Presque une créatrice sur deux. Voilà le chiffre qui, pris isolément, pourrait laisser croire que la creator economy française a réglé la question de la représentation. Or le tableau se fissure dès que l’on change de focale. Dès que l’on regarde les thématiques qui structurent l’information, la vulgarisation et le débat public. Dès que l’on monte dans les paliers d’audience. Dès que l’on ouvre une grille tarifaire. Une analyse menée par Kolsquare sur 95 765 profils français d’au moins 5 000 abonnés, relayée notamment par J’ai un pote dans la com, montre une cartographie beaucoup moins lisse : 21,6 % de femmes dans la tech, 28,3 % en politique, 34,9 % dans les sciences. Et plus la communauté grandit, plus cette part recule. Pour les équipes marketing, les startups, les médias et les plateformes, ce n’est pas un simple indicateur de diversité. C’est un signal business, un risque de brief biaisé et un enjeu de crédibilité sur les sujets qui pèsent vraiment.
Ce Que Dit Vraiment Le Corpus De 95 765 Profils
Le premier réflexe, face à une étude d’influence, consiste à coller un pourcentage sur une slide et à passer à autre chose. Ici, le volume du corpus impose une lecture plus prudente et plus opérationnelle. Près de 96 000 comptes basés en France, au-dessus du seuil des 5 000 abonnés, observés sur une fenêtre récente : ce n’est pas un sondage d’opinion, c’est une photographie de marché. Elle ne dit pas que « les femmes créent moins ». Elle dit que, dans ce périmètre, leur présence se polarise selon les verticales et s’érode selon la taille d’audience.
Cette distinction compte pour un annonceur. Un marché où les créatrices pèsent près de la moitié des profils n’est pas un marché où elles pèsent la moitié de la visibilité, de la monétisation ou de l’autorité perçue. Les plateformes récompensent la récurrence, le format, le réseau et la capacité à tenir dans la durée. Les marques, elles, achètent souvent de la preuve sociale déjà validée : tops vues, tops engagements, tops communautés. Si ces sommets sont plus masculins, les briefs suivent. Le biais se reproduit sans qu’il soit forcément conscient.
Il faut aussi rappeler ce que le corpus ne publie pas toujours avec la même granularité : le nombre exact de profils par thématique, le détail du tagging de genre, le traitement des comptes collectifs hors YouTube. Ces limites n’annulent pas les écarts. Elles obligent à les lire comme des ordres de grandeur robustes, pas comme des vérités comptables au dixième près. Pour une direction marketing, c’est suffisant pour agir. On n’attend pas une précision chirurgicale pour constater qu’une verticale stratégique est structurellement sous-équipée en voix féminines.
Tech, Sciences, Politique : Les Verticales Qui Comptent Pour L’Opinion
La tech n’est plus un hobby de geeks. Elle oriente les budgets cloud, les roadmaps produit, les discours sur l’intelligence artificielle, la cybersécurité, la data et l’emploi. Quand seulement 21,6 % des créateurs de contenu de cette verticale sont des femmes, le public n’entend pas la même diversité d’usages, d’objections et de récits. Les démonstrations restent trop souvent centrées sur la performance brute, le stack, le ranking, le hack. Les questions d’inclusion produit, de design éthique, de pédagogie ou de risque social passent au second plan, non parce qu’elles n’existent pas, mais parce que moins de voix les portent à grande échelle.
La politique, à 28,3 % de créatrices, pose un autre problème. Les réseaux sociaux sont devenus une salle de rédaction parallèle. Les formats courts expliquent un amendement, un sondage, une crise, un clash. Si les visages qui incarnent cette médiation restent majoritairement masculins, le débat public en ligne se fabrique avec un angle mort. Ce n’est pas une affaire de quota esthétique. C’est une affaire d’agenda : quels sujets montent, quels mots deviennent viraux, quelles émotions structurent le fil.
