Vous cherchez encore le bon rouge à lèvres universel, pendant que vos clientes tapent déjà polka dot cat eye nails ? Le 6 octobre 2026, Pinterest a publié son tout premier rapport beauté, et le décalage est presque comique. On n’y parle plus d’un carré, mais d’un textured French bob. Plus d’une manucure rouge, mais d’un dark-red cat-eye. Plus d’un parfum sucré, mais d’un parfum solide, d’une brume marshmallow, d’un sillage lacté. La plateforme, qui revendique environ 640 millions d’utilisateurs mensuels selon le relais de Social Media Today, transforme des requêtes très précises en matière première marketing. Pour une marque, une agence ou une boutique, ce document n’est pas un moodboard de plus. C’est une carte d’intention d’achat, encore floue sur les volumes, mais très nette sur la direction.
Le chiffre qui accroche les directions marketing est simple. Parmi les utilisateurs hebdomadaires, 85 % disent avoir découvert une idée ou une tendance beauté sur Pinterest avant de la voir ailleurs. 64 % estiment même que la plateforme est meilleure pour repérer ce qui est à jour. Ces deux pourcentages viennent de Pinterest lui-même, donc ils servent aussi son discours commercial. Ils collent pourtant à un usage réel : on n’y scrolle pas pour commenter, on y cherche un rendu, une coupe, une texture, un produit à reproduire. C’est exactement pour cela que le rapport beauté Pinterest 2026 mérite une lecture de stratège, pas seulement de passionné de blush.
Pourquoi ce premier rapport change la donne
Pinterest publie déjà des notes de tendances, des Predicts, un rapport hommes, des signaux hobbies. La beauté, elle, restait éparpillée dans des boards et des pics de recherche. En isolant le sujet, la plateforme admet une évidence que les retailers savaient déjà : la beauté est l’un des moteurs de découverte les plus rentables du visuel. Maquillage, cheveux, parfum, ongles, soins du corps : cinq familles qui se vendent par l’image, se discutent en salon, se comparent en magasin, et se décident souvent après une sauvegarde silencieuse.
La phrase d’ouverture du rapport vaut presque un brief créatif. Pinterest écrit que le nouveau luxe beauté, c’est la spécificité. Quand un look peut passer du niche au partout en quelques semaines, copier trait pour trait perd de son intérêt. L’attrait se niche dans l’édition personnelle : un cat-eye plus sombre, un fini d’ongle réfléchissant, une couleur de cheveux quelque part entre le cuivre, le cherry cola et l’espresso. Autrement dit, la tendance n’est plus un uniforme. C’est une gamme de variantes, et chaque variante a sa requête.
Le nouveau flex beauté, c’est la spécificité. L’attrait n’est plus de copier un look trait pour trait, mais de l’éditer : un cat-eye plus sombre, un fini réfléchissant, une couleur entre cuivre, cherry cola et espresso.
– Pinterest, premier Beauty Trend Report, octobre 2026
Cette logique explique pourquoi le rapport liste onze thèmes et environ 120 requêtes, chacune avec une hausse d’une année sur l’autre. Les noms sont marketés, presque publicitaires : Makeup Maximalism, Pink-a-Boo, Arctic Frost, Cheeky Flush, Skinvested, Eau So Cozy, Bob Behavior, Romantic Reverie, Latte Lacquer, Copper Waves, Farm to Face, Chrome Sweet Chrome. Derrière les jeux de mots, il y a une mécanique utile. Pinterest ne dit pas seulement « le rose revient ». Il dit quel rose, sur quelle zone, avec quel accessoire, et à quel rythme la demande accélère.
Pour une équipe contenu, c’est une aubaine. Pour un media buyer, c’est un réservoir de mots-clés visuels. Pour un chef de produit, c’est un signal précoce sur les finis à pousser en avant de rayon. Encore faut-il lire les pourcentages sans les idolâtrer. Une requête qui passe de 200 à plus de 3 000 recherches et une autre qui passe de 200 000 à plus de 3 millions affichent le même +1 585 %. Le rapport ne donne ni volumes absolus, ni fenêtre temporelle détaillée, ni marché nommé. C’est une boussole, pas un bilan comptable.
