Imaginez une institution prestigieuse, héritière directe de la Sorbonne, qui décide de rafraîchir son image sans pour autant bouleverser ce qui fait déjà son identité. En 2025-2026, l’Université Sorbonne Nouvelle a relevé ce défi avec brio : moderniser profondément son identité visuelle tout en conservant intact son logo créé seulement cinq ans plus tôt. Une approche audacieuse qui prouve qu’une évolution réussie ne passe pas forcément par une rupture totale.

Dans un secteur où les établissements d’enseignement supérieur se livrent une concurrence acharnée pour capter l’attention des étudiants, des enseignants et des partenaires, soigner son image devient un levier stratégique majeur. Pour les professionnels du marketing, du branding et du design, cette actualité offre une étude de cas passionnante sur la manière dont on peut réinventer une marque sans tout recommencer à zéro.

Pourquoi conserver le logo ? Une décision stratégique réfléchie

Lorsque l’université a dévoilé son nouveau logotype en 2020, fruit d’un important travail collectif piloté par Roman Seban & Jan Tonellato, ce fut un tournant symbolique. Le passage de « Université Paris 3 » à « Université Sorbonne Nouvelle – Université des cultures » marquait une volonté claire : s’ancrer dans l’héritage tout en projetant une image résolument contemporaine et ouverte sur le monde.

Cinq ans plus tard, ce logo reste pertinent. Il est reconnu, il porte déjà une histoire, et surtout, il incarne parfaitement les valeurs de l’institution. Changer radicalement d’emblème aurait pu créer de la confusion chez les publics internes et externes. L’équipe dirigeante a donc opté pour une stratégie plus subtile mais tout aussi puissante : garder le socle identitaire fort et l’enrichir d’un système visuel global beaucoup plus abouti.

« Plutôt que de repartir de zéro, nous avons choisi de capitaliser sur ce qui fonctionne déjà et de le faire vivre de manière plus cohérente et impactante sur l’ensemble de nos points de contact. »

– Sandy Rossi, directrice de la communication de l’Université Sorbonne Nouvelle

Cette citation illustre parfaitement la maturité stratégique de la démarche. Dans un monde où les refontes totales sont souvent synonymes de budgets conséquents et de risques d’image, conserver un élément central tout en modernisant le reste représente un excellent rapport qualité-prix en termes de communication.

Hypersthène : l’agence qui a su comprendre l’ADN de l’université

Pour mener à bien ce projet ambitieux, l’université a choisi de collaborer avec Hypersthène, une agence spécialisée dans l’image de marque, particulièrement reconnue pour son expertise dans le secteur de l’éducation et de la culture. Ce choix n’est pas anodin.

Hypersthène a construit sa réputation sur sa capacité à créer des identités qui ne se contentent pas d’être jolies, mais qui portent du sens profond et qui s’adaptent aux réalités du terrain. Ici, l’agence n’a pas imposé une vision extérieure : elle a travaillé main dans la main avec les équipes internes, la direction de la communication et plusieurs services de l’université.

Des ateliers de co-conception ont été organisés pour recueillir les ressentis, identifier les points de douleur dans l’ancien système visuel, clarifier les messages prioritaires et définir les axes de différenciation les plus pertinents face aux autres universités parisiennes et nationales.

Les trapèzes : de l’architecture au cœur du nouveau système graphique

L’un des éléments les plus marquants du logo de 2020 était déjà ses formes trapézoïdales, directement inspirées de l’architecture audacieuse du bâtiment principal de l’université, situé place de Nation et conçu par l’architecte Christian de Portzamparc.

Plutôt que de les reléguer au rang de simple motif décoratif, Hypersthène a décidé d’en faire le pilier du nouveau système identitaire. Ces trapèzes deviennent un langage graphique à part entière :

  • ils s’assemblent, se superposent, se croisent
  • ils servent de fenêtres pour intégrer des photographies
  • ils accueillent des fonds colorés
  • ils créent du rythme et de la dynamique dans les compositions
  • ils symbolisent l’ouverture et la pluralité

Ce choix malin permet de conserver une très forte continuité visuelle avec l’ancien logo tout en offrant une liberté créative considérable pour les déclinaisons. Un bel exemple de design systémique intelligent.

« Université des cultures » : une signature qui gagne en puissance

Si le logo reste inchangé, la signature « Université des cultures » prend, elle, une place beaucoup plus centrale. Elle n’est plus un simple slogan : elle devient le fil rouge narratif de toute la communication.

