Comment raconter un crime dont la victime n’a souvent aucun souvenir ? La question n’est pas théorique. Elle s’impose aujourd’hui aux équipes marketing, aux directions de communication et aux agences qui travaillent sur des sujets de santé publique. L’association #MendorsPas et Havas Paris viennent de lancer une campagne nationale destinée à sortir la soumission chimique de l’ombre. Diffusée du 28 septembre au 18 octobre à la télévision, dans la presse, en affichage et sur les canaux digitaux, l’opération s’adresse autant au grand public qu’aux professionnels qui doivent encore apprendre à nommer, détecter et relayer ce type de violence.
Pour une audience habituée aux briefs de croissance, aux dashboards d’acquisition et aux pitchs de startups, cette campagne vaut le détour. Elle montre comment une idée créative peut transformer une absence de récit en dispositif médiatique. Elle montre aussi que le purpose n’est pas un slogan de fin de slide : c’est un travail de précision, de partenaires, de formats et de temporalité. Le média J’ai un pote dans la com a relayé le lancement ; ici, on déplie la mécanique, les choix de production et les leçons utiles pour la communication digitale comme pour les marques engagées.
Un sujet que le marketing a trop longtemps contourné
La soumission chimique désigne l’administration de substances à l’insu d’une personne afin de la rendre vulnérable. Elle peut annuler la capacité à réagir, à comprendre ce qui se passe ou à mémoriser les faits. Cette caractéristique change tout pour un plan de communication. On ne peut pas s’appuyer sur le témoignage classique, ni sur une reconstruction linéaire des événements. Le récit habituel de la prise de parole se brise. Reste le doute, le flou, le silence.
Les données citées par la campagne sont brutales. Selon l’enquête nationale mise en avant, 75 % des agressions sexuelles commises sous soumission chimique se déroulent dans le cercle proche. Près de 1 200 cas suspects sont recensés chaque année en France, un volume présenté comme sous-estimé. Pour un communicant, ces chiffres ne sont pas seulement un argument d’autorité. Ils justifient un ton public, une couverture nationale et un appel à l’identification plutôt qu’à la seule émotion.
Après 6 ans de combat sans relâche pour lever le voile sur la soumission chimique, nous franchissons une étape cruciale avec le lancement de cette campagne de sensibilisation. Elle permettra d’apporter aux victimes la visibilité et le soutien dont elles ont besoin.
– Caroline Darian, présidente de #MendorsPas
Caroline Darian insiste sur un point que les équipes brand content connaissent bien : sans visibilité, pas de reconnaissance sociale du problème. Sans reconnaissance, pas de recours. La campagne devient alors un outil de santé publique autant qu’un objet créatif. L’enjeu déclaré est de porter à la connaissance de tous l’empreinte et l’ampleur du phénomène.
Pourquoi cette alliance agence-association change la donne
#MendorsPas travaille avec Havas Paris depuis plus de quatre ans. Ce n’est pas un one-shot opportuniste calé sur l’actualité judiciaire. C’est une relation longue, avec une montée en compétence partagée sur un sujet délicat. Les marques qui veulent « faire de l’engagement » devraient observer cette durée. Un brief sensible se construit rarement en trois semaines. Il demande une culture commune, une validation médicale, un réseau de relais et une discipline de ton.
Le dispositif est soutenu par Aurore Bergé, Sandrine Josso, Leïla Chaouachi, la Fondation des Femmes et l’AP-HP. Cette architecture de partenaires n’est pas décorative. Elle donne de la légitimité institutionnelle, de la compétence clinique et une capacité de prise en charge. En communication de cause, le call-to-action ne peut pas se limiter à un hashtag. Il doit ouvrir une porte réelle. Ici, cette porte s’appelle le CRAFS.
Dr Leïla Chaouachi, pharmacienne, fondatrice et responsable du CRAFS, rappelle que les victimes ne sont plus seules. En cas de doute, une équipe de femmes pharmacologues, psychologues et infirmières formées aux violences sexistes et sexuelles et au psychotraumatisme propose un conseil personnalisé, respectueux du rythme de chacune. Pour un marketeur, c’est la définition d’une landing experience utile : pas un formulaire froid, une prise en charge humaine.