Ce que les chiffres disent vraiment
Une relecture indépendante des 120 requêtes, publiée par PPC Land le jour même, remet les hausses en perspective. La médiane tourne autour de 145 %, la moyenne est tirée vers 277 % par quelques pics extrêmes. Soixante-dix requêtes dépassent 100 %. Vingt-trois dépassent 500 %. Trois franchissent 1 000 %, et les trois appartiennent aux ongles chrome. À l’autre bout, vingt-cinq restent sous 50 %, et le plancher du document est un modeste +21 % pour scalp detox.
Le classement par thème, calculé à partir des requêtes listées, est éclairant pour prioriser un plan média :
Chrome Sweet Chrome domine, avec une médiane proche de 884 % et un pic à +1 585 % sur polka dot cat eye nails. Copper Waves suit, médiane autour de 403 %, sommet à +949 % pour le balayage moka. Bob Behavior affiche environ 310 % de médiane, porté par les carrés longs et superposés à +622 %. Latte Lacquer tourne autour de 295 %, avec les ongles nude caramel à +943 %. Pink-a-Boo se situe près de 194 %, mais son plus fort signal n’est pas une couleur : c’est la pince à cheveux strassée, +749 %. Eau So Cozy reste solide autour de 134 %, mené par l’esthétique du parfum solide à +333 %. Cheeky Flush avoisine 118 %. Romantic Reverie descend vers 70 %, sauf la coupe papillon bouclée à +464 %. Farm to Face plafonne près de 58 %, avec une anomalie : les bienfaits du bouillon d’os pour les femmes à +782 %. Arctic Frost et Skinvested ferment la marche, médianes sous 50 %, malgré des pics locaux très exploitables.
La leçon business est nette. Les ongles et la couleur de cheveux concentrent l’accélération. Le soin et le maquillage glacé progressent, mais sur des bases sans doute déjà plus installées, ou sur des requêtes moins neuves. Une marque qui n’a ni budget illimité ni équipe contenu infinie a donc intérêt à choisir deux territoires, pas onze. Le rapport donne la permission de dire non.
Makeup Maximalism, le terrain du partenariat Sephora
Le thème le plus politiquement utile du rapport n’est pas le plus explosif en pourcentage. C’est Makeup Maximalism, celui sur lequel Pinterest annonce un partenariat avec Sephora. L’idée est simple et commerciale : relier une inspiration enregistrée à des produits prestige disponibles en magasin ou en ligne. Le maximalisme, ici, n’est pas synonyme de carnaval. Il couvre aussi bien un visage entier assumé qu’un seul détail amplifié. Pinterest le découpe en deux expressions.
La première, Eyes on Max, concentre le regard. Les idées de cils en cluster grimpent de 646 %. L’esthétique du lash lift coréen progresse de 436 %. Les cils cat-eye dramatiques prennent 415 %, les versions vaporeuses 355 %, les cils manga 296 %, les cils doll-eye 257 %. Le liner grunge avance de 311 %. Le fard multichrome gagne 82 %, le tutoriel de liner graphique 76 %. On est loin du nude poli des années clean girl. Le message est presque l’inverse : un trait, une frange de cils, une couleur changeante suffisent à faire le look, à condition qu’ils soient nets.
La seconde, Full-Face Fantasy, traite le visage comme une toile. Les recherches de full beat makeup looks bondissent de 460 %. Le maquillage de club des années 2000 gagne 184 %. Les combinaisons de lèvres audacieuses progressent de 121 %, les looks avant-garde de 107 %. Le duo violet et argent prend 57 %, le cat-eye inversé 56 %, les strass de visage 55 %, les rhinestones 51 %, le maquillage « otherworldly » 43 %. Ce n’est pas un retour nostalgique plat. C’est une relecture : on emprunte le gloss givré et le club 2000, puis on le recadre avec des gems, un liner graphique, une bouche qui ne s’excuse pas.
Pour Sephora, le partenariat est cohérent. L’enseigne vit de l’essai, du conseil, du multi-marques. Pinterest vit de la sauvegarde et de l’intention. Ensemble, ils raccourcissent le chemin entre « je veux ce regard » et « je trouve le mascara, le liner, le fard ». Pour une marque qui n’est pas dans le dispositif, la porte n’est pas fermée. Elle passe par le contenu organique, les épingles shoppables, les créas qui isolent un détail maximaliste, et par une présence en magasin là où la cliente ira vérifier la teinte. Le maximalisme se vend mal en photo plate de packshot. Il se vend en avant-après, en macro de cil, en mouvement de liner.
