dans notre paysage français.

– Samuel Kaminka, Président d’AnimFrance

L’animation est un laboratoire économique fascinant. Elle demande du temps, des pipelines techniques, des compétences rares, une industrialisation du dessin et du mouvement. Elle produit aussi des univers licenciables : jouets, jeux, édition, parcs, expériences immersives, campagnes de marque. Pour un lecteur habitué aux startups et à la tech, un studio d’animation ressemble davantage à une usine créative qu’à une équipe de tournage classique. Les investissements de plateforme deviennent alors du carburant industriel.

Le marketing de l’animation a une autre particularité : il s’adresse à plusieurs générations à la fois. Un programme jeunesse construit de la fidélité familiale. Un film ou une série adulte d’animation peut devenir un objet de conversation culturelle. Dans les deux cas, la plateforme gagne des heures de visionnage et une identité visuelle immédiatement reconnaissable. Les couleurs, les personnages, les univers graphiques sont des actifs de communication à part entière.

En ciblant l’animation dans ses obligations, HBO Max envoie aussi un message aux écoles, aux recruteurs et aux intermédiaires. Le secteur a besoin de visibilité long terme. Deux années de cadre ne résolvent pas tout, mais elles permettent d’ouvrir des dossiers, de sécuriser des coproductions, de faire entrer des projets dans des pipelines déjà saturés.

Auteurs, Producteurs, Indépendance : La Bataille Du Récit

La SACD insiste sur le rôle des autrices et des auteurs, « à l’origine des œuvres ». Ce n’est pas une formule décorative. Dans l’économie des plateformes, la tentation est grande de parler uniquement de volumes, de droits mondiaux et de performances d’audience. Remettre l’auteur au centre, c’est rappeler que la propriété intellectuelle naît d’une écriture avant de naître d’un algorithme.

L’USPA, qui représente les producteurs indépendants, y voit la vitalité d’une filière capable d’investir de nouveaux territoires de création. Le SPI insiste sur le principe même de contribution des plateformes au financement de la création française, et sur l’élargissement des publics. Ces trois lectures se complètent. L’auteur apporte l’origine. Le producteur indépendant apporte la structure. L’organisation professionnelle apporte la doctrine : les services mondiaux doivent participer au financement local.

Pour les équipes communication, ce trio est un terrain miné et précieux. Miné, parce que chaque mot peut être lu comme une concession ou comme une victoire. Précieux, parce qu’il donne des porte-parole identifiables. Une plateforme qui sait faire parler des présidents d’organisations professionnelles gagne en crédibilité sectorielle. Elle n’est plus seulement un logo américain posé sur un store d’applications.

Il faut aussi entendre ce que ces accords ne disent pas encore dans le détail public : montants exacts par genre, typologie précise des œuvres, mécanismes de suivi année après année. Le communiqué pose le principe. La convention Arcom aura vocation à l’intégrer. C’est souvent dans cette bascule, du communiqué vers le document de régulation, que se joue la réalité opérationnelle.

Arcom, Convention, Gouvernance : Le Cadre Invisible Qui Compte

Les signataires indiquent que ces accords ont vocation à être intégrés à la convention liant HBO Max et l’Arcom. Voilà le nœud. En France, la régulation n’est pas un accessoire. Elle structure les catalogues, les obligations d’exposition, les contributions financières, parfois les discussions sur l’indépendance de production. Une plateforme qui veut durer apprend à parler le langage du régulateur aussi fluently que celui de la performance marketing.

Cette intégration conventionnelle a plusieurs conséquences. Elle officialise le cadre au-delà d’un handshake parisien. Elle crée une référence opposable. Elle inscrit l’effort dans le temps administratif, celui des exercices, des rapports, des indicateurs. Pour les observateurs du business digital, c’est l’équivalent d’un SLA public : on ne promet plus seulement une intention, on accepte un suivi.

Les entreprises tech qui regardent la France depuis l’étranger sous-estiment souvent ce point. Le marché hexagone n’est pas seulement un pays de consommateurs exigeants. C’est un pays de normes culturelles codifiées. La création n’y est pas un simple contenu. C’est un bien considéré comme structurant. D’où la présence d’organisations nombreuses, d’auteurs représentés, de quotas, de sous-quotas, de discussions sans fin sur la diversité des formats.

HBO Max, en acceptant ce chemin, se rapproche d’un modèle d’opérateur intégré à l’écosystème plutôt que d’un simple distributeur extraterritorial. C’est une décision de design institutionnel autant qu’une décision financière.