Mettre en scène l’absence de souvenirs
Havas Paris a choisi de travailler autour du silence. Le parti pris est contre-intuitif dans un marché saturé de messages explicites, de hooks de trois secondes et de punchlines. Ici, la création accepte le vide. Elle le rend visible. Réalisé par Rebecca Zlotowski, le film interroge plusieurs personnes : « Est-ce que tu peux me raconter ce qu’il s’est passé ? » Les réponses s’effacent. Les hésitations s’installent. Arrive la phrase : « Je ne peux pas ».
Le film se referme sur un message limpide : « Il y a des crimes que l’on ne peut pas raconter, parce qu’on ne s’en souvient pas ». Gisèle Pelicot, ambassadrice de la campagne, invite ensuite celles et ceux qui ont un doute à se rapprocher du CRAFS. La célébrité n’est pas utilisée comme un simple amplificateur d’audience. Elle sert de passeur vers un dispositif d’aide. C’est une nuance importante pour les campagnes d’influence à impact.
La soumission chimique est une violence qui prospère dans l’ombre : le doute, l’absence de souvenirs, le silence. Faire voir et faire savoir : c’est tout le travail que nous menons.
– Arielle Schwab, vice-présidente d’Havas Paris
Arielle Schwab décrit une méthode plus qu’un coup. Conseil, création, production et média avancent ensemble depuis le lancement du mouvement. La campagne est présentée comme une démarche pour comprendre, identifier et agir. Chaque personne exposée au message peut devenir un relais de vigilance. Traduction business : on ne cherche pas seulement la mémorisation de marque, on cherche la transmission sociale.
Un média mix pensé pour une prise de conscience nationale
Le dispositif repose sur un film de 1 minute 25, décliné en versions de 60, 45 et 30 secondes. Ce découpage n’est pas un détail de planning. Il permet d’occuper la TV, le digital et les formats courts sans trahir le concept. Huit affiches photographiées par Alice Moitié complètent le dispositif. Chaque portrait porte une phrase volontairement incomplète, comme « Pendant des années, j’ai été ____ par mon mari ».
Jusqu’au 18 octobre, la campagne circule à la télévision, dans la presse, en affichage DOOH, sur les médias digitaux et les réseaux sociaux. Pour les professionnels du planning média, l’intérêt est la cohérence entre un insight créatif (le blanc, le non-dit) et des supports très visibles. L’affichage urbain force le regard. La TV installe la gravité. Le social permet le partage et le doute formulé à voix basse. La presse ancre le sujet dans le débat public.
- Un film long pour poser le silence et l’impossibilité de raconter.
- Des coupures 60 / 45 / 30 secondes pour s’adapter aux régies.
- Huit portraits print et DOOH qui matérialisent les phrases trouées.
- Un relais digital pour transformer l’attention en orientation vers le CRAFS.
Ce type d’architecture rappelle que la cause n’exonère pas de la rigueur média. Un sujet grave mal diffusé reste invisible. Un sujet grave trop spectaculaire peut blesser. L’équilibre se joue dans le calibrage des formats, pas seulement dans le manifeste.
Ce que les marques tech et les startups peuvent en retenir
L’écosystème startups aime les récits de disruption. Il aime moins les zones grises. Or la soumission chimique est précisément une zone grise : peu de preuves immédiates, beaucoup de doute, un tabou social. Les produits numériques qui touchent à la santé, à la sécurité, à la confiance ou à la modération de contenus gagneraient à étudier cette campagne. Elle enseigne à communiquer sans surpromesse et sans voyeurisme.
Premier enseignement : nommer le problème avant de vendre la solution. Trop de pitchs inversent l’ordre. Ici, l’association et l’agence consacrent l’essentiel du message à rendre le phénomène intelligible. Le recours arrive ensuite. Deuxième enseignement : le partenariat long bat le collab flash. Quatre années de travail commun produisent une grammaire visuelle et verbale que l’on ne fabrique pas dans un sprint de growth.
