Et si le canal le plus court entre une intention d’achat et une conversion était en train de perdre son statut d’eldorado ? Le retail media vient de franchir un cap symbolique : plus de 200 milliards de dollars d’investissements à l’échelle mondiale en 2026. Sur le papier, la machine continue d’avancer. Dans les faits, le rapport The Future of Commerce Media 2026 de WARC Media décrit autre chose : une industrie qui bascule dans l’âge adulte, où la croissance se tasse, où Amazon écrase encore le plateau, et où trop de bannières sur une page produit peuvent finir par tuer l’acte d’achat qu’elles étaient censées accélérer.
Pour les équipes marketing, les startups e-commerce, les CPG et les régies nées dans le sillage des retail media networks, ce n’est plus seulement une histoire de budgets qui gonflent. C’est une question de priorités. Faut-il encore empiler les emplacements ? Ou reconstruire la pertinence, la création et l’expérience ? Les données compilées par WARC, relayées notamment par J’ai un pote dans la com, dessinent un marché qui reste puissant, mais qui n’est plus en mode hypercroissance permanente.
Un Seuil Symbolique, Une Croissance Qui Change De Nature
Le marché mondial du retail media est estimé à 200,4 milliards de dollars en 2026. WARC Media anticipe ensuite une hausse de 11,5 % en 2027, soit 223,4 milliards. À cette date, le canal pèserait 15,2 % de l’ensemble des investissements publicitaires mondiaux. Autrement dit : plus un levier de niche, mais un pilier du mix média, au même titre que la search, le social ou la vidéo.
Le détail qui compte se trouve dans la parenthèse Amazon. En excluant le géant, la croissance mondiale tomberait à 9,8 % en 2027. Ce serait alors le rythme annuel le plus faible depuis que WARC Media suit le secteur. Après des années où chaque nouveau réseau promettait une courbe quasi verticale, le commerce media entre dans une phase de consolidation. Les budgets ne disparaissent pas. Ils se disputent autrement : moins de virginie à conquérir, davantage de parts à prendre sur des inventaires déjà saturés.
Le paysage du retail media arrive à maturité et se consolide, obligeant les marketeurs à repenser leur approche.
– Alex Brownsell, Head of Content chez WARC Media
Cette phrase n’est pas cosmétique. Elle résume le basculement. Pendant la période d’expansion, il suffisait presque d’être présent sur les bonnes pages produit pour capter une demande déjà chaude. Demain, la présence ne suffit plus. Il faudra justifier le CPM, le ROAS, la contribution à la marque et, de plus en plus, l’impact sur l’expérience shopper.
Pourquoi Les Marketeurs Ont Massivement Basculé Vers Les RMN
Le succès du retail media n’est pas un accident de calendrier. Il s’est construit sur trois piliers que les régies classiques peinaient à réunir en même temps : la donnée first-party du retailer, le contexte d’achat et la boucle de mesure jusqu’au ticket de caisse. Quand un consommateur cherche un yaourt, un casque audio ou une lessive, le signal d’intention est déjà là. La publicité n’a plus à créer le besoin de zéro. Elle oriente, compare, accélère.
Pour une marque CPG, le canal a un avantage presque mécanique. Le shopper est dans un parcours transactionnel. Les formats sponsored products, display onsite, coupons et placements de recherche se greffent à une décision imminente. D’où ces parts de voix impressionnantes prévues pour 2027 : le retail media représenterait 55,8 % des investissements médias des marques de boissons alcoolisées dans le monde, et 54,9 % pour l’alimentaire. Dans ces catégories dites endémiques, le rayon digital est devenu un second linéaire.
À l’inverse, la tech et l’électronique restent plus prudentes. Le canal ne devrait peser que 15 % de leurs dépenses totales en 2027, contre 16,2 % en 2025. Ce recul relatif n’est pas anodin. Il rappelle que le retail media convertit mieux une demande existante qu’il ne construit une préférence de long terme. Un smartphone se vend aussi par le récit de marque, le design, le service, la communauté. Une page produit trop chargée n’y suffit pas.
Les startups et les DNVB le savent d’expérience. Beaucoup ont d’abord utilisé Amazon Ads ou les réseaux de marketplaces comme un levier d’acquisition quasi performance. Puis elles ont découvert le piège : une dépendance aux enchères, une marge qui fond, une visibilité qui s’évapore dès que le budget s’arrête. Le rapport WARC pousse précisément à sortir de cette logique binaire. Le retail media peut rester un moteur de conversion. Il doit aussi devenir un espace de récit, de preuve et de différenciation.