Ce Que Les Marques Peuvent Apprendre De Cette Négociation

À première vue, l’actualité concerne surtout les professionnels de l’audiovisuel. En réalité, elle parle à toute organisation qui entre sur un marché régulé avec une promesse globale. Les leçons sont transposables.

  • Un ancrage local crédible se négocie avec les intermédiaires du secteur, pas seulement avec les consommateurs finaux.
  • Un cadre de deux ans vaut parfois mieux qu’une déclaration ouverte sans calendrier.
  • Les genres « secondaires » peuvent devenir des preuves de différenciation plus fortes que le blockbuster attendu.
  • La réputation professionnelle circule plus vite que la publicité grand public dans les filières concentrées.
  • La régulation, bien anticipée, devient un argument de stabilité plutôt qu’un simple coût.

Les directions marketing qui travaillent avec des plateformes, des studios ou des labels devraient relire ces accords comme une carte des parties prenantes. Qui parle au nom des auteurs ? Qui finance ? Qui expose ? Qui mesure ? Qui signe la convention ? Tant que ces questions restent floues, une collaboration créative reste fragile. Dès qu’elles sont clarifiées, on peut construire des slates, des coproductions de marque, des opérations éditoriales, des activations sociales autour d’œuvres réellement ancrées.

Il existe aussi un enseignement plus sec, presque financier. Contribuer à la création locale, ce n’est pas uniquement « rendre à César ». C’est acheter une option sur des récits qui pourront ensuite servir le catalogue mondial. Une série, un documentaire ou une œuvre d’animation nés sous obligation française peuvent devenir des actifs internationaux. Le coût réglementaire se transforme alors en pipeline de propriété intellectuelle.

Streaming, Acquisition, Fidélisation : L’Œuvre Comme Produit

Le marketing des plateformes a longtemps reposé sur trois piliers : la marque-mère, les titres événementiels, le prix. L’arrivée d’obligations d’investissement ajoute un quatrième pilier : la preuve d’ancrage. « Nous finançons ici » devient un argument d’acquisition aussi puissant, dans certains segments, qu’une nouveauté hollywoodienne.

Cela change le brief des équipes éditoriales. Il ne s’agit plus seulement de remplir une grille. Il s’agit de composer un portefeuille. Trop de fiction premium, et l’on oublie les genres qui font la diversité. Trop de volume faible, et l’on manque l’effet vitrine. Le documentaire et l’animation, s’ils sont vraiment dotés, permettent d’équilibrer le mix : exigence, jeunesse, auteur, exportabilité.

Sur les réseaux, ces œuvres se racontent autrement. Un documentaire se découpe en extraits argumentés. Une animation se prête aux stickers, aux boucles visuelles, aux making-of de studio, aux interviews d’artistes. La communication digitale n’est plus un simple plan média collé après livraison. Elle peut naître dans la fabrication même, à condition que les contrats et les calendriers le permettent.

Les startups de la recommandation, de la post-production, des outils de sous-titrage, de la data éditoriale ont aussi une carte à jouer. Plus les plateformes s’engagent sur des genres spécifiques, plus elles ont besoin d’outils pour suivre l’exposition, la performance, la circulation internationale, le respect des engagements. L’accord interprofessionnel crée de la demande B2B autour de la conformité et de l’analyse de catalogues.

Un Marché Français Qui Impose Son Tempo Aux Géants

La France n’est pas le plus grand marché du streaming mondial. Elle reste l’un des plus structurants politiquement. Les décrets sur les services de médias audiovisuels à la demande, les discussions sur les sous-quotas, le rôle de l’Arcom, la place des auteurs : tout cela forme un système que les groupes internationaux doivent apprendre. HBO Max, filiale de Warner Bros. Discovery, le fait au moment où d’autres acteurs contestent certaines évolutions.

Ce contraste est utile à comprendre sans en faire un feuilleton manichéen. Une entreprise peut juger qu’une règle est trop rigide et la contester. Une autre peut juger qu’il vaut mieux signer, sécuriser, produire. Les deux stratégies coexistent. Pour l’observateur business, l’intérêt est ailleurs : le marché français a suffisamment de poids symbolique et professionnel pour forcer une conversation. On ne « pose » pas un service comme on ouvre une marketplace de plus.

Les mois d’échanges qui ont précédé la signature du 15 septembre racontent aussi le coût d’entrée réel. Pas seulement le coût financier de l’obligation. Le coût relationnel. Il a fallu parler avec plusieurs organisations, croiser des intérêts parfois divergents, trouver un langage commun. C’est long. C’est politique. C’est exactement le type de travail que les organigrammes trop centrés produit-growth ont tendance à sous-doter.