Les sciences, à 34,9 %, semblent moins déséquilibrées. Elles restent toutefois loin de la parité, alors même que la demande de vulgarisation explose : climat, santé, alimentation, espace, biologie, maths appliquées à l’IA. Les créatrices scientifiques existent. Elles performent. Mais elles sont moins nombreuses dans le stock visible que l’on retrouve dans les bases d’influence. Résultat : les campagnes de pédagogie scientifique recrutent trop souvent les mêmes profils, déjà saturés, déjà chers, déjà sollicités.
En face, la surreprésentation dans la beauté (88,4 %), le bien-être et la santé (75,9 %) et la mode (72,7 %) n’est pas une surprise. Elle confirme une segmentation historique du marché de l’attention. Ces univers ont construit des économies créatrices puissantes, parfois mieux monétisées en volume de deals, parfois plus exposées au stéréotype. Le vrai sujet n’est pas de dévaloriser ces verticales. Il est de comprendre pourquoi les portes des verticales « autorité » restent plus étroites.
Les réseaux sociaux sont le reflet de notre société : ils reproduisent aussi ses inégalités. L’enjeu est de mieux comprendre où elles se situent, pour que les créatrices puissent prendre toute leur place, quels que soient les sujets qu’elles portent ou la taille de leur communauté.
– Quentin Bordage, CEO et fondateur de Kolsquare
Le Plafond De Verre Se Mesure En Abonnés
La donnée la plus parlante pour un media planner n’est pas seulement thématique. Elle est scalaire. Sur Instagram, les femmes représentent 57,3 % des créateurs entre 5 000 et 20 000 abonnés. Au-delà du million, elles tombent à 35,4 %. Sur TikTok, le mouvement est encore plus brutal : de 70,8 % à 41 % entre les mêmes bornes. Autrement dit, l’entrée de gamme est plutôt féminine. Le haut de pyramide ne l’est plus.
Cette érosion a des causes multiples, rarement isolables. La capacité à investir du temps plein. L’accès au matériel, au studio, à une équipe. La négociation avec les plateformes et les régies. La tolérance au clash. Le filet familial. Le harcèlement. Les formats qui scalent le mieux selon les algorithmes du moment. Aucune de ces variables n’explique à elle seule le décrochage. Ensemble, elles dessinent un entonnoir.
Pour une marque, l’entonnoir a une conséquence concrète. Si votre brief exige « plus d’un million d’abonnés » et « expert tech », vous réduisez mécaniquement le vivier féminin. Vous achetez de la rareté, donc du prix, et vous reproduisez le déséquilibre que vous prétendez parfois corriger dans votre rapport RSE. Le levier n’est pas uniquement éthique. Il est aussi d’efficacité : les communautés intermédiaires, plus féminines sur plusieurs plateformes, offrent souvent un meilleur rapport authenticité / coût / conversion, à condition d’accepter de travailler le mid-tier plutôt que le trophy creator.
YouTube, Le Classement Qui Rend Le Déséquilibre Visible
YouTube reste la plateforme de l’autorité longue. Parmi les 100 créateurs français générant le plus de vues, on trouve 18 femmes contre 43 hommes, plus 36 chaînes de marques, collectifs ou profils dont le genre n’est pas identifiable, et 3 profils classés « autre ». Le sommet n’est donc pas seulement masculin : il est aussi institutionnel. Les marques et les collectifs occupent une part massive du haut de l’attention.
Cette structure change la lecture concurrentielle. Un créateur solo féminin ne se bat pas seulement contre d’autres indépendants. Elle se bat contre des machines à contenu : rédactions, labels, studios, chaînes corporate. L’investissement en SEO vidéo, en miniatures, en séries, en community management pèse lourd. Quand le capital initial et le réseau technique sont inégalement distribués, le classement des vues cristallise l’avantage.
Certaines analyses complémentaires, reprises dans l’écosystème, indiquent que les femmes généreraient une part de vues inférieure à leur part parmi les créateurs. Même en restant prudent sur les méthodes, le message opérationnel est clair : présence dans le stock ne signifie pas présence dans le flux. Le marketing d’influence YouTube qui se contente d’un listing de chaînes « générales » rate la mécanique de l’autorité. Il faut regarder qui explique, qui démontre, qui fidélise une audience de long cours.