États-Unis En Tête, Europe Plus Sage, Amazon Partout
La géographie du marché n’est pas uniforme. Les États-Unis conservent une dynamique supérieure à celle de l’Europe. WARC Media prévoit une progression de 13,6 % des dépenses des réseaux américains en 2028, pour atteindre 74,9 milliards de dollars. Le continent reste le laboratoire grandeur nature : Walmart, Target, Instacart, Kroger, The Home Depot, Macy’s, et bien sûr Amazon.
La concentration, elle, est brutale. En 2025, Amazon représentait 78 % des dépenses de retail media aux États-Unis, contre 7,5 % pour Walmart. Les autres réseaux se partageaient 14,5 % du gâteau, selon Walrus Intelligence. En Europe, le schéma se répète. En France, en Allemagne, en Italie, en Espagne et au Royaume-Uni, plus des deux tiers des dépenses totales étaient captés par Amazon. Le duopole n’est même plus un duopole : c’est une hyperdominance, avec quelques challengers qui tentent de faire exister une alternative.
Cette domination pose une question stratégique aux annonceurs européens. Diversifier vers Carrefour, Casino Media, CitrusAd, Criteo Retail Media, les régies de Leclerc, d’Auchan ou des pure players locaux, ce n’est pas seulement une affaire de coverage. C’est une affaire de risque. Trop d’œufs dans le même panier Amazon, c’est accepter les règles d’enchères, les changements d’interface et les priorités d’un acteur qui n’a plus besoin de séduire pour remplir ses inventaires.
Amazon, d’ailleurs, ne se contente plus du retail media « classique ». Son activité publicitaire non liée au retail — notamment Prime Video et Twitch — devrait générer 6,7 milliards de dollars en 2027. Un montant supérieur aux dépenses publicitaires totales de Walmart en 2025. Si l’on isolait cette activité, elle constituerait la deuxième plus grande activité de commerce media au monde hors de Chine. Le message est clair : le retailer n’est plus seulement un rayon. C’est une plateforme média multi-écrans.
Des Réseaux Encore Trop Dépendants Des Gros Annonceurs
La maturité d’un marché se lit aussi dans sa long tail. Or celle-ci reste largement sous-exploitée. Au Royaume-Uni, 73,9 % des marques investissent auprès de trois RMN ou moins. Pire : aucun des huit principaux réseaux domestiques britanniques ne tire un tiers de ses revenus du long tail. La moitié des annonceurs qui investissent le moins demeure un vivier presque intact.
Pour un directeur média, cette statistique a deux lectures. Côté retailers, elle dit qu’il reste de la croissance à aller chercher hors des géants CPG. Côté petites marques, elle dit que les portes ne sont pas aussi ouvertes qu’on le raconte. Self-serve, minimums d’investissement, complexité de la mesure, absence de creative studio intégré : les frictions restent nombreuses. Le retail media a été vendu comme un accès démocratique au shopper. Dans la pratique, il récompense encore ceux qui ont déjà des équipes trade, data et performance.
C’est précisément là qu’une opportunité s’ouvre pour les agences, les adtech et les startups de la stack retail. Simplifier l’achat, packager la création, unifier le reporting onsite / offsite / in-store, proposer des inventaires CTV accessibles : voilà le vrai terrain de différenciation, plus que l’ajout d’une énième bannière au-dessus du bouton « ajouter au panier ».
La CTV Comme Passerelle Pour Les Petites Marques
WARC Media souligne un basculement d’écran. La vidéo à la demande devrait dépasser les investissements publicitaires mondiaux du retail media d’ici 2028. Dans le même temps, la télévision connectée représente déjà 23 % des dépenses de retail media. Le commerce media n’est plus confiné à la page produit. Il s’étire vers le salon, le mobile et le streaming.
L’acquisition de Vibe.co par Walmart illustre cette course à l’audience premium. Les RMN veulent vendre plus que des clics transactionnels. Ils veulent vendre de l’attention de qualité, mesurée ensuite dans leurs propres données de vente. Pour une PME qui n’avait jamais touché à la télévision nationale, le retail media devient une rampe. On commence par un sponsored product. On teste un spot CTV ciblé sur les foyers acheteurs de la catégorie. On referme la boucle avec une promo en magasin ou sur le site.