Comme l’a relayé J’ai un pote dans la com, les signataires mettent en avant un dialogue constructif, une compréhension mutuelle, une collaboration. Derrière le vocabulaire diplomatique, on devine la fatigue et la nécessité. Personne ne signe un cadre de deux ans par simple politesse.

Diversité Des Genres : Slogan Ou Vraie Architecture Éditoriale ?

Tous les communiqués de la filière promettent la diversité. La question utile est opérationnelle : comment une plateforme traduit-elle cette diversité dans son interface, ses budgets, ses priorités de mise en avant ? Un documentaire relégué en bas de page n’existe presque pas. Une série d’animation mal datée disparaît dans le flux. L’investissement sans exposition reste un geste comptable.

C’est ici que marketing et régulation se rejoignent. Si l’accord vise la diversité des genres et des formats, les équipes produit devront inventer des chemins de découverte. Collections thématiques, pages France, mises en avant festival, partenariats médias, extraits sociaux, dossiers auteurs. Sinon, l’obligation d’investissement financera des œuvres que l’algorithme n’aidera pas à rencontrer leur public.

La diversité n’est pas non plus un catalogue fourre-tout. Elle suppose des choix. Quels documentaires ? Quelle animation jeunesse ou adulte ? Quels formats courts ? Quelles œuvres patrimoniales ? La SACD parle de création patrimoniale française. Le mot patrimoine n’est pas anodin. Il évoque des œuvres destinées à durer, pas seulement à performer trois week-ends dans un classement interne.

Pour les créateurs de contenu et les agences, cette tension ouvre des missions. Aider une plateforme à raconter ses investissements sans tomber dans la langue de bois. Documenter les tournages et les studios. Inventer des formats sociaux qui respectent les œuvres. Relier une politique d’investissement à une promesse de marque compréhensible par le grand public.

Talents, Attractivité, Soft Power : La Couche Souvent Oubliée

Un accord de financement est aussi une politique d’attractivité. Les auteurs restent si les projets existent. Les studios recrutent s’ils voient des slates. Les écoles orientent leurs promotions vers les filières qui embauchent. En signalant un engagement sur le documentaire et l’animation, HBO Max parle à cette chaîne d’attractivité.

Le soft power français repose en partie sur cette capacité à faire circuler des récits. Une plateforme mondiale qui s’engage localement peut accélérer cette circulation, à condition de ne pas cantonner les œuvres au seul marché domestique. Le double public mentionné par Erlinda Tabla — français et international — est donc le vrai test. Produire pour cocher une case n’a jamais fait rayonner un pays. Produire pour exister partout, si.

Les marques qui coproduisent ou s’associent à des œuvres ont intérêt à surveiller cette bascule. Un documentaire soutenu dans le cadre d’obligations peut devenir un territoire de prise de parole plus légitime qu’une campagne inventée de toutes pièces. Une animation peut porter des univers licenciables. Le marketing de contenu gagne en densité quand il s’adosse à une vraie filière plutôt qu’à un one-shot publicitaire.

Les Points De Vigilance Que Les Professionnels Doivent Garder En Tête

Un article utile ne s’arrête pas à l’enthousiasme des signatures. Plusieurs vigilances s’imposent, précisément parce que le sujet est stratégique.

  • Le cadre 2026-2027 est un horizon court à l’échelle d’une œuvre d’animation, souvent plus longue à fabriquer.
  • L’absence de détail public sur les montants par genre laisse une zone grise entre intention et exécution.
  • L’intégration à la convention Arcom sera le vrai test de solidité juridique et politique.
  • La diversité proclamée devra se vérifier dans l’exposition éditoriale, pas seulement dans les budgets.
  • Les producteurs indépendants devront veiller à ce que l’arrivée d’une plateforme ne concentre pas trop la commande.
  • Les auteurs auront besoin de clarté sur les droits, les rémunérations et la circulation internationale.

Ces points ne cassent pas la portée de l’annonce. Ils la rendent adulte. Dans le digital comme dans l’audiovisuel, les accords les plus photographiés sont parfois les plus fragiles si personne n’en suit l’application. Le suivi, les indicateurs, les comités, les avenants : voilà le travail invisible qui commencera maintenant.