Pink-a-Boo et Copper Waves : la couleur devient une édition
Deux thèmes cheveux racontent la même histoire avec des palettes opposées. Pink-a-Boo enterre la coloration rose uniforme. Place aux mèches, aux rayures, aux peekaboo, aux associations teal et rose. La rayure rose gagne 463 %, le duo teal et rose 273 %, le rose poussiéreux 198 %, les mèches roses 190 %, le peekaboo rose foncé 481 %. Les box braids blond et rose progressent plus modestement, de 37 %, les braids noires et roses de 87 %, la perruque rose de 84 %. Le signal le plus fort du bloc n’est même pas une teinture : la pince crab strassée explose de 749 %. Le rose se porte aussi en accessoire, ce qui ouvre le sujet aux marques qui ne font pas de couleur permanente.
Copper Waves joue la carte automnale et dimensionnelle. Le balayage moka bondit de 949 %, le blond cuivré doux de 845 %, le brun cherry cola de 788 %, le cuivre oxydé de 517 %, le cuivre riche de 454 %, l’auburn de 403 %. Le brun vécu gagne 121 %, le prune 51 %, l’espresso moka 52 %. On n’est plus dans le rouge pompier. On est dans des rubans clairs posés sur une base sombre, une couleur qui bouge selon la lumière. Le thème déborde même de la teinte : la wolf cut bouclée masculine progresse de 514 %, signe que la beauté « cheveux » sur Pinterest n’est plus un territoire exclusivement féminin, même si le rapport reste centré sur des codes grand public.
Côté salon et marques de coloration, la conséquence est opérationnelle. Les fiches produit qui disent seulement « cuivré » ou « rose » ratent la requête réelle. La cliente cherche un rendu nommé, souvent en anglais, souvent composé de trois mots. Un contenu utile montre la base, les mèches, l’entretien, le rendu sur cheveux bouclés ou lisses, et ce qu’il faut demander au coloriste. C’est précisément le trou que les nouveaux guides veulent combler.
Beauty Guides : de l’épingle au brief de salon
En même temps que le rapport, Pinterest lance Beauty Guides. Le geste est concret. On ouvre une épingle cheveux ou ongles en vue rapprochée, on tape Get the Guide, et l’on obtient un découpage du look : quoi demander en salon, des inspirations proches, des produits achetables. On peut sauvegarder le guide pour le rendez-vous, ou tenter le rendu chez soi. Au lancement, la fonction est réservée aux utilisateurs iOS aux États-Unis, avec une ouverture plus large annoncée dans les semaines suivantes, à partir du 8 octobre selon plusieurs relais sectoriels. Pinterest prévoit aussi d’étendre le principe à d’autres catégories.
Pour le marketing, c’est plus qu’une fonctionnalité sympathique. C’est une tentative de transformer la découverte en mode d’emploi. Pinterest a longtemps souffert d’un reproche : on y rêve, on n’y achète pas assez. Les guides attaquent ce reproche par le milieu du tunnel. Ils ne remplacent pas la pub. Ils rendent l’inspiration actionnable, donc plus proche d’un brief que d’un poster. Une marque qui veut en profiter doit produire des visuels dont le rendu se décrit en une phrase de salon. « Carré français texturé, frange vaporeuse, pointes retournées » voyage mieux qu’« nouvelle collection automne ».
Reste une zone grise. Le rapport ne dit pas si les produits des guides sont des liens organiques, des flux marchands ou des emplacements payants. Tant que ce point n’est pas clarifié, les équipes retail media ont intérêt à surveiller la fonction comme une surface émergente, pas comme un levier déjà cadré. L’histoire récente de la plateforme incite à la vigilance : recherche visuelle sponsorisée, annonces en tête de recherche, campagnes Performance+, assistant business. Les guides peuvent très bien devenir, plus tard, un point de contact marchand. Mieux vaut avoir le contenu prêt avant que l’enchère n’arrive.