Historiquement, ces annonceurs ont privilégié les dispositifs orientés performance. Le retail media peut servir de passerelle vers des stratégies plus larges, qui combinent conversion et construction de marque. Encore faut-il que les formats ne reproduisent pas, sur la TV connectée, les défauts déjà visibles onsite : trop de messages, trop peu de pertinence, trop peu de récit.
L’Enshittification Arrive Dans Le Rayon Digital
Le mot est volontairement brutal. Popularisé par l’auteur techno Cory Doctorow, l’enshittification désigne la dégradation progressive d’une plateforme qui, après avoir séduit utilisateurs et partenaires, maximise sa monétisation au détriment de l’expérience. Appliqué au retail media, le diagnostic est presque trop évident.
Face à la pression sur les dépenses des consommateurs et au ralentissement de la croissance publicitaire, les réseaux peuvent être tentés de multiplier les emplacements. Amazon, The Home Depot, Macy’s et Walmart diffuseraient chacun en moyenne plus de 20 publicités par page, selon une étude citée par WARC Media. Vingt messages pour une seule intention d’achat, ce n’est plus de l’aide à la décision. C’est du bruit.
Le paradoxe est cruel. Plus on ajoute d’annonces pour augmenter le revenu média, plus on risque de dégrader la navigation, d’allonger le temps de décision et de faire chuter l’efficacité des campagnes. Le retailer gagne un CPM. Il peut perdre un panier. La marque paie plus cher pour une attention plus faible. Le shopper, lui, bascule vers le comparateur, le social commerce ou le magasin physique.
Les retailers doivent trouver un équilibre entre développement de leurs revenus publicitaires et préservation de l’expérience d’achat.
– Synthèse du rapport The Future of Commerce Media 2026, WARC Media
Pour limiter le phénomène, WARC recommande de privilégier une expérience fluide, de renforcer la pertinence et de limiter les formats hors-sujet. La standardisation de la mesure devient un enjeu de gouvernance autant que de tech. Sans langage commun entre réseaux, les annonceurs comparent des pommes et des poires, sur-investissent les inventaires les plus faciles à acheter, et sous-investissent ceux qui construisent vraiment de la préférence.
L’intelligence artificielle entre ici comme outil, pas comme slogan. Des modèles entraînés sur des jeux de données robustes et une compréhension fine des consommateurs peuvent aider à servir moins de pubs, mais de meilleures pubs. Moins de couverture brute. Plus de fit entre le moment, le produit et le message. C’est tout l’inverse de la logique « remplir la page ».
La Création Devient Le Vrai Levier De Performance
Dans un environnement saturé, le media buying ne sauve plus une campagne médiocre. Une étude Ipsos menée à partir d’expériences d’achat simulées sur Walmart et Amazon montre que la mémorisation publicitaire diminue de 47 % pour les publicités diffusées sur les plateformes de retailers, comparées à des environnements génériques offsite. Le shopper est en mode mission. Il scrolle, compare, filtre. Il n’est pas là pour regarder une marque raconter sa raison d’être pendant quinze secondes.
Pourtant, la qualité créative peut inverser la tendance. Chez les shoppers indécis, une création de haute qualité entraîne une hausse de 12 % du choix de marque à court terme. Chez les consommateurs qui ne recherchent pas activement un produit, l’avantage grimpe à 21 % face aux publicités de faible qualité. Autrement dit : plus l’intention est faible, plus le craft compte.
C’est une mauvaise nouvelle pour les catalogues de templates. Beaucoup de campagnes retail media ressemblent encore à une photo packshot, un prix barré et un logo. Ça convertit parfois. Ça n’imprime presque jamais. Or le marché mature exige les deux : le clic d’aujourd’hui et le souvenir de demain.
L’environnement physique reste, lui, largement sous-exploité. 62 % des acheteurs américains de produits alimentaires déclarent avoir acheté un produit directement après l’avoir vu sur un écran en magasin. Plus de la moitié du trafic food US réagit à un écran de rayon. Et pourtant, l’in-store demeure l’une des opportunités créatives les moins développées du retail media. Les DOOH de proximité, les écrans de tête de gondole, les bornes et les drive existent. Le storytelling, trop souvent, s’arrête au GIF du produit qui tourne.
Convertir Ne Suffit Plus : Le Plafond Du Brand Building
Le constat le plus stratégique du rapport est aussi le plus inconfortable. Le retail media est particulièrement performant pour convertir une demande déjà existante. Il l’est beaucoup moins pour construire des résultats de marque sur le long terme. Ce n’est pas une faille technique isolée. C’est un ensemble de frictions.