Cette expression à la fois simple et puissante résume plusieurs réalités :

  • la diversité des disciplines enseignées (langues, littératures, médias, sciences humaines et sociales)
  • l’ouverture aux cultures du monde entier
  • l’inclusion des approches professionnelles, artistiques, numériques
  • la volonté d’être une université résolument contemporaine et inclusive

Les fenêtres trapézoïdales du bâtiment deviennent alors une métaphore visuelle parfaite : des ouvertures sur « les » cultures, au pluriel, multiples, variées, interconnectées.

Typographie : le dialogue entre héritage et modernité

Le choix typographique illustre également cette volonté d’équilibre. On conserve la Source Serif Pro pour les titres : une serif élégante, contemporaine mais qui évoque le sérieux académique. Pour les textes courants et les usages plus quotidiens, on introduit la Gilroy, une sans-serif géométrique, très lisible, moderne et dynamique.

Ce duo fonctionne à merveille : il crée un contraste contrôlé qui symbolise la rencontre entre tradition universitaire et modernité des usages numériques. Un choix à la fois esthétique et stratégique.

Un ton de voix clair, élégant et accessible

Au-delà des éléments graphiques, l’identité se construit aussi par les mots. L’université adopte un ton de voix qui se veut :

  • élégant sans être élitiste
  • clair et structuré
  • accessible pour parler à tous les publics
  • proche et humain

Ce ton traverse désormais l’ensemble des supports : site web, réseaux sociaux, plaquettes, signalétique, newsletters, etc. Il permet de créer une relation de confiance et de proximité avec les 15 000 étudiants et l’ensemble des communautés.

Les leçons à retenir pour les marketeurs et les brand designers

Cette refonte partielle offre plusieurs enseignements précieux pour quiconque travaille sur des identités de marque, surtout dans des secteurs institutionnels ou à forte composante patrimoniale :

  • Ne pas tout changer pour le plaisir de changer : évaluez d’abord ce qui fonctionne déjà
  • Capitalisez sur les éléments iconiques (ici les trapèzes) pour créer de la continuité
  • Impliquez massivement les parties prenantes internes : la co-construction renforce l’adhésion
  • Transformez les contraintes architecturales ou historiques en forces graphiques
  • Donnez plus de poids à une signature quand elle porte vraiment les valeurs
  • Créez un vrai système visuel flexible plutôt qu’un simple habillage
  • Équilibrez héritage et modernité dans les choix typographiques et chromatiques
  • Alignez le ton de voix avec l’ensemble du dispositif visuel

Ces principes sont transposables à de très nombreuses marques, qu’il s’agisse d’écoles, d’entreprises centenaires, d’associations ou même de startups qui veulent scaler sans perdre leur âme.

Impact attendu sur le rayonnement de l’université

Avec ce nouveau système, l’Université Sorbonne Nouvelle devrait gagner en visibilité et en attractivité. Une identité plus cohérente, plus lisible et plus contemporaine facilite :

  • le recrutement d’étudiants français et internationaux
  • les partenariats avec des entreprises et institutions culturelles
  • la valorisation des travaux de recherche
  • l’engagement des alumni
  • la fierté d’appartenance des personnels et enseignants

Dans un écosystème où les classements internationaux, les classements thématiques et les classements par attractivité se multiplient, disposer d’une image forte et cohérente devient un avantage compétitif réel.

Vers une identité vivante et évolutive

Ce qui frappe dans cette refonte, c’est sa capacité à créer un cadre suffisamment souple pour évoluer dans le temps. Le système modulaire à base de trapèzes permet d’intégrer de nouvelles couleurs, de nouvelles typographies secondaires, de nouveaux motifs si besoin, sans jamais perdre la cohérence globale.

C’est exactement ce que recherchent aujourd’hui les marques durables : un cadre identitaire solide mais pas rigide, capable de s’adapter aux évolutions sociétales, technologiques et culturelles sans devoir repartir de zéro tous les cinq ans.

En choisissant cette voie médiane entre conservation et innovation, l’Université Sorbonne Nouvelle pose un geste mature et visionnaire. Une belle source d’inspiration pour tous ceux qui, dans le marketing et le design, accompagnent des organisations complexes vers une communication plus puissante et plus authentique.

Et vous, que pensez-vous de cette approche ? Avez-vous déjà accompagné une refonte qui conservait volontairement un logo existant ? Partagez vos retours d’expérience en commentaire !

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