Bob Behavior et Romantic Reverie : la forme plutôt que le filtre
Bob Behavior raconte le déclin du carré trop net. La demande porte sur le mouvement : carrés longs et superposés à +622 %, carrés courts superposés à +571 %, carré français à frange vaporeuse à +394 %, carré français texturé à +338 %, coupes françaises en général à +310 %, bouts retournés à +299 %, shag bob à frange rideau à +288 %, shag à +214 %, franges vaporeuses à +166 %. Le carré reste une forme. Il cesse d’être une armure. Il travaille avec la texture au lieu de la combattre.
Romantic Reverie prolonge cette douceur sur le visage. Les looks naturels doux progressent de 105 %, l’esthétique maquillage naturel de 95 %, les taches de rousseur dessinées de 70 %, les lèvres naturelles de 68 %, le duo bronzer et blush de 61 %, le placement de ces deux produits de 58 %. Le maquillage sans mascara gagne 33 %, le mat doux 31 %. Côté cheveux, la coupe papillon bouclée bondit de 464 %, les braids french curl de 210 %, le shag bouclé de 109 %. Le récit est littéraire : un teint un peu froissé, des mèches qui s’échappent, une héroïne entre deux chapitres. Commercialement, c’est le territoire des textures crème, des sprays salins, des blushs fondus, des soins qui promettent le mouvement plutôt que la fixation.
Ces deux thèmes rappellent une tension utile. Le maximalisme et le romantique coexistent. Une même utilisatrice peut sauvegarder un liner grunge le vendredi et un teint flouté le dimanche. Les marques qui opposent « clean » et « extra » dans leur discours ratent cette double garde-robe. Mieux vaut segmenter les créas par intention, pas par persona figé.
Arctic Frost et Cheeky Flush : deux visages, deux lumières
Arctic Frost refroidit la trousse. Finis givrés, lèvres métalliques, liner argent, accents cristal, fards bleu pastel : une beauté glacée, un peu irréelle, très lumineuse. Le maquillage givré progresse de 286 %. Le reste est plus mesuré : sourcils décolorés +53 %, lèvres métalliques +52 %, fard bleu pastel +51 %, liner argent +48 %, maquillage bleu et argent +45 %, lèvres givrées années 2000 +42 %, maquillage cristal +41 %, maquillage icy +40 %, gloss argent +37 %, looks futuristes +29 %. La médiane du thème est basse. Le pic, lui, est assez fort pour nourrir une capsule hiver ou une collab limitée, surtout si la marque possède déjà des gloss et des liners nacrés.
Cheeky Flush fait l’inverse : il réchauffe. Le blush devient le sujet, pas l’accessoire. Rose poussiéreux +189 %, terracotta +164 %, pêche +148 %, mauve +88 %, baie +82 %, cerise +46 %. Les cils vaporeux gagnent 199 %, la peau nuage 153 %, les lèvres floutées 86 %, l’esthétique blush crème 50 %. Le geste décrit par Pinterest est haut sur la pommette, jusqu’aux tempes, comme après une course ou une rencontre un peu trop proche. Vogue France a d’ailleurs isolé trois teintes dès le 7 octobre : rose poudré, pêche, berry. Preuve que le rapport déborde vite du cercle social media pour entrer dans la presse mode.
Pour une marque de teint, Cheeky Flush est plus immédiatement monétisable qu’Arctic Frost. Le blush crème se démontre en dix secondes, se compare sur plusieurs carnations, se vend en duo avec un soin qui prépare la peau. Arctic Frost demande une direction artistique plus tranchée, utile pour la notoriété et les éditoriaux, moins évidente en acquisition froide. Les deux peuvent cohabiter dans un calendrier : le givré pour une poussée de désir, le flush pour la rotation.
Latte Lacquer et Chrome Sweet Chrome : les ongles mènent la danse
Si une seule catégorie doit retenir l’attention des équipes contenu, c’est l’ongle. Latte Lacquer puise dans le café, le fruit et la pâtisserie. Ongles nude caramel +943 %, idées coffee nails +922 %, jelly framboise +828 %, inspiration earthy +578 %, amande laiteuse +301 %, iced latte +295 %, brun latte +293 %, orange sanguine +161 %, fraise enrobée de chocolat +123 %, caramel chaud +84 %, caramel latte +55 %. Le rendu est doux, joueur, saisonnier. Il se photographie bien à plat, sur une tasse, un pull, une table de marché. C’est un terrain idéal pour les vernis grand public et les kits DIY.