L’Écart De Tarifs, Le Chiffre Qui Fait Mal Aux Budgets
À audience comparable, entre 20 000 et 100 000 abonnés, les créatrices se voient proposer des tarifs inférieurs : jusqu’à 39 % sur YouTube, 40 % sur Instagram et 61 % sur TikTok. Ce n’est plus une discussion de représentation. C’est une discussion de marché. Un écart de 61 % sur la plateforme du format court n’est pas un détail de négociation. C’est une distorsion de valeur.
Plusieurs lectures coexistent. La première, cynique, dirait que les annonceurs « achètent moins cher » certaines créatrices et que le marché s’ajuste. La deuxième, plus réaliste, rappelle que le tarif proposé n’est pas le tarif juste. Il reflète des habitudes d’achat, des référentiels internes, des grilles héritées, parfois une sous-estimation de l’engagement qualitatif. La troisième lecture, stratégique, insiste sur le coût caché : une créatrice sous-payée investit moins dans la production, tient moins longtemps, accepte moins de sujets risqués, et finit par quitter les verticales exigeantes.
Les directions achats et les agences ont ici un levier immédiat. Harmoniser les grilles par palier d’audience, par format et par droit d’usage, sans décote automatique liée au genre. Exiger que le media mix influence soit audité comme on audite un plan TV : CPM, CPV, taux de complétion, lift, mais aussi composition du roster. Un écart de 40 % n’est tenable que si personne ne le mesure. Dès qu’il apparaît dans un reporting, il devient un sujet de gouvernance.
- Auditer les tarifs proposés à audience et format comparables.
- Séparer le prix du droit d’usage, du brief créatif et du nombre de retouches.
- Éviter les briefs « million d’abonnés » quand l’objectif est la pédagogie.
- Suivre la part de voix féminine par verticale, pas seulement au global.
Le Cybersexisme Comme Coût De Production Invisible
Le Haut Conseil à l’Égalité, dans son rapport annuel 2026, identifie le cybersexisme comme la première forme de haine en ligne. Selon ce rapport, 84 % des victimes sont des femmes. Dans la creator economy, ce n’est pas un appendice sociétal. C’est une variable de survie professionnelle. Une créatrice exposée sur la tech, la politique ou les sciences ne gère pas seulement un calendrier éditorial. Elle gère une file de commentaires, des campagnes de dénigrement, parfois des menaces.
Ce coût n’apparaît dans aucun media kit. Il se paie en temps de modération, en frais juridique, en santé mentale, en renoncement à certains sujets. Beaucoup de talents quittent la conversation publique non par manque d’audience, mais par saturation du risque. Quand Loopin et les porteuses du programme BetHer résument la situation par une phrase courte, elles touchent exactement ce point : être là ne suffit pas. Rester est le vrai défi.
Les femmes sont là, le plus dur est de les aider à rester.
– Nawal Stouli et Marie Camier Théron
Les marques qui collaborent avec des créatrices sur des sujets clivants ne peuvent plus se contenter d’un contrat de cession de droits. La protection fait partie du brief : protocole en cas de raid, relais community, clause de soutien public, budget de modération. C’est inconfortable à inscrire dans un bon de commande. C’est pourtant devenu un critère de partenariat responsable, au même titre que l’usage de l’image.
BetHer, Ou Comment Traiter La Rétention Comme Un Produit
Dans ce contexte, Loopin lance la quatrième promotion de BetHer, programme d’accélération dédié aux créatrices qui transmettent des savoirs. Depuis 2023, 30 créatrices ont été accompagnées, avec 47 % d’abonné·es supplémentaires en moyenne un an après le programme. Du 21 au 25 septembre 2026, 15 nouvelles participantes se retrouvent à LaScam, à Paris, pour des ateliers plateformes, production, négociation et prise de parole. La promotion est parrainée par Estherium, créatrice spécialisée dans la vulgarisation de la tech et de l’IA, et soutenue par Orange et ENGIE.