Côté annonceurs, les silos restent tenaces. Le trade marketing parle volume et référencement. La marque parle fame et codes. La performance parle CPA. Chacun achète son inventaire, avec ses KPI, sans partition commune. Résultat : des campagnes excellentes pour vider un stock, médiocres pour faire grandir une préférence. Côté formats, la compréhension des contraintes propres au commerce reste incomplète. On importe des mécaniques open web sur des pages où le pouce n’a que trois secondes de patience.
Le potentiel se trouve dans les zones de contact multiples. Partenariats avec des créateurs qui montrent le produit dans un usage réel. Campagnes qui lient l’écran du salon, la notification mobile et le linéaire. Opérations qui font du retailer un média de preuve : avis, démonstration, essai, live shopping. Le retail media cesse alors d’être un simple levier de conversion pour devenir une couche du système de marque.
Les analyses de JUPDLC sur l’écosystème publicitaire insistent depuis des mois sur cette bascule : la performance pure s’essouffle dès que le coût d’attention augmente. Le commerce media n’échappe pas à la règle. Il l’amplifie même, parce que le shopper compare instantanément le prix, la note et l’alternative.
Ce Que Cela Change Pour Une Marque, Une Startup, Une Agence
La phase de maturité impose une to-do list moins glamour que le « on lance un RMN » des années précédentes. Elle est pourtant plus rentable.
- Cartographier la dépendance à Amazon et fixer un plafond de concentration budgétaire.
- Distinguer clairement les euros de conversion et les euros de construction de marque, même à l’intérieur d’un même réseau.
- Exiger des inventaires moins nombreux mais plus contextuels, plutôt que d’acheter toute la page.
- Investir dans la création spécifique retail, pas dans le recadrage d’un film TV.
- Tester la CTV et l’in-store comme extensions du parcours, pas comme gadgets.
- Ouvrir le long tail : offres self-serve, kits créatifs, minimums plus bas pour les petites marques.
- Standardiser la mesure incrementalité, et pas seulement le last clic attribué au sponsored product.
Pour une startup e-commerce, le conseil n’est pas « quitte Amazon ». C’est « refuse d’être otage d’Amazon ». Construire une base clients hors marketplace, un contenu propriétaire, une communauté, un retail media de relais plutôt que de survie. Pour une grande marque CPG, le conseil est inverse : accepter que plus de la moitié du budget média puisse passer par le commerce, à condition de ne pas y abandonner le brand building.
Pour une agence, la valeur se déplace. Hier, il s’agissait d’obtenir des codes campagne et d’optimiser l’ACoS. Demain, il s’agira d’orchestrer onsite, offsite, CTV, magasin et créateurs, avec une lecture unique du shopper. Les équipes qui ne savent parler que ROAS seront concurrencées par celles qui savent aussi parler mémorisation, choix de marque et expérience de rayon.
Retailers : Le Revenu Pub Ne Doit Pas Manger Le Cœur De Métier
Du côté des enseignes, la tentation est immense. Un RMN bien huilé améliore la marge, valorise la data, fidélise les industriels. Mais le métier premier reste de faire acheter, pas d’afficher. Une page à vingt publicités peut plaire au directeur monétisation. Elle peut déplaire au directeur d’enseigne, dont le NPS et le taux de transformation paient la facture.
Les réseaux qui gagneront la prochaine séquence ne seront pas forcément ceux qui auront le plus d’emplacements. Ce seront ceux qui auront le meilleur équilibre entre densité publicitaire et fluidité du parcours. Ceux qui sauront dire non à un format hors contexte. Ceux qui proposeront aux marques un inventaire rare, donc désirable. La rareté redevient un argument média, y compris dans le commerce.
La consolidation annoncée par WARC va dans ce sens. Moins de réseaux marginaux. Plus d’alliances tech. Plus d’interopérabilité de la mesure. Plus de pression des annonceurs sur la qualité de l’expérience. Les RMN qui resteront de simples régies de bannières contextualisées auront du mal à justifier leurs tarifs quand la croissance passera sous les deux chiffres hors Amazon.
Mesure, IA Et Données : La Bataille Invisible De 2027
Sans standard, le retail media reste un archipel. Chaque réseau raconte sa victoire avec sa métrique maison. L’annonceur additionne des conversions qui se chevauchent. Le financeur de la marque, lui, demande l’incrémental. Tant que cet écart persiste, le canal sera suspecté de s’attribuer les ventes qu’il n’a fait qu’accompagner.