Chrome Sweet Chrome est l’autre extrémité, et le vrai phénomène chiffré du rapport. Les finis réfléchissants deviennent ludiques : chrome, cat-eye, jelly, aurora, pois, rayures, rose vif, détails gothiques. Les hausses donnent le vertige. Pois et cat-eye +1 585 %. Jelly rose chrome +1 469 %. Chrome blanc laiteux forme amande +1 402 %. Cat-eye goth +911 %. Aurora cat-eye +895 %. Chrome rose vif +884 %. Cat-eye rouge sombre +735 %. Combinaison cat-eye et chrome +732 %. Rayures sur amande +694 %. Cat-eye bicolore +515 %. Chrome gothique +400 %. Pinterest résume l’esprit en une formule : plus le fini est inattendu, mieux il voyage.
Pourquoi un tel écart avec le soin du cuir chevelu ? Parce que l’ongle est une micro-publication. Il se change souvent, il coûte moins qu’une coloration, il se montre en story, il se copie à partir d’une seule photo nette. Une requête très longue comme milky white chrome nails almond part d’une base faible, donc son pourcentage flambe. Cela ne retire rien à l’intérêt. Cela impose de ne pas confondre viralité relative et marché de masse. Une marque de vernis peut toutefois en tirer un plan très concret.
- Isoler trois finis prioritaires : chrome laiteux, cat-eye à pois, jelly rose.
- Tourner des macros sous deux lumières, jour et néon, pour montrer le reflet.
- Nommer les épingles avec la requête réelle, pas avec le nom de collection interne.
- Proposer le geste en tutoriel court : aimant, top coat, pois, temps de séchage.
- Relier chaque look à une recharge ou à un duo, pas à une gamme entière.
Les ongles sont aussi le meilleur test des Beauty Guides. Le brief est visuel, le résultat se juge tout de suite, le produit est shoppable sans essayage complexe. Une marque qui rate cette fenêtre laisse le terrain aux tutos indépendants, qui capteront l’intention avant elle.
Eau So Cozy : le parfum se rapproche de la peau
Le parfum, dans ce rapport, ne cherche plus à remplir une pièce. Il cherche à rester proche, doux, un peu dessert. L’esthétique du parfum solide grimpe de 333 %, le skin scent de 287 %, le parfum marshmallow de 248 %, la garde-robe olfactive de 210 %, le gourmand de 147 %, le parfum lacté de 134 %. Les brumes suivent plus modestement : dent sucrée +48 %, fraise +46 %, chocolat +42 %, vanille nue +39 %. Le parfum café gagne 51 %. On est dans le réconfort, la superposition, le format nomade.
Pour les maisons de parfum et les marques de corps, c’est un déplacement de promesse. Le sillage spectaculaire reste un argument de désir. La croissance, elle, se niche dans le portable, le solide, la brume à remettre dans la journée, l’accord qui sent la peau plutôt que la campagne. Le vocabulaire créatif peut sortir du flacon hero. Une planche Pinterest efficace montre le geste : stick dans un sac, brume sur un pull, association de deux formats, note gourmande sans infantiliser. Le nom Eau So Cozy est un jeu de mots anglais. En français, le territoire se raconte mieux par la texture : lacté, poudré, marshmallow, café, solide.
La hausse de la « fragrance wardrobe » mérite un paragraphe à part. Elle suggère que l’utilisatrice ne cherche plus son parfum, mais une petite collection à faire tourner. C’est favorable aux formats voyage, aux découvertes, aux layering kits. C’est moins favorable au mono-produit à 120 euros présenté comme une identité unique. Les deux offres peuvent vivre, à condition de ne pas utiliser le même argumentaire.
Skinvested et Farm to Face : le soin sort de la salle de bain
Skinvested élargit la routine au-delà du visage. Gel douche pour peau lumineuse +206 %, esthétique de routine corps +202 %, brossage à sec +147 %, lotion corps au rétinol +144 %, barrière cutanée +71 %, gommage corps +39 %, soin du cuir chevelu +38 %, recette de gommage cuir chevelu +31 %, gel douche glycolique +23 %, routine peau douce +23 %, détox du cuir chevelu +21 %. Les pourcentages sont plus sages. Le sujet, lui, est large : douche, cuir chevelu, corps, barrière. C’est le terrain des marques de dermo et de corps qui veulent sortir du discours anti-âge facial.