On peut lire BetHer comme une initiative RSE. On peut aussi le lire comme un prototype de talent development. Les entreprises tech savent former des développeurs. Les médias savent former des journalistes. L’économie des créateurs, elle, a longtemps fait semblant de croire que le talent émerge seul, armé d’un ring light. Les chiffres de rétention et de croissance post-programme suggèrent autre chose : le goulot d’étranglement n’est pas uniquement l’inspiration. C’est l’outillage. Négocier. Produire. Tenir un discours expert sans se faire recadrer. Comprendre les algorithmes sans s’y soumettre.
Pour une startup ou une grande marque, s’associer à ce type de dispositif n’a d’intérêt que si l’on accepte le temps long. Parrainer une promotion puis revenir aux mêmes cinq influenceurs « safe » l’année suivante ne change rien à la structure du marché. En revanche, intégrer les alumni dans des campagnes d’explication produit, des séries YouTube, des lives LinkedIn ou des dispositifs d’employee advocacy crée un pipeline. C’est de la RH de l’attention.
Ce Que Les Marques Achetent Quand Elles Ignorent Ces Écarts
Un plan d’influence n’est jamais neutre. Il distribue de la légitimité. Quand une fintech n’invite que des créateurs masculins pour parler investissement, elle enseigne implicitement qui a le droit d’expliquer l’argent. Quand une scale-up IA ne travaille qu’avec des démos virales masculines, elle réduit l’IA à un spectacle de puissance. Quand un parti, une institution ou une ONG recycle les mêmes visages politiques en ligne, elle appauvrit la conversation qu’elle prétend ouvrir.
À l’inverse, élargir le roster n’est pas une opération cosmétique si le brief reste inchangé. Demander à une créatrice tech de « humaniser » un produit pendant que l’expertise brute est réservée à un homme, c’est déplacer le stéréotype, pas le corriger. La question utile est : qui a le droit de faire la démonstration, le benchmark, le décryptage réglementaire, le tutoriel avancé ? Si la réponse est toujours la même, votre diversité est un habillage de miniature.
Les équipes performance objecteront la data. À raison. L’algorithme n’a pas d’états d’âme. Mais la data que l’on utilise est souvent courte : vues à 7 jours, CPM, taux de clic. Elle ignore la construction d’autorité à 12 mois, le taux de mémorisation sur des sujets complexes, la capacité à désamorcer une crise. Or les verticales où les femmes sont minoritaires sont précisément celles où l’autorité longue vaut plus cher qu’un pic d’impressions.
Instagram, TikTok, YouTube : Trois Marchés, Trois Mécaniques
Instagram reste le terrain du social proof visuel et des partenariats brandés. Le recul des femmes au-delà du million d’abonnés y est d’autant plus problématique que beaucoup de directions marketing continuent d’y chercher leurs têtes d’affiche. Le mid-tier féminin, pourtant majoritaire dans les petites communautés du corpus, est sous-exploité dès que le brief devient « awareness massive ».
TikTok concentre l’écart tarifaire le plus violent. C’est aussi la plateforme où les formats d’explication courte peuvent faire basculer une opinion en quelques secondes. Un marché qui propose 61 % de moins aux créatrices dans la tranche 20 000–100 000 abonnés envoie un signal : la pédagogie féminine y serait moins « premium ». Les annonceurs qui achètent du volume à bas prix sur cette faille financent involontairement le décrochage.
YouTube, lui, capitalise l’avantage historique des studios et des chaînes collectives. Les 18 femmes du top 100 vues ne sont pas une anecdote. Elles rappellent que la plateforme de la recherche et de la fidélisation reste un oligopole d’attention. Pour les marques de tech et d’éducation, c’est le lieu où un partenariat mal pensé coûte cher en légitimité. Mieux vaut coproduire une série avec une vulgarisatrice en croissance que louer trois mentions dans une vidéo déjà saturée de pubs.