Comment Lire Cet Événement Si Vous Travaillez Dans La Tech Ou La Com

Vous pilotez une marketplace, une app média, une offre SaaS destinée aux créateurs ? La leçon est brutale et fertile. Les marchés culturels européens n’acceptent plus longtemps les modèles extractifs purs. Ils demandent de la contribution, de la représentation, du financement, de la conversation. HBO Max vient d’acheter de la prévisibilité relationnelle. C’est une dépense. C’est aussi une barrière à l’entrée pour ceux qui arriveraient plus tard sans réseau.

Vous travaillez en agence ? Cet accord est un brief déguisé. Il existe désormais un récit à raconter : une plateforme mondiale qui choisit d’écrire avec la filière française. Le risque, c’est le communiqué interchangeable. La chance, c’est le making-of industriel, les visages d’auteurs, les ateliers d’animation, les équipes documentaires sur le terrain. La preuve par le réel bat toujours la slide d’intention.

Vous êtes producteur ou entrepreneur de studio ? La fenêtre 2026-2027 invite à structurer des dossiers alignés sur les genres ciblés, sans réduire toute la stratégie à deux cases. Le documentaire et l’animation sont des portes. Ils ne sont pas tout le bâtiment. La fiction, les formats hybrides, les œuvres transmédia continueront d’exister. Mais les portes ouvertes méritent d’être poussées tout de suite.

Le média J’ai un pote dans la com a saisi l’événement dans sa dimension professionnelle. C’est la bonne échelle. Pas seulement « une plateforme signe ». Plutôt : un acteur mondial accepte un grammar commun avec ceux qui fabriquent les œuvres. Dans une économie de l’attention saturée, ce grammar-là vaut de l’or.

Ce Que Les Prochains Mois Devraient Permettre De Vérifier

Après la photo, le pipeline. Les observateurs devront regarder plusieurs signaux concrets. Annonces de projets. Ouvertures de développements. Noms de studios. Présence en festivals. Pages dédiées dans l’interface. Partenariats de communication autour d’œuvres françaises. Mentions dans la convention. Premiers bilans d’exercice. Sans ces signaux, l’accord restera un excellent texte. Avec ces signaux, il deviendra une politique.

Il sera aussi instructif de comparer les calendriers. L’animation avance lentement. Le documentaire peut parfois aller plus vite. Si les premières livraisons visibles arrivent d’un seul côté, le mix promis basculera. La diversité se juge dans le temps, pas le jour de la signature.

Enfin, la question internationale reviendra. Les œuvres financées dans ce cadre circuleront-elles hors de France avec une vraie ambition éditoriale ? Seront-elles doublées, sous-titrées, poussées, défendues ? Ou resteront-elles des preuves locales destinées au dossier de conformité ? Le rayonnement annoncé par Warner Bros. Discovery France se mesurera là.

Une Intégration Qui Redessine Le Jeu Concurrentiel

Le marché du streaming n’est plus une course à l’offre indifférenciée. Il devient une course à l’encastrement. Qui sait travailler avec les auteurs ? Qui sait financer l’animation sans la traiter comme un genre mineur ? Qui sait faire du documentaire autre chose qu’une vitrine occasionnelle ? Qui accepte de lier sa croissance à une convention publique ? Ces questions pèseront dans les pitches publicitaires, les négociations opérateurs, les discussions avec les talents.

HBO Max n’a pas inventé le principe de contribution. Elle en fait un récit d’intégration. Dans un secteur où la méfiance envers les plateformes reste élevée, ce récit a une valeur défensive et offensive. Défensive, parce qu’il réduit le risque d’isolement. Offensive, parce qu’il peut attirer des projets qui auraient hésité à frapper à d’autres portes.

Pour l’audience de ce blog — marketing, business, technologies, stratégies digitales — l’enseignement final est presque simple. Les contenus ne sont plus un à-côté de la croissance. Ils sont le cœur réglementé d’un modèle. Ignorer la filière, c’est ignorer le produit. Signer avec elle, c’est accepter que le produit se fabrique aussi dans des salles parisiennes, des studios d’animation et des salles de montage documentaire.

Le 15 septembre 2026 n’est donc pas une note de bas de page. C’est un marqueur. Une plateforme mondiale a choisi un cadre commun, deux exercices, deux genres particulièrement exposés, une liste d’organisations professionnelles, une convention à venir. Reste à transformer cette architecture en œuvres que le public trouvera, regardera, partagera. C’est à cet instant seulement que l’accord quittera le langage des obligations pour entrer dans celui, plus brutal et plus juste, de la culture populaire.