Les outils d’IA peuvent aider, à une condition : des données propres, des identités shopper bien gouvernées, et une lecture des moments de vie plutôt qu’un simple lookalike de last click. Recommander le bon produit au bon instant, réduire le nombre d’impressions inutiles, détecter la fatigue publicitaire sur une page, générer des variations créatives adaptées au rayon : voilà des usages concrets. L’IA décorative, celle qui écrit un slogan générique pour vingt catégories à la fois, n’apportera rien.
La privacy reste le cadre. Cookies tiers en recul, consentement plus strict, retail data valorisée précisément parce qu’elle est first-party. C’est l’un des atouts structurels du canal. C’est aussi une responsabilité. Plus les réseaux monétisent cette data, plus ils devront prouver qu’ils ne transforment pas le parcours d’achat en surveillance agressive.
Quatre Scénarios Pour Les Dix-Huit Prochains Mois
Premier scénario, le plus probable : une croissance molle hors Amazon, une concentration accrue, des réseaux locaux qui survivent en se spécialisant par catégorie ou par bassin de data. Deuxième scénario : une correction créative. Les annonceurs réduisent le volume d’impressions, paient plus cher des formats premium, et la mémorisation remonte. Troisième scénario : l’enshittification l’emporte. Les pages saturent, l’efficacité chute, une partie des budgets repart vers le social commerce et la CTV open web. Quatrième scénario : le retail media devient vraiment omnicanal, avec l’in-store et la vidéo comme piliers égaux de l’onsite.
Les équipes qui anticipent le deuxième et le quatrième scénario prendront de l’avance. Celles qui pilotent encore comme en 2022, uniquement à l’ACoS, découvriront trop tard que le marché a changé de logiciel. Après plusieurs années d’expansion rapide, la prochaine étape consistera moins à multiplier les inventaires qu’à améliorer leur pertinence, leur créativité et leur intégration dans les stratégies globales. C’est exactement le portrait que dresse WARC Media, et que l’écosystème français peut lire en détail via les synthèses de J’ai un pote dans la com.
Comment Recalibrer Son Mix Dès Maintenant
Recalibrer ne veut pas dire couper. Le canal dépasse 200 milliards pour une raison : il marche encore, surtout près du point de vente. La question est celle du dosage et du craft. Une marque alimentaire peut légitimement y consacrer plus de la moitié de ses investissements médias, à condition d’y injecter du récit, pas seulement du coupon. Une marque tech peut y rester minoritaire, tout en utilisant le retail comme preuve sociale et comme closing tool après une prise de parole brand.
Le bon réflexe opérationnel consiste à relire chaque campagne avec trois questions. Cette impression aide-t-elle le shopper ou le ralentit-elle ? Cette création serait-elle mémorable hors du prix barré ? Cette vente serait-elle arrivée sans nous ? Si la réponse est floue, le budget finance peut-être de la présence, pas de la croissance.
Les CMO qui réussiront 2027 ne seront pas ceux qui auront le plus gros plan Amazon Ads. Ce seront ceux qui auront transformé le commerce media en système : data, création, magasin, streaming, mesure unique. Le marché n’est pas mort. Il est simplement devenu adulte. Et les marchés adultes punissent le volume sans exigence.
Ce Qu’il Faut Retenir Avant De Réallouer Les Budgets
Le retail media mondial franchit les 200,4 milliards de dollars en 2026 et viserait 223,4 milliards en 2027. Il représentera alors 15,2 % de la pub mondiale. Hors Amazon, la croissance glisserait sous les 10 %. Les États-Unis restent plus dynamiques que l’Europe. Amazon capte 78 % des dépenses US en 2025. Les CPG endémiques y placent déjà plus de la moitié de leurs budgets. La CTV pèse 23 % des dépenses du canal. Vingt publicités par page chez plusieurs géants menacent l’expérience. La mémorisation chute de 47 % onsite selon Ipsos, mais une création forte peut faire gagner 12 à 21 points de choix. L’in-store convertit 62 % des shoppers food américains exposés à un écran. Convertir une demande chaude ne construit pas une marque à lui seul.
Derrière ces chiffres, une seule ligne de conduite. Traiter le retail media comme un média à part entière, avec ses codes, ses limites et son exigence créative. Cesser de le voir comme une rallonge du trade. Refuser la saturation comme modèle économique. Et préparer dès maintenant la séquence où la croissance ne se décrète plus : elle se mérite, impression après impression, rayon après rayon.
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