Pourquoi Les Startups Tech Sont Particulièrement Concernées
Les startups vivent de récits. Levée de fonds, recrutement, acquisition, relation presse : tout passe par la capacité à rendre un produit intelligible. Si l’écosystème créateur tech est à 21,6 % féminin, le storytelling produit se fabrique dans une chambre d’écho. Les early adopters ressemblent aux fondateurs. Les objections des utilisatrices arrivent trop tard, souvent après le product-market fit déclaré.
Il y a aussi un enjeu RH. Les candidates regardent qui parle de votre stack, de votre culture, de votre actualité IA. Un flux exclusivement masculin n’est pas seulement daté. Il est inefficace dans un marché de l’emploi tendu. Collaborer avec des créatrices qui expliquent vraiment le produit — pas seulement qui le « lifestyle » — devient un canal d’attractivité. Encore faut-il les payer au tarif du niveau d’expertise demandé.
Enfin, la régulation et la confiance. Banques, santé, énergie, mobilité, IA générative : les secteurs sous surveillance ont besoin de voix crédibles, pas seulement de reach. Une créatrice scientifique ou tech qui tient un propos prudent vaut parfois plus qu’un démultiplicateur de vues approximatif. Le corpus Kolsquare, tel que résumé par J’ai un pote dans la com, montre que ces voix existent en minorité. Le travail consiste à les trouver avant qu’elles atteignent le million, pas après.
Comment Recruter Sans Reproduire Le Biais Du Top 100
La méthode la plus fréquente reste le scraping des classements. Elle est aussi la plus paresseuse. Un roster construit sur le top vues reproduira le 18/43 observé sur YouTube. Une méthode plus utile consiste à partir du sujet, pas de la célébrité.
- Cartographier les créatrices qui publient déjà sur votre problématique, même sous 50 000 abonnés.
- Mesurer la clarté pédagogique, pas seulement l’engagement brut.
- Tester des formats longs et courts avec le même talent pour voir où l’autorité se construit.
- Prévoir un accompagnement de production plutôt qu’un brief jetable.
- Publier en interne la répartition genrée de vos campagnes par trimestre.
Cette dernière habitude dérange. Elle a le mérite de rendre visible ce que les dashboards d’influence noient dans une moyenne. Une année « paritaire » au global peut cacher une année 90 % masculine sur la tech et 90 % féminine sur la beauté. Pour un groupe multi-marques, c’est exactement le schéma que l’étude met en lumière à l’échelle du marché.
Négociation : Sortir De La Décote Automatique
L’écart de tarifs n’est pas une fatalité algorithmique. C’est une convention d’achat. Les agences peuvent la casser en standardisant les grilles. Les créatrices peuvent la casser en documentant leur performance au-delà de l’audience : taux de rétention, questions en commentaire, conversions, citations presse, impact RH. Les annonceurs peuvent la casser en cessant de traiter le mid-tier féminin comme une variable d’ajustement budgétaire.
La négociation devrait porter sur le livrable. Combien de versions ? Quels droits multi-pays ? Quelle durée d’exploitation paid media ? Quel accès aux analytics ? Trop de discussions restent bloquées sur le nombre d’abonnés, métrique confortable et de moins en moins prédictive. Sur TikTok surtout, l’écart de 61 % révèle un marché où l’on paie encore le genre plus que le format.
Un bon contrat protège aussi la suite. Clause de soutien en cas de harcèlement lié à la campagne. Processus de validation qui n’étouffe pas la voix. Calendrier réaliste. Ces éléments coûtent moins cher qu’un bad buzz ou qu’une ambassadrice qui jette l’éponge au milieu d’un dispositif annuel.