Farm to Face pousse la logique jusqu’au placard de cuisine. Les bienfaits du bouillon d’os pour les femmes bondissent de 782 %, l’eau de romarin pour les cheveux de 269 %, le masque avocat de 141 %, le gommage café de 129 %, le masque aloe de 80 %, l’huile d’olive pour la peau de 59 %, l’eau de riz pour le visage de 58 %, le masque myrtille de 57 %, le curcuma de 51 %, le yaourt grec de 44 %, l’huile de coco pour les cheveux de 42 %, les « skin foods » de 35 %. Le rapport parle d’une beauté construite de l’intérieur, avec des gestes maison. Pour une marque, le piège serait de railler le DIY. Le bon réflexe est de s’y adosser : expliquer ce que la cuisine ne remplace pas, proposer l’actif stabilisé, montrer la différence entre un rinçage romarin et un soin formulé.
Ces deux thèmes sont aussi un rappel méthodologique. La plus forte requête de Farm to Face n’est pas un produit de beauté au sens strict. C’est une question de nutrition. Les classements Pinterest mélangent parfois l’esthétique, l’accessoire et le mode de vie. Une équipe qui copie le thème sans lire les requêtes risque de produire un board « ferme » alors que la demande porte sur un bouillon, un rinçage, un masque. Le détail fait la campagne.
Ce que les marques peuvent faire dès cette saison
Un rapport de tendances ne vaut que s’il change un calendrier. Voici une lecture opérationnelle, pensée pour une équipe marketing qui n’a pas six mois devant elle.
D’abord, choisir un territoire principal et un territoire secondaire. Si vous vendez du vernis, Chrome et Latte ne se discutent pas. Si vous vendez de la couleur cheveux, Copper Waves et Pink-a-Boo donnent deux récits, l’un chaud et dimensionnel, l’autre fragmenté et accessoirisé. Si vous êtes sur le teint, Cheeky Flush est le plus lisible. Si vous êtes sur le parfum, Eau So Cozy oriente vers le format et la note, pas seulement vers le jus. Makeup Maximalism sert surtout les marques qui ont déjà un réseau retail ou une présence chez un sélectif.
Ensuite, réécrire les titres d’épingles. Pinterest récompense la précision. « Nouveau blush » perd contre « blush crème pêche porté haut sur la tempe ». « Coupe tendance » perd contre « carré français texturé avec frange vaporeuse ». Ce n’est pas du SEO de blog au sens classique. C’est de la recherche visuelle. Les mots dans l’épingle, dans la description et parfois sur l’image elle-même aident la plateforme à classer le visuel. Une marque francophone a intérêt à tester les deux langues sur les requêtes qui voyagent en anglais, tout en gardant un récit français dans la légende longue.
Puis, produire des séries, pas des one-shots. Chaque thème du rapport est une famille. Une famille se décline : trois carnations, deux textures de cheveux, un geste salon, un geste maison, un produit hero, un produit d’entrée. Cinq à huit épingles cohérentes valent mieux qu’une campagne isolée. Le format avant-après reste roi, à condition d’être honnête sur la lumière. Les macros d’ongles et de cils voyagent mieux que les packs posés sur un marbre.
Enfin, relier le contenu à un point de vente réel. Le partenariat Sephora montre la direction : l’inspiration doit pouvoir se vérifier en magasin. Même sans accord global, une marque peut briefer ses conseillères sur trois looks, préparer une phrase à dire en cabine, et aligner le linéaire. « Vous avez sauvegardé un cat-eye graphique ? Voici le liner qui tient, et voici comment le poser sans tout le visage. » Cette phrase vaut souvent plus qu’une réduction.
Le piège des pourcentages et comment l’éviter
Il faut le dire clairement, parce que les slides de comité de direction adorent les gros chiffres. Une hausse de 1 585 % sans volume n’est pas une part de marché. Elle peut signaler un micro-phénomène, un effet de base, ou une mode déjà saturée chez les early adopters. Pinterest ne publie pas, dans cette page, la période exacte comparée, ni la langue, ni le pays des recherches. Des notes de bas de page existent, mais leur texte n’est pas toujours lisible dans les reprises. Les 85 % et 64 % sont des déclarations d’utilisateurs, pas des mesures de vente.