Troisième enseignement : l’autorité se construit par coalition. Politiques, fondation, hôpital, expertes de terrain, ambassadrice. En communication B2B ou scale-up, on retrouve le même réflexe quand une jeune entreprise s’associe à des institutions pour gagner en crédibilité. Quatrième enseignement : le call-to-action doit être opérable. « Prenez conscience » ne suffit pas. « Contactez une équipe formée » change la vie de quelqu’un.
Le silence comme technologie créative
Dans un feed saturé, le silence est devenu rare. C’est pourquoi il frappe. Le film de Rebecca Zlotowski n’accumule pas les preuves visuelles de violence. Il filme l’incapacité à raconter. Pour les créatifs, c’est une leçon de contrainte. Quand le sujet interdit le sensationalisme, la forme doit porter le fond. Les blancs, les regards, les phrases interrompues deviennent le média.
Les affiches d’Alice Moitié prolongent cette idée par le texte lacunaire. Le trou dans la phrase oblige le lecteur à compléter. En UX comme en publicité, ce mécanisme s’appelle parfois closure : le cerveau termine ce qui manque. Ici, la complétion n’est pas un jeu. Elle confronte à une réalité que beaucoup préfèrent ne pas voir, y compris dans l’entourage proche.
Les équipes social media devront résister à la tentation de tout expliciter en overlay. Le concept meurt si l’on recouvre le silence d’un trop-plein pédagogique. Mieux vaut un cartel sobre, un lien vers le CRAFS, une légende qui oriente sans voler l’idée. C’est aussi vrai pour les campagnes de cybersécurité, de santé mentale ou de consentement numérique : trop d’explications tue la tension utile.
Mesurer l’impact sans trivialiser le sujet
Les dashboards habituels — vues, taux de complétion, CPM, part de voix — restent nécessaires pour piloter l’achat média. Ils sont insuffisants pour juger une campagne de sensibilisation. Les indicateurs pertinents se situent plus bas dans l’entonnoir humain : demandes d’information au CRAFS, qualité de l’orientation, relais par des soignants, reprise dans les rédactions, conversations dans les cercles professionnels.
Une direction marketing qui travaille sur une cause voisine devrait convenir dès le brief d’une grille d’impact. Volume de contacts utiles. Nature des prises en charge. Absence de retargeting agressif. Protection des personnes qui réagissent depuis un compte personnel. Formation des community managers au signalement. Sans cette hygiène, la performance devient indécente.
- Suivre les orientations vers le dispositif d’aide, pas seulement les vues.
- Former les équipes sociales au langage du doute et du trauma.
- Éviter les mécaniques de concours, d’UGC forcé ou de challenge.
- Documenter les relais institutionnels pour allonger la durée de vie du message.
Cette exigence rejoint un débat plus large du marketing contemporain : la responsabilité des plateformes et des marques face aux contenus sensibles. Une campagne peut être juste et malgré tout mal reçue si le ciblage recible des personnes déjà en détresse. Le planning doit donc intégrer des exclusions, des plages horaires, des messages d’avertissement quand c’est pertinent.
Production, réalisation, photographie : un brief de haute précision
Confier le film à Rebecca Zlotowski n’est pas un choix de prestige isolé. Une réalisatrice de cinéma apporte une écoute des silences, une direction d’acteurs capable de laisser le malaise habiter le plan. En publicité de cause, le casting et le rythme importent plus que l’effet spécial. Le spectateur doit sentir une vérité de comportement, pas une démonstration de production.
Du côté print, Alice Moitié construit une série de portraits qui refusent le pathos illustratif. La phrase incomplète devient le vrai sujet de l’image. Pour les DA et les photographes de marque, c’est un rappel : une campagne sociale n’a pas à ressembler à une affiche de thriller. La dignité des visages compte autant que le concept.