Ce Que Les Plateformes Pourraient Changer Sans Attendre 2030
Les plateformes aiment les programmes d’inclusion. Elles aiment moins publier la composition genrée de leurs catalogues monétisés par verticale. Or le levier est là. Mettre en avant la pédagogie scientifique et politique au même titre que le divertissement. Mieux outiller la modération des raids sexistes. Ouvrir des fonds de production aux formats longs portés par des créatrices tech. Former à la négociation, pas seulement au montage.
YouTube, Instagram et TikTok n’ont pas le même historique, ni la même unité économique. Ils ont en commun de transformer des inégalités sociales en inégalités d’attention. Le rappel de Quentin Bordage n’est pas une formule de conférence. C’est une description de système. Tant que les recommandations optimiseront surtout ce qui performe déjà en haut de pyramide, le plafond de verre restera un produit dérivé de l’algorithme autant qu’un héritage culturel.
Lire L’Étude Comme Un Outil De Pilotage, Pas Comme Un Slogan
Les pourcentages de J’ai un pote dans la com et de Kolsquare deviendront vite des éléments de langage. Le risque est de les brandir sans changer une ligne de brief. Un outil de pilotage, au contraire, se traduit en indicateurs : part de créatrices dans les campagnes tech, écart médian de tarif à audience égale, taux de reconduction à 12 mois, budget de protection, nombre de coproductions plutôt que de mentions.
Les entreprises qui avancent sur ce sujet ne le font pas par magie morale. Elles le font parce que leurs clients, leurs talents et leurs régulateurs regardent qui a le droit d’expliquer le monde. La creator economy n’est plus un à-côté du media mix. C’est l’un des lieux où se fabrique la confiance. Laisser 21,6 % des voix tech à une moitié de la population, puis s’étonner que le débat public soit biaisé, relève de la naïveté stratégique.
Une Feuille De Route Concrète Pour Les Six Prochains Mois
Inutile d’attendre une cinquième promotion pour bouger un plan 2026-2027. Les actions les plus rentables sont prosaïques. Elles tiennent dans un trimestre si quelqu’un en prend la responsabilité, côté marque ou côté agence.
- Refaire le media mix influence par verticale et publier l’écart interne.
- Recaler les grilles tarifaires mid-tier sans décote de genre.
- Réserver une enveloppe de coproduction aux créatrices tech, sciences et société.
- Intégrer un protocole anti-harcèlement dans les contrats sensibles.
- Suivre la croissance à 12 mois des talents accompagnés, pas seulement le pic de campagne.
BetHer montre qu’un accompagnement ciblé peut faire progresser une communauté de 47 % en un an. Ce n’est pas une loi universelle. C’est une preuve que la rétention se travaille. Les femmes sont déjà dans le marché. Elles sont même majoritaires à l’entrée de certaines plateformes. Le trou d’air commence quand l’audience, l’argent et le risque politique montent ensemble. C’est précisément là que les budgets marketing ont le plus de pouvoir : ils décident qui peut tenir la distance.
Ce Qu’Il Faut Retenir Avant De Relancer Un Brief
La creator economy française n’est pas vide de créatrices. Elle est mal répartie. Trop présentes là où le marché les attend. Trop rares là où se jouent l’expertise, l’opinion et la valeur perçue. Trop exposées au recul d’audience dès que l’on gravit la pyramide. Trop souvent sous-proposées en tarif, surtout sur TikTok. Trop ciblées par le cybersexisme pour que l’on puisse encore parler de simple « visibilité ».
Les 95 765 profils de Kolsquare, le top YouTube, les écarts Instagram et TikTok, le programme BetHer porté par Loopin avec Orange, ENGIE et le parrainage d’Estherium : tout cela dessine la même conclusion, utile aux marketeurs autant qu’aux fondateurs. La parité d’entrée ne garantit pas la parité d’influence. Et sans parité d’influence sur la tech, les sciences et la politique, les marques continuent de parler à la société avec un micro mal réglé. Le prochain brief peut corriger une partie du signal. Encore faut-il cesser de confondre la moyenne nationale des créateurs avec la réalité des sommets où se paie vraiment l’attention.
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