La bonne méthode consiste à croiser. On prend trois requêtes du rapport. On les observe dans son propre compte Pinterest Trends, dans la search console si l’on a un site, dans les ventes des teintes proches, dans les questions reçues en sav ou en salon partenaire. Si le cuivre monte dans les recherches internes et dans les rendez-vous coloration, Copper Waves n’est plus une anecdote de plateforme. Si les ongles chrome flambent en ligne mais que le stock jelly ne tourne pas, le sujet est peut-être un contenu, pas encore un produit. Cette nuance évite les lancements paniqués.
Autre biais : les noms de thèmes sont des emballages. Pink-a-Boo culmine sur une pince, pas sur une coloration. Farm to Face culmine sur un bouillon. Copper Waves inclut une coupe masculine. Utiliser le titre du thème comme brief sans ouvrir la liste des requêtes, c’est décorer une campagne avec un slogan que la demande ne prononce pas. Les clientes ne tapent pas « Cheeky Flush ». Elles tapent une teinte, un geste, un rendu.
Pinterest face aux autres réseaux : un rôle de recherche, pas de scène
TikTok fabrique la vitesse. Instagram fabrique l’envie sociale. YouTube fabrique le tutoriel long. Pinterest fabrique la comparaison silencieuse. C’est pour cela que 85 % des utilisateurs hebdomadaires disent y voir la tendance avant ailleurs. Ils ne découvrent pas forcément le geste en premier au sens médiatique. Ils le qualifient. Ils cherchent la variante qui leur va. Un liner grunge vu en vidéo devient, sur Pinterest, dix angles, trois carnations, un pas-à-pas, une liste de produits.
Pour une stratégie digitale, la complémentarité est plus rentable que la rivalité. Une vidéo courte peut lancer le désir. Une épingle peut le ranger. Un guide peut le traduire en brief. Une fiche produit peut le conclure. Les marques qui publient le même visuel partout gaspillent cette chaîne. Le visuel Pinterest doit être lisible sans son, cadré pour le détail, titré comme une recherche. Le visuel court peut être plus brusque, plus personnel, plus imparfait. Les deux ne se copient pas. Ils se répondent.
Le contexte publicitaire renforce cette lecture. Au premier trimestre 2026, Pinterest avait annoncé un milliard de dollars de revenus environ, en hausse de 18 %, et 631 millions d’utilisateurs mensuels, avant que les reprises d’octobre ne parlent d’environ 640 millions. Performance+ pèse déjà une part notable du bas de funnel. Les annonces de recherche visuelle et de tête de recherche rapprochent la plateforme d’un moteur shopping. Le rapport beauté arrive donc au moment où l’inventaire publicitaire sait mieux monétiser l’intention. Un thème nommé aujourd’hui peut devenir une cible d’enchère demain. Les équipes qui documentent leurs requêtes gagnantes prennent de l’avance sur celles qui attendent le prochain case study.
Un calendrier éditorial inspiré des onze thèmes
Plutôt que de tout publier en une semaine, une marque peut étaler les onze idées sur un trimestre, en n’en activant vraiment que quatre. Le reste sert de veille. Voici une trame souple, à adapter au stock réel.
Semaine 1, ancrer le détail maximaliste. Une série cils ou liner, trois épingles, une vidéo geste, une sélection produit courte. Semaine 2, entrer dans la couleur cheveux avec un avant-après cuivre ou cherry cola, et une phrase prête pour le salon. Semaine 3, basculer sur l’ongle latte ou chrome, selon la saison commerciale. Semaine 4, poser le blush comme sujet, avec un placement haut et deux teintes. Semaine 5, ouvrir le parfum proche de la peau, solide ou brume. Semaine 6, montrer une routine corps ou cuir chevelu, plus lente, plus utile, moins spectaculaire. Les thèmes romantiques et givrés peuvent servir de respiration éditoriale, pas forcément de locomotive commerciale.
Chaque semaine gagne à avoir une mesure simple : sauvegardes, clics sortants, ajouts au panier si le catalogue est connecté, demandes en magasin si l’équipe terrain note les looks cités. Sans cette boucle, le rapport reste un article qu’on a lu. Avec elle, il devient un test. Et les tests, en beauté, vieillissent vite. Une requête à +900 % en octobre peut être banale en janvier, ou déjà passée. D’où l’intérêt de publier pendant que le mot est encore une recherche, pas seulement un souvenir de presse.