Les versions courtes du film obligent à une écriture en couches. Le 1 min 25 porte l’arc complet. Le 30 secondes doit malgré tout faire comprendre l’impossibilité de raconter. Ce travail de réduction est familier aux équipes qui adaptent une keynote de lancement produit en cutdowns paid social. La différence, ici, c’est qu’on ne peut pas compenser par une offre ou un code promo.
De la visibilité médiatique à la vigilance collective
Arielle Schwab le dit clairement : chaque personne exposée peut devenir un relais. C’est une stratégie de contagion attentionnelle, mais orientée vers la prévention. Dans les entreprises, cela peut se traduire par des notes internes, des formations RH, une vigilance lors des afterworks, un protocole si un collaborateur exprime un doute. La campagne sort alors du tube pub pour entrer dans la culture d’organisation.
Les écoles de communication et les programmes de formation ont aussi un rôle. On enseigne encore trop le storytelling comme une mécanique d’adhésion. On enseigne trop peu le storytelling de ce qui ne peut pas être raconté. Or les prochaines générations de planners travailleront sur des sujets de consentement, de données, de santé mentale, de deepfakes. La campagne #MendorsPas offre un cas d’école pour ces cursus.
Le relais observé du côté de J’ai un pote dans la com confirme que le secteur professionnel s’empare du sujet comme d’une actualité de campagne, pas seulement comme d’un fait divers. C’est précieux. La professionnalisation du débat évite deux écueils : le silence gêné des agences et le commentaire voyeur des réseaux.
Santé publique, marque et responsabilité éditoriale
Quand une agence majeure accompagne une association sur six années de combat, le marché de la communication envoie un signal. Les budgets de cause ne sont plus une réserve de fin d’année. Ils peuvent occuper le cœur du planning national. Pour les annonceurs, la question devient : que fait-on de cette attention collective une fois la vague passée, le 18 octobre ?
La réponse sérieuse consiste à laisser des traces durables. Pages ressources. Partenariats pérennes avec le CRAFS ou des structures équivalentes. Formation des équipes médicales et juridiques. Droit à l’oubli pour les personnes qui témoignent. Interdiction d’exploiter les visages hors cadre validé. Une campagne de trois semaines peut ouvrir une politique de dix ans. C’est ainsi que le purpose cesse d’être cosmétique.
Désormais, les victimes de soumission chimique ne sont plus seules. En cas de doute, notre équipe leur apporte un conseil personnalisé qui respecte leur besoin et leur temporalité.
– Dr Leïla Chaouachi, fondatrice et responsable du CRAFS
Cette temporalité respectée devrait inspirer le product marketing. On pousse souvent l’utilisateur à convertir tout de suite. Ici, l’expertise clinique dit l’inverse : le bon moment appartient à la personne. Une interface, un chatbot ou une pub qui harcèle après un clic sensible commet une faute. Les équipes produit et growth doivent intégrer cette éthique du rythme.
Comparer avec d’autres mécaniques de communication engagée
Ces dernières années, plusieurs campagnes ont tenté de rendre visible l’invisible : violences conjugales, harcèlement en ligne, santé mentale des étudiants, addictions. Beaucoup misent sur le choc statistique ou le reconstitutif. #MendorsPas et Havas Paris prennent un autre chemin. Ils acceptent que le cœur du problème soit précisément l’impossibilité du récit. C’est plus difficile à pitcher. C’est plus juste.
On peut y voir une convergence avec certaines recherches en design d’expérience : comment représenter une donnée manquante, un log corrompu, une mémoire effacée. Les produits d’IA générative, d’ailleurs, posent une question symétrique. Ils fabriquent des souvenirs faux. Cette campagne parle de souvenirs volés. Entre les deux, le public devra apprendre à distinguer reconstruction, absence et manipulation. Les communicants ont une responsabilité dans cet apprentissage.
Les marques de la tech, de la fintech ou de la crypto qui parlent de confiance devraient méditer cette distinction. La confiance n’est pas un packshot. C’est la capacité à reconnaître ce que l’on ne sait pas, à orienter vers l’aide, à ne pas remplir le vide avec du contenu facile.
Checklist pour un brief de cause aussi exigeant
Si vous pilotez une campagne sociétale dans les semaines qui viennent, ce lancement offre une grille de lecture concrète. Elle n’a rien d’un modèle à copier-coller. Elle donne des questions à poser en amont du concept.
- Quel est le trou dans le récit, et comment le rendre perceptible sans le travestir ?
- Quel partenaire clinique ou associatif reçoit vraiment les personnes après le contact média ?
- Quelle durée de collaboration évite l’effet d’annonce ?
- Quels formats courts conservent l’idée sans la durcir ?
- Quels indicateurs d’impact humain complètent le reporting média ?
- Comment protéger les personnes qui réagissent publiquement ?
Ces questions valent pour une association, une institution, une scale-up healthtech ou une grande marque. Elles forcent le brief à descendre de l’intention vers l’opérationnel. C’est là que beaucoup de campagnes « engagées » s’arrêtent trop tôt.
Ce que le calendrier du 28 septembre au 18 octobre implique
Trois semaines de pression média, ce n’est pas rien. C’est assez long pour installer une formule, assez court pour garder une intensité. Le choix d’une fenêtre claire aide les rédactions, les community managers et les partenaires à se synchroniser. En communication de crise ou de cause, l’absence de date de fin crée souvent de la dilution. Ici, la fin annoncée peut au contraire servir de rendez-vous pour des bilans, des formations, des prolongements locaux.
Les équipes digital devront anticiper l’après. Que reste-t-il en organique quand l’achat s’arrête ? Quelles pièces deviennent des ressources pérennes ? Quel protocole si un témoignage arrive hors période de campagne ? Un bon planning de cause prévoit la descente autant que la montée. Sinon l’attention retombe et le service d’aide se retrouve seul face à la demande.
C’est aussi une leçon pour les lancements produit. On célèbre le jour J. On néglige J+21. Or c’est souvent après la vague que se joue l’utilité réelle : onboarding, support, confiance. La campagne de sensibilisation rend cette évidence plus nette encore, parce que l’enjeu n’est pas un taux d’activation. C’est une personne qui hésite à demander de l’aide.
Une leçon de ton pour les réseaux sociaux
Sur LinkedIn, Instagram, X ou YouTube, le risque est le commentaire performatif. Beaucoup d’acteurs relayeront le film pour signaler qu’ils sont du bon côté. Le relais utile est plus discret : expliquer le CRAFS, rappeler que 75 % des cas cités concernent le cercle proche, inviter à la vigilance sans improviser un diagnostic. Les marques n’ont pas à se poser en enquêteurs. Elles peuvent se poser en relais.
Le community management doit préparer des réponses types validées par des expert.es. Pas de debate bait. Pas de punchline. Pas de comparaison hasardeuse avec d’autres affaires. Un sujet de cette nature se traite avec une économie de mots. Paradoxalement, c’est ce qui le rend compatible avec le concept créatif : le silence, encore.
Les formats courts type Reels ou Shorts peuvent diffuser les cutdowns 30 secondes, à condition de conserver le message final et le recours. Couper avant l’orientation vers le CRAFS viderait la campagne de sa fonction. En paid social, le skippable n’est pas qu’un paramètre d’enchère. C’est une question éthique : que voit-on si l’on s’arrête trop tôt ?
Pourquoi ce cas intéresse aussi les stratèges SEO et contenus
Les recherches liées à la soumission chimique, au doute après une soirée, aux centres d’accompagnement ou aux symptômes de trou de mémoire après absorption involontaire vont probablement augmenter pendant la vague média. Les sites d’information, les associations et les institutions doivent publier des pages claires, sourcées, non sensationnelles. Le SEO de cause n’est pas une chasse au volume. C’est une architecture de réponses sûres.