Ce que les startups et les indépendants peuvent en tirer
On aurait tort de réserver cette lecture aux groupes. Une marque indie de vernis, un salon, une créatrice d’accessoires cheveux, une maison de bougies parfumées peuvent utiliser le rapport avec plus d’agilité qu’un comité mondial. La pince strassée à +749 % est un produit, pas une métaphore. Le parfum solide à +333 % est un format. Le cat-eye à pois est un visuel qu’un nail artist peut poster dès cette semaine, avec le nom exact de la requête dans le titre.
L’avantage des petites structures est la vitesse de nomenclature. Elles peuvent appeler un vernis comme les gens le cherchent, pas comme un comité de naming l’a validé six mois plus tôt. Elles peuvent montrer la texture réelle, les ratés, le temps de pose. Pinterest aime les plans nets, mais il aime aussi la preuve. Une planche de salon avec trois carrés français texturés, légendés précisément, bat souvent une campagne léchée qui ne nomme rien.
La limite est la même pour tout le monde : ne pas surpromettre un pourcentage. Dire « tendance en hausse sur Pinterest » est juste. Dire « tout le monde veut ce look » est faux tant que le volume n’est pas connu. La crédibilité d’une jeune marque se joue souvent sur cette honnêteté. Le rapport donne des directions. Il ne donne pas un marché captif.
Une grille de lecture pour le prochain brief
Avant de valider une campagne beauté inspirée de ce document, cinq questions suffisent. Le look tient-il en une requête de trois ou quatre mots ? Le visuel montre-t-il le détail qui fait la hausse, et pas seulement le packaging ? Existe-t-il un geste que la cliente peut demander en salon ou refaire chez elle ? Le produit est-il trouvable au moment où l’épingle circule ? La promesse distingue-t-elle la variante personnelle de la copie uniforme ? Si une réponse manque, le brief est encore un moodboard.
On peut résumer les priorités ainsi, sans transformer onze thèmes en obligation :
- Les ongles chrome et latte concentrent les hausses les plus violentes.
- Les cheveux cuivre, cherry cola et rose fragmenté structurent la couleur.
- Le blush haut et les cils amplifiés sont les deux détails visage les plus lisibles.
- Le parfum solide et le sillage peau ouvrent un territoire format, pas seulement jus.
- Le corps, le cuir chevelu et le DIY cuisine progressent plus doucement, mais élargissent le panier.
- Les guides et le lien Sephora rapprochent l’inspiration du produit, d’abord sur iOS aux États-Unis.
Cette grille évite l’overdose de tendances. Elle force un choix. En beauté, le choix est déjà le sujet du rapport : pas tout porter, éditer. Les marques qui éditent leur prise de parole de la même façon auront l’air plus justes que celles qui collent les onze noms dans un carrousel.
La spécificité comme avantage concurrentiel
Au fond, le premier rapport beauté de Pinterest décrit moins une mode qu’une manière de chercher. L’utilisatrice ne veut plus le look. Elle veut sa version : plus sombre, plus fragmentée, plus réfléchissante, plus proche de la peau, plus facile à expliquer à quelqu’un d’autre. C’est inconfortable pour les campagnes qui misent sur un visage unique et un slogan large. C’est très confortable pour celles qui savent décliner.
La spécificité se travaille. Elle se voit dans le nom des teintes, dans le cadrage des photos, dans la phrase donnée aux équipes magasin, dans la requête placée en titre d’épingle, dans le refus de tout couvrir. Elle se voit aussi dans la prudence face aux pourcentages. Un +1 585 % est une alerte, pas une stratégie. La stratégie commence quand ce signal rencontre un stock, un geste, une preuve, et une mesure qui n’appartient pas à la plateforme.
Pinterest, avec ce document et avec les Beauty Guides, essaie de garder la main sur le moment où l’inspiration devient décision. Sephora tente la même chose depuis le linéaire. Les marques qui réussiront la saison ne seront pas forcément celles qui crieront le plus fort le nom des onze tendances. Ce seront celles qui sauront montrer, très concrètement, comment un cat-eye, un ruban cuivré ou un vernis à pois se portent vraiment, et où les trouver sans se perdre. Le flex, décidément, n’est plus d’avoir tout vu. Il est de savoir quoi garder.
Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les derniers articles directement dans votre boîte mail.



Commentaires