Les mots-clés sensibles demandent des extraits enrichis sobres, des FAQ rédigées avec des soignant.es, des liens vers le CRAFS au-dessus de la ligne de flottaison. Les titres tapageurs sont une faute. Les contenus longs peuvent aider, à condition de ne jamais se substituer à un avis médical ou juridique. Cette frontière devrait figurer dans toutes les chartes éditoriales des médias spécialisés marketing dès qu’ils traitent un sujet de société.
Le traitement proposé par J’ai un pote dans la com reste centré sur le fait de campagne. C’est le bon réflexe pour un média pro. Compléter ensuite par une analyse de dispositif, comme ici, permet aux équipes de tirer des méthodes sans transformer la souffrance en matériau narratif.
Ce que la phrase « Je ne peux pas » dit du métier
Le métier de la communication consiste souvent à trouver les mots. Cette campagne réussit en admettant que les mots manquent. Il y a là une maturité rare. Elle devrait inspirer les présentations client où l’on veut tout expliquer, tout dramatiser, tout résoudre en 45 secondes. Parfois, la résolution n’appartient pas à la pub. Elle appartient au soin, à la justice, au temps.
Les six années évoquées par Caroline Darian rappellent aussi que les mouvements naissent avant les films. #MendorsPas n’apparaît pas le jour du premier spot. Le spot arrive quand le mouvement a déjà constitué une parole, un réseau, une exigence. Les marques qui découvrent une cause dans un benchmark de Cannes arrivent trop tard. Mieux vaut s’engager tôt, humblement, avec des gens déjà au travail.
Gisèle Pelicot, en tant qu’ambassadrice, incarne une bascule culturelle : le passage d’une affaire imposée aux unes à une pédagogie nationale. Utiliser cette bascule pour faire de la pub opportuniste serait indécent. L’utiliser pour orienter vers un centre spécialisé est cohérent. Toute la différence se joue dans cette intention vérifiable.
Pour les équipes : transformer la veille en réflexe
Les professionnels qui lisent l’actualité des campagnes peuvent faire plus que commenter le film. Ils peuvent auditer leurs propres événements. Sécurité des verres. Protocoles d’accompagnement. Formation des staffs. Affichage discret d’un numéro ou d’un service. Une agence qui organise un festival, une startup qui tient un afterwork, une école qui lance une soirée de rentrée : le sujet les concerne. La campagne nationale n’a de sens que si elle descend dans les gestes ordinaires.
Il ne s’agit pas de transformer chaque plan média en manifeste moral. Il s’agit de reconnaître qu’une violence difficile à identifier demande des relais nombreux. Le marketing, parce qu’il sait occuper l’espace public, a une dette de clarté. Havas Paris et #MendorsPas viennent de payer une partie de cette dette avec un dispositif lisible, grave et utile.
Reste le plus difficile : tenir après le 18 octobre. Continuer à former. Continuer à financer les structures. Continuer à parler du cercle proche, là où les statistiques situent la majorité des agressions citées. Continuer à admettre qu’un crime peut exister même quand le récit s’est évaporé. C’est à cette condition que la campagne cessera d’être un objet de saison pour devenir un réflexe collectif.
Conclusion : faire voir, faire savoir, puis faire suivre
La force de cette opération n’est pas seulement esthétique. Elle tient à l’alignement entre un insight cruel — on ne se souvient pas —, une forme qui accepte le vide, un média mix national et une porte de sortie concrète vers le CRAFS. Pour le marketing, les startups, la tech et la communication digitale, c’est un cas à archiver près des grands briefs de purpose, non comme une référence de style, comme une référence de responsabilité.
Faire voir et faire savoir, dit Havas Paris. Il faut ajouter : faire suivre. Orienter. Protéger. Mesurer autrement. Travailler longtemps. Si le secteur retient cela, la campagne aura servi au-delà de ses trois semaines d’antenne. Elle aura déplacé un angle mort du débat public vers le centre de nos pratiques professionnelles, là où se décident les messages, les événements et les priorités budgétaires.
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